Avoir le sida en Haïti permet au
moins de manger

Devant un entrepôt stockant les
vivres du Programme alimentaire
mondial de l'Onu (PAM), des Haïtiens font la queue en attendant de
recevoir
leur ration alimentaire, tous tuberculeux ou atteints du virus du sida.
Sur les 400 personnes qui sont consultées chaque jour à
l'hôpital de Lascahobas
(centre du pays), 60 à 70 sont des malades et ont le droit de
recevoir un
supplément nutritionnel de 1500 kilocalories offert par le PAM.
«Ce don de l'organisation onusienne ainsi qu'une aide mensuelle
de 30 à 40
dollars d'une ONG américaine incitent les gens de Lascahobas (57
km à l'est de
Port-au-Prince), à effectuer les tests du sida», explique
Fricelyne Chelot,
infirmière au centre de santé.
Quelque 300 familles de 5 à 7
personnes chacune profitent
ainsi de ce programme lancé depuis quelques années par
l'organistion «Partners
in Health» avec sa filiale haïtienne «Zanmi lasante
(Amis de la santé en
créole).
«Il est nécessaire de s'attaquer au sida» et de le
faire en tenant compte de
l'extrême pauvreté dans laquelle se débat ce pays,
le plus pauvre du continent
américain, explique Wesler Lambert médecin en chef de
l'hôpital de Lascahobas.
«Si nous voulons améliorer la situation sanitaire dans son
ensemble, nous
devons agir sur des facteurs socioéconomiques», souligne
le médecin.
Il raconte être parfois témoin de véritables
scènes de désespoir avec des
Haïtiens qui repartent de l'hôpital, effondrés, parce
qu'ils n'ont pas été
sélectionnés pour le programme d'assistance sociale et ne
pourront donc pas
profiter d'une ration supplémentaire.
Le médecin explique que le désespoir est tel que certains
Haïtiens déclarent
préférer «mourir du sida demain plutôt que
mourir de faim aujourd'hui».
Le médecin appelle les autorités haïtiennes à
intervenir.
Outre les adultes, environ 200 enfants et adolescents ainsi que des
orphelins
du sida sont pris en charge par ce programme santé/nutrition de
l'organisation
américaine et du PAM. Grâce à ce programme, ils
sont soignés, nourris et leur
scolarité est payée.
«Il y a visiblement une nette amélioration de la
santé depuis l'arrivée de
Partners in Health dans cette région du pays», constate
Francelyne
l'infirmière.
Parallèlement, le taux de fréquentation des centres de
santé a augmenté. Les
Haïtiens les plus pauvres s'adressent aux médecins sachant
que outre les soins
de santé gratuits, ils pourront également être
nourris.
Pour James Morris, directeur exécutif du PAM, il est
indispensable d'inclure le
soutien nutritionnel dans les programmes de santé. Sinon, cela
revient «à
financer une campagne d'antirétroviraux sans se pencher sur
l'alimentation et
c'est un peu comme dépenser une fortune pour réparer une
voiture alors qu'on
n'a pas l'argent nécessaire pour faire le plein».
«Si ce programme devait s'arrêter, ce sont de dizaines de
milliers de vies qui
seraient menacées dans cette région d'Haïti»,
indique le docteur Lambert.
En Haïti qui compte huit millions d'habitants, 76% de la
population vit avec
moins de 2$ par jour. L'insécurité alimentaire touche 40
% des foyers.
Selon l'Onu, le sida est en recul dans ce pays mais touche encore 4
à 5% de la
population totale.
Clarens Renois