Niké et que Niké
ou
la victoire que la victoire

Les
jours passent et ne se ressemblent pas, lors de ces
lendemains qui déchantent, car il y a de cela peu de temps, peu
de jours
encore, la foule était folle comme empreinte par
l’esprit de Caïn, une foule frénétique rythmant
les pulsations de son pouls à celui des joueurs de
l’équipe de France de football.
La
victoire fut belle contre l’équipe du Brésil, l’humeur
en liesse, les visages rayonnants, ayant comme un je-ne-sais-quoi de
perceptible dans le regard des gens et
dans les sourires s’affichant, peut-être de la
fierté, ce lendemain où la nuit en
joie s’offrait des pétarades, des
cris, des embrassades, ainsi que la folie de quelques-uns sous
l’emprise de
l’alcool et animés de la pulsion de
thanatos, la foule se faisait hystérique, la foule est
déraisonnable.
Et ce fut comme une
grande communion, une kermesse, les
uns au bord des routes agitaient le drapeau tricolore, les
automobilistes leurs
répondaient par des coups de klaxon
répétés, dans cette nuit heureuse et
lumineuse ; la foule escaladait le mont Parnasse et invitait
Terpsichore à
une danse, la déesse Niké lui étant
déjà acquise au cours de cette nuit heureuse et
lumineuse.
Elle ne le fut pas pour
tous, elle fut tragique et sombre
pour les victimes de la violence, de la
bêtise humaine et des quelques morts que
la nuit eut à déplorer, mais dans l’ensemble, il n’y
avait pas de quoi se
plaindre, juste regretter que l’homme
fasse foule et se dote d’une âme collective, et que cette foule
psychologique, mue
par les instincts primaires ou extrêmes, offre à la nuit
son holocauste. Car
comment expliquer qu’un adulte monte sur le toit d’une rame de
métro, si ce
n’est pour mourir ?
Aujourd’hui, une amie
me confie : - « Je
trouve les gens tristes, il y a un manque d’entrain certain. Moi aussi,
j’étais
amorphe ce matin, pas envie de bosser, pas envie de grand-chose, puis
j’ai pris
le temps, deux secondes pour regarder le temps, le soleil et me dire,
que c’est
une belle journée, alors autant en profiter, et depuis j’ai la
« pêche »
et retrouvé mon sourire… »
En effet ! C’est
une belle journée, mais la foule
est amorphe les gens sont atones, elle traduit son
état d’être. Les gens sont peu
communicatifs,
même ma rue est terne, pas de circulation, peu de voitures, pas
de cris, pas
d'enfants qui jouent au dehors. Et pourtant, il fait beau, le soleil
darde ses
rayons.
- « Oui c'est
ce que
j'ai noté moi aussi, c'est un
sacré
contraste, le réveil est rude. Et il se
trouve que j'étais moi aussi en train de me
laisser envahir par ce spleen collectif. Oui le soleil est rude, enfin, à moi, il
me convient ainsi ! »
Aujourd’hui,
la
foule est triste son humeur s’immisce en nous,
elle nous envahit, car les lendemains de
défaite sont comme une gueule de
bois,
mais on s’en remet.
Evariste Zephyrin
07/06