Le Chadec ou Chadèk
(nom créole)
Dans la
famille des agrumes en Martinique, en Guadeloupe, en Dominique,
à Ste Lucie et
dans les Antilles en général, le chadec, à ne
surtout pas confondre avec le
pamplemousse, est un fruit
qui tient
une
place à part, c’est une espèce de pamplemousse (citrus
maxima) originaire de la
Malaisie et qui fut introduit à la Barbade au 17 e
siècle, par un capitaine
dont il tire le nom. Cet agrume fait partie de la famille des
rutacées dont la
floraison se déroule de février à avril et la
fructification d’octobre à
février.

Visuellement
le chadec est très imposant de 10 à 30 cm de
diamètre, si bien qu'en
le regardant réparti sur l'arbre, on se demande comment les
branches font pour
supporter des fruits aussi énormes.
Le chadec est un gros pamplemousse qui se compose de trois parties :
-
Tout d'abord, la peau verte qui une fois épluchée n'est
pas jetée mais
conservée et mise à sécher en vue de la
réalisation du shrub de fin d’année.
-
Ensuite, sous cette écorce se trouve une seconde peau
blanche très
épaisse. Celle ci est découpée en large bandes,
que l'on plonge tout d'abord
dans de l'eau froide légèrement salée durant un
jour ou deux, puis dans de
l'eau bouillante afin d'en retirer l’amertume. Cette
opération achevée
ces bandes sont confites pour le plus grand régal du palais.
C'est ce que l'on
appelle le chadec glacé.
Enfin,
avec la pulpe de couleur jaune pale on fait un jus que l'on consomme de
préférence bien frais.
En somme avec le chadec tout est
utilisé.
Emmanuelle
Deschè

La chadèk
ou le chadec
Je
me souviens des chadecs glacés de ma tante Suzanne. Dans la
famille il n’y
avait qu’elle qui les confisait. Cette koulie blanche
était originaire de la commune de Macouba et lorsque sa famille lui rendait
visite, il ne manquait pas de descendre du
« babois » avec tous les
fruits, les herbes, les feuilles, les racines, le
« mandia » le gingembre,
les fleurs et autres espèces
végétales inconnues des gens de la ville, et encore plus
de l’enfant que
j’étais.
C’était
un spectacle quand ces « gens de la campagne »
vidaient leurs sacs de
jute ou leurs paniers en osier et que je découvrais toutes
ces plantes, le mandia
qui serait mis à sécher et piler pour en faire le
« colbou ou le colombo »,
les herbes vertes qui serviraient à faire les soupes, les
piments, les mangos…
Avec
le temps, je m’aperçois que nous ne mangions pas comme le reste
des
Martiniquais, ni n’utilisons les mêmes produits, nous avions une
alimentation
plus riche, plus diversifiée, car à côté du
« mangé » commun à
tous : riz, légumes (dachines, ignames, choux, banane
jaune, christophine…) poissons en court
bouillon avec l’avocat
rouge, le cochon roussi, le mouton rôti, le cabri et le bœuf, on
mangeait le
manicou, la tortue, la pintade, le
canard, les oies, les dindons et même des fois, tous ces
vaillants indiens
et bata-zindiens n’hésitaient
à faire
rôtir les testicules du bouc ou du taureau pour en faire une
salade de
graines bien pimentée.
Ils
l’utilisaient comme un fortifiant, du moins c’est ce qu’ils disaient
à l’enfant
que j’étais et qui insistait pour participer à la
fête, même la dose
inhabituelle de piment rouge ne me
rebutait pas, je suais, je pleurais
à
chaque bouchée, mais je mangeais, mauvais
nègre que j’étais…
Et
finalement, je me demande si ce n’est pas tous plats aphrodisiaques que
concoctait ma famille à longueur de temps, qui a
créé ce besoin précoce chez
l’enfant que j’étais, m’obligeant d’aller jouer au «chien et
à la chienne collés»
avec deux de mes cousines et quelques petites « manmayes » ? Les
parents sont irresponsables, d’autant
qu’ils n’hésitaient à me faire goûter à leur
fricassée de chat.
Tout
un chacun (negs, chabins, bata-zindiens, indiens, mulâtres,
blancs, chinois
ayant vécu à Obéro) connaît les vertus
culinaires, gustatives et surtout
aphrodisiaques du chat. Tout allait
bien, jusqu’au jour ou ce fut mon chat, ramené de France qui
s’est retrouvé
dans le faitout de ma mère à cuire sur la
gazinière.
Mondié
saigné ! J’avais beau avoir huit ans, mè mwen pa
pren-ÿ, j’ai fait ma
crise de nerf, mwen tombé l’état… menacé de les
dénoncer comme des voleurs de
chats à tout le voisinage, si bien
que
j’eus un nouveau chat dès le lendemain, et
ma mère ne cuisina plus de chat pour mon
père et sa famille, et les chats ne disparaissaient plus du
quartier, ils l’ont
remplacés par la viande de bourrique, de mulet ou de cheval.
Pour
revenir à la chadèk, donc la famille de ma
tante par alliance (femme de mon oncle
paternel), apportait des chadecs, elle
les épluchait, mettait la peau verte ou orange du chadec
à sécher sur les
feuilles de tôle, récupérait la « peau
blanche » qu’elle faisait
tremper plusieurs jours dans de l’eau, puis après elle le
faisait cuire dans un
sirop, les égouttait et les mettait
à
sécher au soleil pendant quelques jours, en les
saupoudrant de sucre.
Woye !!!
Qu’est-ce j’aimais les chadecs glacés, je les pichonnais, les
léchais, faisant preuve
d’ingéniosité à les réduire sans que
personne ne puissent s’en rendre compte, que je me servais sans avoir
demandé l’autorisation... Ma
famille n’aimait pas les
enfants malélivés et donc la cravache ou la liane de
tamarin se promenait sur
ton dos pour te rappeler de demander avant de prendre…
Quant
au fruit en lui-même, pour une fois ce sont les enfants qui
avaient la plus
grande part, la pulpe est acide-amer, quand vous la mettez dans votre
bouche
cela vous glaçait les dents, vous sautiez, vous frissonniez, il
fallait
l’avaler sans la mâcher ou la jeter discrètement dans la
rivière ou encore le
donner à un ti-neg mort-la-faim.
Et
pour finir, j’ajoute que les « tototes » de fruit
à pain sont tout
aussi bonnes, mais bourratives et comme les chadèks
glacés, ce
sont nos pâtes de
fruit à nous. Alors… fè,ÿ vive !
Evariste Zephyrin