Le discours de
Benoît
XVI
à Ratisbonne
Le
pape Benoît XVI a évoqué mardi 12
septembre lors d'un discours à
l'Université de Ratisbonne (sud de l'Allemagne) le rapport entre
foi, raison et
violence dans la religion musulmane
Il s'est référé à cette occasion à
un livre de l'empereur byzantin Manuel II
Paléologue (1350-1425). Dans cet ouvrage, Entretiens avec un
musulman, 7e
Controverse, présenté et publié dans les
années 1960 par le théologien
allemand d'origine libanaise Théodore Khoury, l'empereur expose
le dialogue
qu'il a entretenu, probablement entre 1394 et 1402, avec un Persan
musulman
érudit.
Voici des extraits de la réflexion de Benoît XVI:
"Le dialogue repose sur tout le concept de la foi décrit dans la
Bible et
le Coran et porte en particulier sur les images de Dieu et de l'homme,
tout en
revenant nécessairement sans cesse sur le rapport entre ce qu'on
appelle les
"trois lois": l'Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran.
"Dans ce discours, je voudrais seulement aborder un point --
plutôt
marginal dans le dialogue -- qui m'a captivé, en rapport avec le
thème de la
foi et de la raison, et qui me sert de point de départ pour mes
réflexions sur
ce thème.
"Dans
la septième Controverse éditée par le professeur
Khoury, l'empereur
aborde le thème du Jihad (la Guerre sainte). L'empereur devait
savoir que la
sourate 2-256 dit: "Il n'est nulle contrainte en matière de foi"
--
selon les spécialistes, c'est l'une des premières
sourates, datant de l'époque
où Mahomet était encore sans pouvoir et menacé.
"Mais
l'empereur connaissait aussi naturellement les commandements sur la
Guerre sainte contenus (...) dans le Coran. Sans s'attarder sur des
détails,
comme la différence de traitement entre les "croyants" et les
"infidèles", il pose à son interlocuteur, d'une
manière étonnamment
abrupte pour nous, la question centrale du rapport entre religion et
violence.
"Il
lui dit: 'Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau.
Tu ne
trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de
défendre
par l'épée la foi qu'il prêchait'".
"L'empereur, après avoir tenu des propos si forts, explique
ensuite en
détails pourquoi il est absurde de diffuser la foi par la
violence. Une telle
violence est contraire à la nature de Dieu et à la nature
de l'âme: "Dieu
n'aime pas le sang et agir de manière déraisonnable est
contraire à la nature
de Dieu. La foi est le fruit de l'âme et non du corps. Celui qui
veut donc
conduire quelqu'un vers la foi doit être capable de parler bien
et de penser
juste, et non de violence et de menace... Pour convaincre une âme
raisonnable,
on n'a pas besoin de son bras, ni d'armes, ni d'un quelconque moyen par
lequel
on peut menacer quelqu'un de mort...".
"La
phrase décisive dans cette argumentation contre la conversion
par la
violence, c'est: "Agir de manière déraisonnable est
contraire à la nature
de Dieu".
"L'éditeur,
Théodore Khoury, commente à ce propos: pour l'empereur,
un
Byzantin éduqué dans la philosophie grecque, cette phrase
est évidente. En
revanche, pour la doctrine musulmane, Dieu est absolument transcendant.
Sa
volonté n'est liée à aucune de nos
catégories, pas même celle de la raison.
"Khoury cite à ce propos un travail du célèbre
islamologue français
(Roger) Arnaldez (ndlr: décédé en avril dernier),
qui souligne que Ibn Hazm
(ndlr: un théologien musulman des Xe et XIe siècles) est
allé jusqu'à expliquer
que Dieu n'est même pas lié par sa propre parole, que rien
ne l'oblige à nous
révéler la vérité. S'il le souhaitait,
l'homme devrait même se livrer à
l'idôlatrie".