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Joseph
Zobel ou le conteur des chants de la
canne à sucre
Tony Mardaye
Il est des
hommes dont le destin les pousse
vers des ailleurs, se détachant du contexte les ayant
forgé, de la terre les
ayant nourri pour s’insérer dans une réalité
d’adoption, une terre choisie.
Joseph Zobel sans contexte fut l’un de ces hommes, et pourtant son
talent
s’enracinait dans une perception accru, un ressenti à fleur de
peau, de cet
univers martiniquais d’une époque où la misère et
le Nègre se fusionnait, ils en
étaient même devenus synonyme.
Il parla
de son monde, de celui des petites
bandes, des amarreuses, des coupeurs, des géreurs, il parla du
monde de la
canne, de la dureté de la vie d’alors et de la rue
Case-Nègres. Il parla des
gens du peuple, des paysans, des bougresses qui couraient après
quatre sous, de
la déveine du Nègre, de la
malchance à être
né noir sur une terre qui sortait à peine de l’esclavage,
et où tout était fait
pour que le Nègre n’ait que compagne que la misère et ne
fasse couche qu’avec
la résignation et le dénuement.
Mais
l’espoir réside dans le cœur des femmes
et dans le cœur des mères, il s’en échappa et
quitta le destin que sa
condition sociale le prétendait. Car la force réside dans
la volonté des femmes
et des mères et grâce à elle, Joseph
Zobel ne connut pas la destinée de ses compagnons de jeux, dont
la vie ne
serait qu’une peau de chagrin : suer sous un soleil chaud, suer
dans les
champs de cannes à sucre du béké, trimer pour
enrichir l’autre et perpétuer la
malédiction.
Il
n’emprunta pas le chemin de ces Nègres
vaillants, durs à la tache, fort comme deux, il fit des
études, brillant
bachelier, redonnait espoir au sien, au noir, au neg blé, au neg
kongo, sans
doute ! Mais
le problème de couleur persistait dans cette
société de plantation, qui fit sa
révolution sans mettre à mal le
sang de
l’oppresseur.
Il
était Nègre, il était
noir dans un
pays ou le regard du blanc brûlait les yeux
du Nègre, et où les mulâtres méprisaient
leur mère. Alors, le Nègre de céans traversa
l’océan, prenant femme et enfants et partit vers la
métropole.
A-t-il
trouvé une échappatoire à sa couleur, a
t’il échappé à l’étouffement des lieux ou
est-il parti pour échapper aux
souvenirs ?
De ses
souvenirs, il les conta, nous les
relata, les partageant avec nous. Ils
sont ce qu’ils sont, le témoin d’une époque, un vestige
du passé. Ils disent comment était
l’avant, décrivent
l’alors, celui du temps d'antan, et nous montre le
chemin parcouru, énorme, et pourtant il reste tant
à faire encore.
Il s’expatria à nouveau et s’en alla où
tout avait commencé. Il préféra le
chêne au fromager et le baobab au chêne.
Il fit sa carrière dans ce pays dont
nous portons l’essence et une trace en
nous, mais qui est
si loin de nous, mais auquel on nous ramène sans cesse.
Quoi qu’il
fit et oł qu’il alla, il portait
son pays dans son cœur et sa terre dans sa main. Ses écrits en
témoignent, ses
écrits laissent croire qu’il fut un homme de cœur, il y avait
dans ses textes
de la tendresse, de l‘amour pour les siens et aussi pour les hommes,
car ses
livres parlaient à l’enfant que j’étais, et
émeuvent encore le cœur de l’homme
que je suis devenu.
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