A une question une
réponse

L’écriture
poétique naît de la confrontation d'avec une
émotion, un sentiment, un paysage
ou une situation. Elle s’inspire de tout et de rien, de la
beauté comme de la
laideur, des mots comme des images. Elle s'apparente à une mise
en relation
entre le monde et soi, la vie et soi, l'autre et soi. C'est un
trait
d'union, un médium, le réceptacle des
altérités de ce qui environne,
lissées par une vision toute personnelle, ayant englobé
l'essence même du
monde, des choses et de l'instant. C’est une inspiration qui surgit du
dedans
de soi, comme la lumière jaillit du dedans des anges.
C’est une
impulsion qui s’apparente à une illumination où le regard magnifie ou idéalise le
réel, exalte ou louange le commun,
vante ou
glorifie le banal. Mais le monde n’est
pas un paradis ou le jardin d’Eden où tout ne serait que splendeur et grandeur, grâce et
magnificence. Et à ce moment, le regard satané du
poète désacralise le sacré,
pervertit l’innocence et salit le beau. Quoi qu’il en soit, le
poète reste celui
qui saisit toute la magie de la vie, des
êtres ou de soi, avant de le dégurgiter pour
l’autre, qui n’est qu’un
autre soi-même ou un autre moi-même.
De
l’émotion éclot l’idée, de la sensibilité
émerge une réalité autre, on prend la feuille et
on
traduit le ressenti par des mots, autant que les mots peuvent
décrire ce que les
yeux
voient, le
cœur reçoit et que l’âme perçoit. Puis on
dépose le feuillet quelque
part, des fois on
l’oublie, puis le temps passe. Parfois il s’égare, le plus
souvent il se perd, mais
quelquefois, on le
retrouve posé sur le bureau ou glissé entre les pages
d’un cahier, d’un livre
ou d’une revue.
Puis
on relit ce
qui fut écrit hier ou les jours
passés ou les mois d’avant. On s'extasie, on se surprend ou on
se déçoit, mais si
l’émotion est toujours intacte, inaltérée et
palpable, alors on s’attelle
à la mettre en poésie, afin de la
partager ou d’en garder le souvenir ou encore, offrir un peu de soi.
Mais il
arrive qu’il n’y ait rien à retoucher, ni à ajouter, car
tout avait été dit, ce
qui fut écrit ce suffisait.
Et
alors, la conversation d’avec
les dieux cesse et le dialogue d’avec les hommes commence...
Evariste
Zephyrin