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La jalousie comme héritage psychologique

tambou

par Lester Laccampagne.

Le caractère typique antillais se distingue à tout niveau, économique, intellectuel, social ou affectif par une forte jalousie. Ce sentiment peut prendre des formes subtiles et surprenantes.

Votre partenaire accompagnera votre démarche jusqu'au bout. Ou presque. Presque, car l'épée de Damoclès est là : une partie de son énergie se perd dans l'angoisse vis-à-vis de son positionnement, initiant d'emblée la révolte à venir. 

Dès qu'il se croit surpassé, à tort ou à raison, qu'il croit sentir à côté de lui une compétence qui peut le contrarier, le partenaire d'hier peut devenir l'ennemi sournois du jour.

Il commencera peut-être à diminuer son soutien en vous privant d'information, en communiquant avec vous de manière moins franche, en n'accusant plus réception de vos communications verbales, écrites ou autres. Ou alors il ne tiendra plus compte de vos suggestions, il les bravera en se durcissant, quitte à aller jusqu'à promouvoir l'erreur par la force. La force est son recours favori face à l'intelligence. Sans doute parce qu'il ne croit pas en posséder, tant on le lui a fait croire. Lui reste la force brute, vocale, physique ou mentale ou alors son équivalent privilégié : l'inertie.

Votre succès, même tout juste apparent, même si vous prenez le soin d'y associer votre partenaire et de lui en faire partager les bienfaits, peut irriter chez lui une couche profonde de ressentiment qui fait partie de l'héritage psychologique de toute personne convaincue d'avoir eu la souffrance pour engrais. La personne pourra alors pourra chercher à vous dénigrer, vous éviter, vous créer des difficultés, ou vous retarder, discrètement d'abord, comme pour en tirer un soulagement. Elle cessera de vous aider, sera soudain plus brève, plus distante, plus absente vis-à-vis de vous. En fait, elle changera l'image qu'elle se fait de vous. Puis vous aurez l'impression que, peu à peu ou subitement, l'ami, le partenaire ou le parent est devenu l'étranger. Comme si un écran s'était remonté d'un cran entre vous. 

Il est patent que beaucoup d'antillais ont le plus grand mal à accueillir positivement des conseils, des recommandations, ou des avertissements. La situation prend tout de suite pour eux une allure de blessement. Il faut comprendre que toute aide de cette sorte est traditionnellement, à tort ou à raison, reliée dans la psyché du colonisé à une ancestrale menace, menace de châtiment, de bannissement, ou même de mort. Sentiment de péril hérité à tort ou à raison, le plus souvent par induction, par captation du langage corporel, visuel et gestuel de la parenté.  Des relents puants de punition et de rejet planent sur presque tout rapport d'aide ou de formation. 

Que les conseils soient présentés aujourd'hui dans un cadre se voulant tout à fait éloigné, consciemment distinct de la violence du rapport maître-esclave d'antan peut paraître plus suspicieux encore. 

Plutôt que d'y voir des moyens de progrès pour soi et la collectivité et faute d'entraînement à envisager le meilleur et à y concourir d'emblée, il peut arriver que la personne en situation d'apprenti se sente malgré elle en position inconfortable en tant que récepteur, subalterne, ou même comme associé à part entière. Elle pourra le manifester par divers comportements ou affrontements plus ou moins subtils ou ouverts. Ce sera d'autant plus difficile à vivre pour elle - et donc pour vous, et pour la réussite de l'échange - qu'elle réagira de manière frustre à la justesse d'une de vos propositions. 

Une solution vicieuse serait de s'arranger pour lui donner souvent raison, de flatter, d'aller jusqu'à faire soi-même des erreurs, consciemment ou inconsciemment, pour se laisser reprendre... L'humiliation en guise d'humilité...

Si c'est devant un tiers que vous proposez un élément d'amélioration, vous taquinez alors un autre malaise enfoui, et il peut vous en coûter gros. Ne jouez surtout pas à enseigner, surtout si c'est votre métier! C'est pire que monter sur son pied. Certains antillais ne supportent pas de se retrouver dans toute situation qu'ils ressentent comme des seconds rôles, le sentiment d'humiliation se porte à fleur de peau, avec la susceptibilité pour parure. 

Ceci explique que le duo le plus efficace en affaires, parce que le moins affectivement pénalisé, le moins porteur d'agressivité soit, de l'avis de certains commerciaux, celui où le chef est noir et le sous-chef blanc. C'est pourquoi, dit-on, les hommes de couleur qui ont réussi le doivent à une femme blanche - Bangou, Senghor, et bien d'autres en seraient la preuve... Mais quelle horrible déduction hélas, hélas courante, que trouver là une preuve de supériorité européenne qui justifierait la suprématie d'un peuple sur un autre et rendrait une catégorie indispensable à la survie de l'autre. 

Comment des gens qui ont appris dans les mêmes livres que vous, qui ont maîtrisé à distance votre culture tout en gardant la leur - les leurs en fait, car nous sommes muti-héritiers créoles, pourraient-ils vous être inférieurs - à moins qu'on ne les en ait convaincus tout en leur enseignant? Le lion égaré a beau être élevé parmi des ânes, tôt ou tard il surprendra dans une mare sa vraie image. L'européen, comme l'antillopolitain, le non-antillais mono-cultivé qui arrive aux îles a tellement et tellement à apprendre, à comprendre et à prendre, tant sur l'histoire que sur lui-même. Or il arrive souvent qu' il soit perçu comme celui qui sait, et qui vient nous montrer. Eternel Veni Vidi Vici dont ont connaît la source.

L'antillais, même s'il n'est pas le seul dans son cas, perd une énorme partie de son énergie à broyer du... noir, et à se donner les moyens parfois spectaculaires de compenser à l'excès un sentiment de profonde désespérance. Son apparent besoin de distraction, sa fuite ludique et sportive du réel, ses acrobaties chantées... s'expliquent peut-être par sa décontenance. 

Avoir son propre "frère" - entendez de misère, pas de fortune - comme chef, superviseur, patron ou même enseignant ou tuteur, parent, ou conjoint... dérange intérieurement. C'est comme un dysfonctionnement de la société, diabolique dérangement de l'ordre cosmique, qu'il faudra combattre sous prétexte de revendication égalitaire, ou subir dans la peine. 

On envie "la place" ou le magot (!) dès le départ, on cherche les défauts du titulaire, les moyens de le faire battre en retrait une fois qu'on aura épuisé ce qu'il apporte, quitte à faire capoter toute l'affaire. C'est le syndrome typique du divorce entre l'ad... joint devenu l'ad...versaire du maire qui l'initia en politique. Cela n'arrive pas qu'entre ennemis! Quel ennemi n'a pas d'abord été l'ami?

Prolongements psychologiques des temps esclavagistes. Persistant rappel du temps non révolu où devenir comme le blanc, le battre à son seul jeu, était l'aspiration la plus haute. Héritage pervers de la souffrance des transplantés en plantations : une relation parentale dé-basée, déviée vers le reproche et la punition, les châtiments corporels, le déni convaincant de l'intelligence de son propre enfant sont les sources de beaucoup d'entre nous.

Malgré tous les efforts, aucune thérapie collective n'a encore pu éradiquer ce mal profond dont souffre l'antillais et qui est le grand handicap à son véritable épanouissement. Le nom de ce mal n'est autre que jalousie. 

Une des causes de notre échec, et facette de notre jalousie, c'est la conviction ancrée même chez les plus mécréants que c'est de l'euro-monde encore, et de sa logique, que viendront les solutions aux problèmes créés par l'européen. Sans doute... lorsqu'il se sera frotté à l'autre, qu'il lui aura fait mesurer ses napoléoniennes et autres lourdes errances... Quel bout de chemin aura alors été fait! Mais la destruction du mal est-elle reconstruction de l'être?

Certes des progrès existent. Mais l'effort, la culture, le service, l'estime d'autrui, l'hospitalité commerciale, administrative, touristique,... restent des aspects quotidiennement ternis par les miasmes fugaces du rapport esclavagiste, et du dysfonctionnement parental dont les prolongements ont tant sévi aussi dans le milieu de l'éducation enfantine. Que d'amertume tout cela laisse dans notre quotidien.

Pour "célébrer son esclavage", forcer sa propre histoire dans des livres d'école "made in France", résoudre entre soi et soi un problème de transports urbains, ou modifier la texture nature de son propre cheveu, le nicolisé attend encore tout de l'autre qui est resté son sur-moi.

C'est sans doute le comble de l'ingestion soumise d'une croyance importée en son incapacité de s'aimer soi-même et donc d'aimer ses semblables. Résultat d'une colonisation réussie, dirait Glissant. Mais constater reste bien peu de chose, et on peut y perdre encore plus son âme. 

S'il y a ce que l'on a fait de nous, il n'y a que ce que nous, nous ferons de ce qu'on a fait de nous, qui pourra nous tirer d'affaire.

Et nous donner nous-mêmes une chance de créer, pour offrir peut-être du tout neuf au vieux monde...

Lester Laccampagne.


Lester Laccampagne est né un beau jour et il a observé tant à la ville que dans les champs après des études primaires qui l'ont à peu près intéressé. Puis il est rené. Il a beaucoup regardé comment les gens vivent et il a ramassé aussi sa part de bonbon dans la vie. Lester Laccampagne ne veut pas être maître de cons faits rances et il ne publiera peut-être pas aux Editions de PonKoté-PiesKoté des remarques élémentaires de simplicité sur la personne créole que nul n'ose s'avouer. Il refuse de se complaire dans la bêtise défoulante qu'on prend pour de la grande culture, et il a pitié de ceux qui ne savent rien encore malgré tous leurs titres.

Lester Laccampagne croit qu'il faut renaître sans cesse et naviguer sans se laisser embarquer.

Vous pouvez lui écrire via Pyépimanla qui transmettra. Vous allez le faire?

Réactions au texte :
Cher Monsieur Lester LACAMPAGNE,


Veuillez, je vous prie,  excuser le manque d’accents et de ponctuation  dans le texte ci  dessous, je vous écris du Canada anglophone et ne  maîtrise pas encore le clavier anglophone. (Correction effectuée)

La très juste description que vous faites de la jalousie chez l’homme  Antillais correspond de très près dans les six  premiers paragraphes à celle... du pervers narcissique.


Ce pervers narcissique est un être, souvent un homme, dont une blessure profonde a été porte a son moi, durant l enfance. Lorsque l’on observe les violences physiques (châtiments corporels, viols), violence psychologiques (insultes répétées,  dévaluations raciales ; teintes de peau, capacités intellectuelles,  constantes, ignorance de la filiation paternels, mise ne situation de très jeunes enfants avec les maîtresses et ou  amants des parents, en leur imposant silence à l’autre parent, créant un sentiment de complicité destructeur chez l’enfant, mépris du père naturel pourtant identifié...)


L’on peut être amener a tenir le raisonnement suivant; soyons plus attentifs  a respecter le psycho de nos enfants et peut être là, nous parviendrons à alléger voir éradiquer bien des séquelles qui déstabilisent nos relations, de couple, sociales, économiques et familiales.

Je vous laisse le soin de découvrir les différentiels aspects du dit  pervers narcissiques, en vous remerciant de votre texte dont la lecture a retenu toute mon attention.


Bien cordialement

Hanacahona
21/07/06
Monsieur LACAMPAGNE,


Avec beaucoup d'attention et d'intérêt, j'ai lu votre article fort instructif. Le portrait de l'Antillais que vous faites, correspond à s'y méprendre à celui de l'Africain. Je me permettrais une petite sortie risquée, en disant ne sont-ils pas la même personne, en ce qui concerne l'antillais noir.

Seulement au-delà de certaines spécificités, je dirais que la jalousie est un sentiment qui habite tout humain et les Africains encore moins les Antillais n'en n'ont le monopole exclusif. Les comportements que vous décrivez, sont tout aussi visibles et palpables chez les Leucodermes et bien pire, puisqu'en ce qui me concerne, je pense que c'est comme cela que leur système fonctionne, pour pouvoir perdurer.


Si ,comme vous semblez le suggérer, cette tendance paraît dominante chez les Antillais ou Africains, c'est en grande partie l'héritage d'une éducation savamment orchestrée par l'Occidental, dans le but de manipuler à souhait son "sujet".


L'humiliation constante, par des châtiments et sévices de toutes natures ont laissés des traces indélébiles dans le comportement du Noir, ce dernier a fini par se convaincre que, pour exister, il doit ressembler au "maître", tout en ayant conscience qu'il ne sera jamais considéré par ce dernier. Alors l'instinct de reconnaissance qui habite chacun de nous, pousse certains à se rabattre sur les plus "accessibles" et jouer à son tour le maïtre. Etc...

Une tribune que j'ai envoyée à l'administrateur de ce site sera publiée à ce sujet, dans laquelle j'essaie moi aussi d'apporter ma petite contribution dans la compréhension de certains comportements.

Je conseille à mes frères Antillais, de créer une sacrée union autour de leur belle langue qu'est le créole, car de là naîtra leur salut. Ce que les Africains n'ont pas encore; une langue commune.

Ce n'est qu'une question de référentiel. Lorsqu'on a un même référentiel, auquel l'on s'identifie sans fournir d'efforts, ces problèmes ont beaucoup moins d'acuité.

Mboa
25/07/06

Dans chaque communauté humaine, au sein de chaque peuple ou de chaque groupe social, des individus jaloux, ou plutôt envieux, existent. Pas mal de personnes ne voient pas d'un très bon oeil le succès d'autrui.

D'où, parfois, le penchant à  critiquer tous azimuts, la tentation de saboter parfois.

Tiens... par exemple, il est une idée répandue, ici, qui veut que les Suisses n'aiment pas (trop) – les têtes qui dépassent.
L'influence du calvinisme probablement. Il ne faut surtout pas briller au point de se démarquer de ses semblables. Ou si l'on brille malgré tout, il faut savoir rester simple, modeste ; il faut se faire discret et

même jusqu'à  la transparence.

Certaines personnes vous soutiendront volontiers mais à  condition que vous soyez, ou donniez l'impression d'être, le pauvre hère digne de pitié et d'aide, justement. Si vous êtes dans la dépendance vis-à-vis d'eux, ils auront d'autant plus plaisir à  vous

soutenir dans vos démarches ou entreprises, à vous secourir

Et cela les valorise, leur donne non seulement de l'importance mais également une forme de pouvoir sur vous. Il ne faut pas oublier que l'aide au plus démuni, que ce soit au nom de la bonne vieille Charité chrétienne ou d'une certaine idée du socialisme, voire du communisme, est quelque chose qui peut être ambivalent. Tout comme l'admirable travail accompli par certaines ONG - qui ne manquent pas de se
transformer, de cas en cas, en véritable Charity Business.

Par contre, si, par malheur, vous vous affirmez en tant qu'individu autonome et, donc, capable de s'assumer, si vous n'allez pas pleurer misère auprès d'eux, cela les perturbe, les énerve.


Si vous soutenez une discussion et défendez un point de vue différent du leur, si vous défendez simplement vos droits avec énergie, refusez de vous transformer
en carpette, vous passez immédiatement pour quelqu'un d'arrogant, voire d'orgueilleux.

Pourquoi cela ? Tout simplement parce que ce que vous êtes - ou représentez, ou donnez l'impression d'être - contredit douloureusement leurs idées reçues, l'image qu'ils avaient de vous, de votre communauté et, à  la limite, de votre race

Une image généralement construite à partir de clichés et autres préjugés, une image véhiculée des siècles durant et qui, de ce fait, a la vie dure

Cela dit, il faut bien reconnaître, d'un côté, qu'il existe des gens qui, trop suffisants peut-être, n'acceptent pas qu'on leur prodigue des conseils, qui n'aiment pas qu'on émette la moindre critique à  leur sujet, concernant leur action, à  propos de leur projet, etc. Ils ne supportent aucune critique, même des plus constructives. Tout se passe comme si leur identité, leur personne, leur être dans sa substance-même en dépendait, était en jeu, remis en question. De l'autre, il faut aussi admettre que 

certaines personnes ne savent pas comment s'y prendre pour émettre une critique, formuler une remarque portant sur un vis-à-vis, un ami, un collaborateur,
etc.

Quel que soit le sujet, ils ruent dans les brancards, sans délicatesse. Par susceptibilité ou non, cela peut avoir pour effet de placer l'interlocuteur sur la défensive et, celui-ci, blessé, pourrait buter, refusant dès lors d'entendre quoi que ce soit, éventuellement par simple esprit d'opposition.

Hé oui, malgré tous les rassurants discours sur l'Animal Pensant qu'est l'Homme, force est de  reconnaître que l'être humain ne fait pas toujours preuve d'objectivité ; il n'est pas non plus toujours régi par la Raison !


Excellent début de semaine à  tous.


Kayowa alias Mozayika
Lausanne, Suisse.
----****----------
Kayowa MUKUNDI-MUAMBA-BIPUNGU
Documentaliste
Institut de Psychologie
Quartier UNIL-Dorigny
Bâtiment Anthropole, bureau 3094
CH - 1015 LAUSANNE

Oui c'est assez réaliste comme analyse je trouve. La jalousie quel poison pour les hommes et les femmes  qui en sont en proie a ce sentiment qui tend a devenir une sorte de travers dans le comportement de certain.

En effet la réussite suscite souvent la convoitise chez d'autre. De même que le sentiment qu'on certains d'être des personnes qui vous soient indispensables pour votre propre réalisation. Pour eux c'est une manière d'être, ils pensent être des personnes importantes et existent a travers "l'aide généreuse" qu'ils vous apportent. On retrouve cette même forme de condescendance dans le comportement encore colonial des békés avec leurs nègres.

C'est donc des comportements pourrait t-on dire universels.

C'est vrai que je dit souvent que la diversité ( dans ses composantes) de l'humanité implique que certains soient ainsi :

-"il faut de tout pour faire un monde" ou  "l' homme est imparfait"...

Mais je reste intimement persuadée que ce n'est en rien une fatalité, à moins qu'ils ne soient pathologiques je ne crois pas qu'il y ai des comportements irréversibles.

Là c'est  un tout autre débat...

Emmanuelle Deschè