Monsieur
le Président,
j'ai honte pour la
France et sa
"belle image"
J'étais
au gymnase " Belle image " (quel nom dérisoire) à
Cachan (Hauts-de-Seine), le
samedi 2 septembre 2006. J'y ai rencontré " toute la
misère du
monde ", celle que j'avais rencontré dans les camps palestiniens
et qui
m'avait tant marquée.
Je ne
pensais pas la retrouver en France, à quelques kilomètres
de l'Elysée où vous
recevez l'un après l'autre (aujourd'hui le sinistre Idriss
Déby, du Tchad,
mercredi le grotesque Faure Gnassingbé, le "Baby Doc" duTogo)
vos
affidés les dictateurs africains que vous avez amenés au
pouvoir, où vous les
maintenez avec votre armée, les embrassant cordialement
pour services
rendus à la France. au détriment de ceux qui croupissent
dans nos gymnases ou
taudis.
J'ai trouvé dans ce gymnase, (ou plutôt ce camp de
réfugiés) des femmes et
des enfants accroupis ou couchés sur des matelas, les hommes
étant dans un
couloir sombre et humide. Cela vous prend aux tripes, vous ne dites
rien, vous
regardez, puis vous tournez le dos. Vous n'avez qu'une envie
: vous enfuir
les larmes aux yeux, et vous terrer pour ne plus voir cette honte.
Puis, un peu calmé, vous revenez sur vos pas, vous commencez
à discuter avec
les uns et les autres et vous réalisez enfin l'ampleur de ce
drame affreux et
inimaginable à l'aube de ce troisième millénaire
dans une société qui veut
donner des leçons de démocratie et de savoir-vivre au
monde entier.
Monsieur le Président, permettez-moi de vous dire, que ce sont
nos enfants, les
enfants de la France que nos différents gouvernements traitent
comme des
animaux et pire encore, car ils n'ont même pas une SPA
pour les
défendre.
Ce gymnase est l'image de la France coloniale, esclavagiste et pilleuse
des
biens africains dans l'âme, puisqu'elle traite les enfants de nos
victimes de
la façon la plus abjecte qui soit.
Si ces Africain/es et descendant/es d'Africains en sont là
aujourd'hui, c'est
bien le résultat d'une politique arrogante et toujours
colonialiste vis-à-vis
de l'Afrique. Elle n'est pas l'apanage d'un gouvernement de droite
comme
essaient de nous le faire croire les diverses gauches, car ceux de
gauche nous
ont montré qu'ils n'avaient rien à vous envier.
Les mobilisations de
Vincennes, place de la Réunion et de la
Chapelle Saint-Bernard sont toujours présentes dans nos
mémoires.
Lorsque Michel Rocard
disait : " Nous ne pouvons accueillir toute la
misère du monde " , il a juste oublié de rajouter. :
"Mais nous
pouvons continuer à la créer, la poursuivre, nous remplir
les poches avec cette
misère. " Qu'ils restent chez eux et attendent patiemment que
nous ayons
fini de piller l'Afrique. nous leur enverrons quelques sacs de riz (
portés par
un ex-ministre "sans frontières" au dos large) ".
En continuant à promouvoir un modèle de
développement à l'occidentale qui ne
profite qu'aux pays du G8, en imposant des échanges
inégaux, en se permettant
de piller les richesses de l'Afrique, ses matières
premières et ses cerveaux,
en leur imposant une agriculture non appropriée à leurs
terres, leurs rivières,
leur environnement et leur mode de consommation, en leur faisant
rembourser une
dette, alors que c'est nous qui en avons une envers eux, nous
détruisons
tout un continent.
Ce n'est pas un hasard si ces Africains, viennent chez nous. Ils
s'imaginent
trouver la démocratie, la promotion des droits de l'homme,
l'égalité des
droits, la justice, l'école pour leurs enfants, des structures
de santé
performantes, et échapper ainsi à la
misère engendrée par les grands
de ce monde. Ils savent bien d'où viennent leur misère et
leur malheur, ils
connaissent les responsables qui enrichissent les comptes privés
de leurs
dirigeants. Ils viennent presque toujours des pays sous dictatures
soutenues
par vous et les autres puissances européennes ou
usaméricaine, afin de mieux
préserver " vos ou leurs intérêts ".
Nous avons une dette énorme envers ces gens. Notre
développement, nos richesses
et nos sociétés avancées se sont construits sur
les profits tirés de la
colonisation des terres africaines, du pillage des richesses de leur
sous-sol et de la déportation des populations vers des
camps de travail
forcé.
Il nous
semble que la demande de réparation, tout à fait
justifiée, adressée par les
descendants de ceux qui ont tant souffert passe avant tout par des
échanges
plus égalitaires qui ne lèsent personne et surtout un
accueil plus généreux de
leurs enfants.Ou alors, dites clairement que l'école de Jules
Ferry, censée
civiliser les petits sauvageons de l'Afrique profonde et apporter la
lumière
"au coeur des tenèbres", n'est pas universelle et n'est
réservée qu'à
ceux que vous avez choisis, on ne sait sur quels critères.
Je vous
demande donc, Monsieur le Président, au nom de tous mes amis de
Cachan,
d'intervenir personnellement pour faire cesser immédiatement ce
scandale qui
déshonore la France.
Ces
hommes, ces femmes, ces enfants ont le droit à une vie dans la
dignité et dans
la paix.
Paris, 4
septembre 2006.