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Rapport annuel 2006 sur la liberté de religion dans le monde

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Résumé analytique

Ce rapport a pour objet de présenter les actions de gouvernements, qu'ils répriment l’expression religieuse, persécutent les croyants innocents ou tolèrent la violence contre les minorités religieuses, ou qu'ils respectent, protègent ou encouragent la liberté de religion. Nous nous efforçons de décrire impartialement les exactions contre les adhérents de toutes les traditions et croyances religieuses. La gamme des gouvernements dont nous rendons compte va de ceux qui protègent la liberté de religion dans son sens le plus plein (ceux qui respectent de façon générale le droit à la liberté de religion) aux régimes totalitaires qui cherchent à contrôler la pensée et l’expression religieuses et considèrent certains groupes religieux, voire tous, comme des menaces.

La promotion de la liberté de religion est au cour de la politique étrangère des États-Unis et elle fait partie de la mission du département d'État. L'attachement des États-Unis à la cause de la liberté de religion et aux normes internationales en matière de droits de l'homme se reflète également dans divers documents tels que l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme qui dit clairement que toute personne a le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. En vertu de notre profond engagement en faveur de ces libertés, le département d'État observe les cas de persécution et de discrimination religieuses partout dans le monde, recommande et met en ouvre des mesures dirigées vers des régions et des pays, et élabore des programmes visant à promouvoir la liberté de religion. Les États-Unis, par le biais d'une diplomatie transformatrice, cherchent à promouvoir la liberté de religion et de conscience partout dans le monde en tant que droit humain fondamental et source de stabilité pour tous les pays. À cette fin, ils s'efforcent d'aider les nouvelles démocraties à mettre en ouvre la liberté de religion et de conscience, d'aider les ONG impliquées dans les droits de l'homme et la religion à promouvoir la liberté de religion, et d'identifier et de promouvoir des changements dans les politiques et les actions des régimes qui persécutent leurs citoyens et d'autres sur la base de leurs croyances religieuses.

La vaste majorité des gens dans le monde ont des convictions religieuses auxquelles ils restent très attachés. C'est précisément parce que la religion tient une place centrale dans leur vie que tant d'entre eux considèrent la liberté de religion comme le plus important de leurs droits.

En même temps, les tendances mondiales, les distinctions régionales, les préférences locales et le passé individuel de tout un chacun causent souvent des chevauchements importants entre l'identité religieuse, l'ethnie, la classe, la langue ou l'affiliation politique. Le droit à la liberté de religion peut être réprimé de nombreuses manières, aussi bien flagrantes que subtiles. La typologie suivante, bien que nullement exhaustive, représente les principaux types d'abus identifiés dans ce rapport, et peut servir de guide pour évaluer les tendances en matière de liberté de religion : les régimes totalitaires ou autoritaires, l'hostilité officielle à l'égard des religions minoritaires, la négligence officielle envers la discrimination sociale, une législation discriminatoire qui favorise la religion de la majorité et la dénonciation de certaines religions comme culte.

La première catégorie d'infraction, et la plus criante, se rapporte aux régimes totalitaires et autoritaires qui cherchent à contrôler la pensée et l’expression religieuses. Ils considèrent certains groupes religieux, voire tous, comme des ennemis de l'État en raison de leurs convictions religieuses ou de leur indépendance vis-à-vis de l'autorité centrale.

Certains gouvernements font preuve d'hostilité envers des groupes spécifiques qu'ils répriment, les identifiant souvent comme des « menaces contre la sécurité ». Il est important de faire une différence entre les groupes de croyants qui expriment des doléances politiques légitimes et ceux qui détournent la religion et l'utilisent pour prôner la violence contre d'autres groupes religieux ou l'État. Le présent rapport considère qu'il y a abus lorsqu'un gouvernement réprime l’expression religieuse d'une population qui pratique de manière pacifique, sous prétexte d'atteinte à la sécurité nationale. Par exemple, la guerre contre le terrorisme ne doit pas servir d'excuse à la répression d'une pratique religieuse paisible. Le rapport dénonce également les pays et les cas où les actions prises par des autorités trop zélées contre des fidèles soupçonnés d'extrémisme ont eu pour principal effet de restreindre la liberté de religion. Dans certains pays, par exemple, beaucoup de personnes hésitent à se rendre souvent à la mosquée de peur de se faire considérer comme des extrémistes par le gouvernement.

Une deuxième catégorie d'abus a trait à l'hostilité de l'État à l'égard des religions minoritaires ou non approuvées. Ces États appliquent une politique visant à exiger que les croyants abjurent leur foi, à provoquer l'exode de membres de certains groupes religieux ou à intimider ou à harceler certains groupes. Le rapport note par exemple les cas où la répression de groupes religieux était liée à une identité ethnique du fait que l'État, dominé par un groupe ethnique majoritaire, a réprimé la croyance d'un groupe minoritaire. On trouve également dans ce rapport des cas où l'État s'est servi de la conviction religieuse d'une personne comme moyen de déterminer son idéologie politique, entraînant l'intimidation et le harcèlement de certains groupes religieux.

La troisième catégorie d'infraction se rapporte aux cas où l'État ne redresse pas la discrimination ou les abus sociaux commis à l'encontre de groupes religieux. Dans ces pays, même si la législation en vigueur décourage la discrimination et la persécution religieuse, les autorités faillissent à leur obligation de prévenir les conflits religieux ainsi que le harcèlement et autres actions dommageables contre des groupes religieux minoritaires. Pour protéger la liberté de religion, il ne suffit pas d'avoir de bonnes lois écrites. Il faut que le gouvernement agisse à tous les niveaux pour prévenir les abus des acteurs publics ou privés, traduire les fauteurs de trouble en justice et offrir, le cas échéant, des réparations aux victimes. Il incombe aux gouvernements non seulement de faire en sorte que leurs agents ne violent pas la liberté de religion mais aussi de protéger la liberté de religion en garantissant que les acteurs privés respectent l'État de droit. De plus, ils se doivent d'encourager un climat de respect et de tolérance pour tous. Le rapport présente des cas de pays qui n'ont pas pris les mesures nécessaires pour prévenir des atteintes à la liberté de religion ou qui n'ont pas réagi avec assez de détermination et de force face à des violations de la liberté religieuse par des acteurs privés, des entités non gouvernementales ou des responsables locaux des forces de police.

On range dans une quatrième catégorie les infractions liées à l'adoption de lois discriminatoires ou de mesures qui favorisent telle religion majoritaire et désavantagent les minoritaires. Une telle situation résulte souvent de la domination par la majorité religieuse et d'un parti pris contre les religions nouvelles ou minoritaires. Ainsi, même si la majorité de la population de ces pays peut assister aux offices sans être harcelée, on ne peut pas dire que l'individu est vraiment libre de choisir sa religion et de la pratiquer. De plus, le soutien apporté à une religion par le gouvernement peut même restreindre la liberté religieuse des fidèles de la majorité s'il approuve une seule interprétation de cette religion.

Enfin, la pratique consistant à réprimer certaines religions en les classant parmi les cultes ou sectes dangereux est une forme commune d'abus, même dans les pays où la liberté de religion est par ailleurs respectée.

Par exemple, le présent rapport examine les dénonciations formulées contre les chiites dans les pays à majorité sunnite - et vice-versa - surtout lorsque les gouvernements prennent sur eux-mêmes de réguler la croyance et la pratique religieuses dans l'optique d'une seule de ces traditions religieuses.

Entre le 1er juillet 2005 et le 30 juin 2006, période couverte par ce rapport, des événements de nature très diverse ont eu des répercussions sur la liberté de religion. On notera à cet égard l'intérêt de plus en plus vif que les médias de par le monde ont eu tendance à manifester pour les questions et controverses liées à la liberté de religion. Témoin le tollé international provoqué en février 2006 au sujet de la reproduction d'une série de douze dessins satirisant Mahomet, originellement publiés en septembre 2005 dans le journal danois Jyllands-Posten. Pour justifier cette réimpression, les médias européens ont argué de la liberté d’expression.

Cependant, de nombreux observateurs, dont notamment les communautés musulmanes minoritaires d'Europe, ont interprété cela comme une attaque directe ou une démonstration d'intolérance envers l'islam.

Ce résumé analytique comprend deux parties : la première récapitule, pays par pays, les actions prises par le gouvernement américain pour faire avancer la cause de la liberté religieuse dans les pays décrits comme « particulièrement préoccupants » du fait de graves violations de la liberté de religion. La seconde partie donne des précisions sur les pays où la liberté de religion est sur le devant de la scène, y compris les « pays particulièrement préoccupants ». Pour chacun de ces pays, le rapport indique la situation juridique et les politiques pertinentes et donne des exemples d'abus ou de mesures prises par le gouvernement pour promouvoir ou protéger la liberté de religion. Pour la plupart, ces pays présentent des cas relevant de l'une ou de plusieurs des catégories d'abus susmentionnées.

PREMIÈRE PARTIE : ACTIONS PRISES PAR LES ÉTATS-UNIS À L'ÉGARD DES PAYS PARTICULIÈREMENT PRÉOCCUPANTS

La loi de 1998 sur la liberté religieuse dans le monde prévoit la préparation d'un rapport annuel sur l'état de la liberté de religion dans le monde et la désignation des pays qui ont « commis ou toléré des abus particulièrement graves de la liberté de religion » pendant la période couverte par le rapport comme « pays particulièrement préoccupants (PPP) ».

Après cette désignation, il peut s'ensuivre une période de négociation pendant laquelle les États-Unis cherchent à ouvrer avec le pays désigné à l'adoption de changements. Par la suite, selon les résultats de ces discussions, le secrétaire d'État adopte une ou plusieurs lignes d'action énoncées dans la loi de 1998. Celles-ci vont de sanctions diverses à un accord pouvant aller jusqu'à la suspension de la loi. Dans les pays où les États-Unis ont des sanctions en vigueur conformément à une autre loi, le secrétaire d'État peut désigner l'une ou plusieurs d'entre elles comme s'appliquant aussi à la loi de 1998. L'ambassadeur chargé de la liberté de religion dans le monde et ses collaborateurs prennent tout au long de l'année des mesures visant à promouvoir la liberté religieuse dans chacun des PPP. Ce chapitre présente les mesures prises par d'autres membres du gouvernement américain pour promouvoir la liberté de religion et encourager les autorités à prendre des dispositions visant à accroître cette liberté.

En novembre 2005, la secrétaire d'État a de nouveau désigné la Birmanie, la Chine, la Corée du Nord, l'Iran, le Soudan, l'Érythrée, l'Arabie saoudite et le Vietnam comme pays particulièrement préoccupants. Les rapports sur les pays individuels donnent des détails sur les mesures prises dans ces pays et d'autres.

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Soudan

Le Soudan est désigné comme PPP tous les ans depuis 1999. Parmi les nombreuses sanctions américaines appliquées à ce pays, en 2005 la secrétaire d'État a prorogé la désignation d'une sanction - consistant à s'abstenir de voter ou à voter contre l'octroi de prêts ou d'autres fonds des institutions financières internationales au Soudan - comme s'appliquant aussi à la loi de 1998. Le gouvernement Bush a encouragé le Gouvernement d'unité nationale à honorer les promesses de liberté de religion inscrites dans l'Accord de paix global et dans la Constitution nationale intérimaire, et a indiqué clairement que les restrictions à la liberté de religion freinaient l'amélioration des relations entre le Soudan et les États-Unis.

Robert Zoellick, secrétaire d'État adjoint, a organisé un forum interreligieux avec des dirigeants musulmans et chrétiens à Khartoum lors de sa visite dans le pays en novembre 2005. Les membres de l'ambassade des États-Unis rencontrent fréquemment les chefs de différents groupes religieux. Ils ont tissé des rapports de travail avec un certain nombre de dirigeants musulmans et chrétiens et les responsables américains en rencontrent régulièrement d'autres à Khartoum, à Juba et lors de leurs visites en dehors de la capitale.

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DEUXIÈME PARTIE : LA SITUATION DE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE DANS LES PAYS

La présente section donne un résumé de la situation de la liberté de religion dans nombre de pays où cette question suscite un grand intérêt.

Pour chacun de ces pays, le rapport indique la situation juridique et la politique pertinente et donne des exemples d'abus ou de mesures prises par le gouvernement pour promouvoir ou protéger la liberté de religion.

Égypte

Si le droit à la liberté de religion et à la pratique des rites religieux est inscrit dans la Constitution égyptienne, dans la réalité, le gouvernement impose des restrictions à son exercice. Les pratiques religieuses qui sont incompatibles avec l'interprétation gouvernementale de la charia, la loi canonique islamique, sont interdites. Les membres des minorités religieuses non islamiques reconnues par le gouvernement peuvent en général pratiquer leur culte sans être harcelés mais la tradition et certains aspects de la législation discriminent contre certaines minorités religieuses, dont les chrétiens et plus spécialement les baha'is qui ne sont pas officiellement reconnus. Le gouvernement continue à ne pas accorder de pièces d'état civil - cartes d'identité, certificats de naissance et de mariage - aux quelque 500 à 2000 personnes qui constituent la communauté baha'ie. Il a fait appel d'une décision d'un tribunal administratif en date du 4 avril qui reconnaissait le droit des citoyens baha'is à recevoir des cartes d'identité et des certificats de naissance sur lesquels était indiquée leur religion. De nombreux lieux de culte ont toujours des difficultés à obtenir des permis de réparation et de reconstruction en dépit d'un décret présidentiel de décembre 2005 déclarant que ces permis, qui jusqu'alors devaient être approuvés par le président, pouvaient être accordés par les gouverneurs provinciaux. Par le passé, le gouvernement n'offrait aux personnes qui renonçaient à l'islam pour se convertir au catholicisme aucun recours légal leur permettant de modifier la désignation de leur religion dans leur état civil. Au cours des deux dernières années, quelque 32 musulmans qui avaient abjuré le christianisme ont reçu des verdicts leur permettant de recouvrer leur identité chrétienne originelle. Metwalli Ibrahim Metwalli Saleh, qui avait été arrêté par le State Security Intelligence Service (SSIS - service du renseignement) en mai 2003 pour ses vues sur l'islam - notamment le droit de se convertir - a été libéré le 23 avril après huit jugements séparés en sa faveur de la Supreme State Security Emergency Court et une déclaration officielle du procureur ordonnant sa libération.

(...)

Soudan

La Convention nationale intérimaire de 2005 institue la liberté de religion dans tout le pays et on a pu noter certaines améliorations dans ce domaine pendant la période couverte par ce rapport. Cependant, les distinctions régionales dans la Constitution négociée dans le cadre de l'Accord de paix global amènent des disparités dans le traitement des minorités religieuses entre le Nord et le Sud. La Constitution a conservé la charia comme source de la législation dans les États en dehors du sud du Soudan alors qu'elle reconnaît le « consensus populaire » et « les valeurs et les coutumes du peuple soudanais, y compris ses traditions et ses croyances religieuses » comme sources de la législation dans le Sud. Le gouvernement du sud du Soudan respecte les droits des chrétiens et des musulmans dans les dix États du Sud comme le demande sa constitution intérimaire séparée, signée le 5 décembre 2005, mais le nouveau gouvernement d'unité nationale continue à imposer des restrictions sur les chrétiens du Nord, notamment en leur refusant des permis de construire de nouvelles églises. Le gouvernement national exige que tous élèves du Nord étudient l'islam à l'école, qu'ils soient musulmans ou non, même s'ils sont inscrits dans des écoles catholiques privées. La Constitution nationale intérimaire prévoit l'établissement d'une Commission pour les droits des non-musulmans dans la capitale, Khartoum, pour garantir que les non-musulmans ne souffrent pas indûment de l'application de la charia mais, à la fin de la période couverte par le rapport, elle n'avait pas encore été créée. Le dialogue entre les groupes chrétiens et musulmans se poursuit sous les auspices du Conseil interreligieux soudanais, ONG soutenue par le gouvernement d'unité nationale et le Conseil soudanais des églises qui comprend des groupes catholiques, orthodoxes et protestants. Ce conseil a soutenu les efforts en faveur de la paix et de la réconciliation entre chrétiens et musulmans en parrainant, en juillet 2005, avec l'Institut américain pour la paix, une conférence sur le rôle des dirigeants religieux dans le processus de construction de la paix.