Les
échanges sud-sud

Singapour,
le
17 septembre 2006.
Les
activités commerciales et investissements
en Afrique des
deux puissances asiatiques émergentes que sont la Chine et
l’Inde ont connu,
ces derniers temps, un essor considérable, et cela peut, selon
une nouvelle
étude de la Banque mondiale, présenter d’énormes
perspectives de croissance et
de création d?emplois aux pays africains ; à
condition de
rectifier les fortes
asymétries que présentent les relations entre l’Asie et
l’Afrique.
Intitulée
Africa’s Silk Road: China and India’s New Economic Frontier (La
Route
de la
soie en Afrique : Nouvel horizon économique pour la Chine et
l’Inde), l’étude
recommande toute une série de réformes en matière
d’échanges et
d’investissements, tant au sein de chacune de ces régions
qu’entre elles. C’est
en effet au prix de ces réformes que se resserreront encore les
liens Sud-Sud
déjà croissants et que se régleront les
déséquilibres susceptibles d’empêcher
les économies africaines de tirer parti de l’incidence
grandissante de la Chine
et de l’Inde dans l’économie mondiale.
Selon les
nouveaux éléments d’information concernant
l’activité des entreprises chinoises
et indiennes en Afrique, l’Asie reçoit aujourd’hui 27 % des
exportations
africaines (trois fois plus qu’en 1990), ce qui est à peu
près l’équivalent du
niveau des exportations de l’Afrique à destination de ses deux
partenaires
commerciaux traditionnels que sont les États-Unis et l’Union
européenne.
Parallèlement, les exportations asiatiques vers l’Afrique
augmentent de 18 %
par an à un taux de progression qu’elles ne connaissent
nulle part
ailleurs. Les flux d’investissement direct étranger de la Chine
et de l’Inde
vers l’Afrique sont plus modérés que les flux
commerciaux, mais l’étude indique
qu?ils connaissent eux aussi une progression très rapide.
«
Cette
nouvelle Route de la soie offre en
potentiel à l’Afrique subsaharienne région
où vivent 300 millions de
personnes parmi les plus pauvres qui
soient, et qui constitue pour le monde le défi le plus
redoutable sur le plan
du développement une occasion
majeure et
jusqu’ici inégalée d’accélérer son
intégration internationale et sa croissance
», déclare l’auteur de l’étude, Harry G. Broadman,
conseiller économique pour
la Région Afrique à la Banque mondiale.
Les
nouveaux
débouchés économiques qui s’ouvrent ainsi ne se
limitent pas aux échanges et
aux investissements dans les ressources naturelles, à en croire
les nouvelles
données dont fait état l’étude. Ses
échanges avec la Chine et l’Inde donnent à l’Afrique
subsaharienne la perspective de s’imposer en tant que région de
transformation
des produits de base et comme fournisseur compétitif de biens et
de services à
forte intensité de main-d’oeuvre pour les entreprises et les
consommateurs de
ces deux pays un type de relation
économique qui tranche considérablement par rapport
à celle que le continent a
établie de longue date avec les pays du Nord. À cela
s’ajoute le fait qu’un
nombre croissant d’entreprises chinoises et indiennes qui
opèrent en Afrique
sont des acteurs économiques de niveau planétaire, qui
emploient ce qui se fait
de mieux au monde en matière de technologies et dont les
produits et services
répondent aux normes les plus rigoureuses, favorisant ainsi
l’intégration des
firmes africaines aux marchés de pointe.
Cela dit,
les
liens commerciaux en train de se forger entre les deux continents
présentent un
déséquilibre majeur. Les exportations africaines vers
l’Asie ne représentent en
effet que 1,6 % de ce que les pays asiatiques achètent au reste
du monde, et
les achats de la Chine et de l’Inde en Afrique ne constituent que 13 %
des
exportations globales de ce continent. Par ailleurs, l’Afrique ne
représente
que 1,8 % des apports d’investissement direct étranger
effectués au niveau
mondial, contre 20 % pour l?Asie de l?Est.
«
D’un côté
comme de l’autre de cette prometteuse équation économique
Sud-Sud, il faut
impérativement tenter de remédier aux asymétries
et aux facteurs faisant
obstacle à l’expansion continue de ce lien par la mise en oeuvre
de réformes »,
souligne M. Broadman. « Il en va non seulement de
l’intérêt primordial de l’Afrique
pour son développement économique, mais de la propre
prospérité économique de
la Chine et de l’Inde. »
Les
réformes
que l’étude recommande pour l’ensemble des pays concernés
sont de quatre ordres
:
·
Réformes «
aux frontières », consistant par exemple pour la Chine et
l’Inde à éliminer les
droits progressifs appliqués sur les principaux produits
d’exportation
africains, et pour les pays d’Afrique à éliminer
également les droits qu’ils
appliquent à certains facteurs de production et qui
réduisent ainsi la
compétitivité de leurs produits.
·
Réformes «
en deçà des frontières » pour les pays
d’Afrique, afin de libérer les forces
concurrentielles de leurs propres marchés et de renforcer leurs
institutions de
base, et de manière à améliorer également
la gouvernance.
·
Améliorations
« entre les frontières », c’est-à-dire au
niveau des infrastructures et
institutions de facilitation des échanges, afin de
réduire les coûts de
transaction tels que ceux afférents à l’administration
douanière, au transport
et aux communications.
·
Réformes
consistant à tirer parti des liens entre investissements et
échanges pour
permettre ainsi aux entreprises africaines de participer aux
réseaux modernes
et planétaires de partage de la production dérivés
des investissements
effectués par la Chine et l’Inde en Afrique.