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Des
Soudanaises veulent
la peau claire à tout prix

par Mohammed Abbas
KHARTOUM
(Reuters) - "Les gens pensent qu'être blanc, c'est plus joli. A
mon avis, être noir est plus mignon. Je me demande à qui
ils veulent
ressembler." Selma Awa, esthéticienne au salon Reine de
beauté, ne
comprend pas pourquoi certaines de ses clientes font tout pour
éclaircir leur
peau.
Mais à
Khartoum comme dans de nombreux pays africains ou asiatiques, un teint
clair est signe de beauté. Une femme à la peau blanchie
est considérée comme
une personne aisée, éduquée et plus
désirable.
Conséquence:
l'utilisation des produits blanchissant la peau s'est multipliée
ces dernières années au Soudan.
"Les gens vous
jugent sur la couleur de votre peau", explique Rsaha
Moussa, employée de maison qui ne se déplace jamais sans
sa crème visage.
"S'ils me voient à côté d'une autre femme portant
les mêmes vêtements mais
à la peau plus blanche, ils penseront qu'elle vit
confortablement et que je
suis une femme pauvre."
Comme elle, des
millions d'Africaines utilisent baumes et savons truffés de
produits chimiques, de substances potentiellement dangereuses pour leur
santé.
Selon les
dermatologues, l'usage prolongé d'hydroquinine ou de produits
à base
de mercure, que l'on trouve dans certaines crèmes,
détruit la couche
protectrice de l'épiderme. La peau finit par brûler,
démanger ou se
boursoufler, devient hypersensible au soleil et, comble du traitement,
plus
noire qu'avant.
Une
défaillance des reins ou un cancer de la peau peut aussi
résulter d'un abus
de ces produits. "C'est un
véritable problème ici. Parfois cela tue le patient",
déclare un médecin dans un hôpital de Khartoum.
Les femmes
souffrant de problèmes liés à des applications de
produits blancheur
représentent déjà un quart de ses patients.
A Khartoum, les publicités pour ces articles envahissent
pourtant les magasins
et les bords de route. Des annonces diffusées à la
télévision promettent même
aux femmes confiance et séduction.
DEFIGUREES AU MARIAGE
Dans l'un de ces spots, une présentatrice raconte comment,
après s'être
appliqué une crème, elle s'est attiré les faveurs
d'un collègue auparavant
indifférent. "Tu étais fantastique. Qu'est-ce que tu fais
à 4h ?",
lui demande-t-il après avoir vu son nouveau visage.
Dans une autre
publicité, une comédienne terrifiée par le trac
quitte la scène
et s'applique de la crème en coulisse. Elle revient sur les
planches délivrée
de toute gêne.
Samira Magar
possède à Khartoum une boutique de robes de
mariées occidentales,
style moderne. Dans sa vitrine, une rangée de pots de
crèmes blancheur. Dans la
devanture voisine, des photographies de mariées à la peau
particulièrement
claire.
"De plus en plus de
Soudanaises veulent des robes de mariées blanches,
elles veulent ressembler aux Egyptiennes ou aux Européennes",
remarque-t-elle.
Mais,
conséquence de cette fascination, elle a vu défiler dans
sa boutique
plusieurs femmes qui, à force d'utiliser des crèmes trop
chimiques, sont
apparues défigurées à leur mariage.
Selon Magar, il
y a pourtant des siècles que les femmes noires utilisent des
produits naturels pour blanchir leur peau. Mais l'apparition de
substances
chimiques dans les années quatre-vingt a changé la donne.
Le dermatologue
qui officie à l'hôpital de Khartoum s'inquiète de
cette
expansion. Mais il ne blâme pas tant les utilisatrices de ces
produits que les
Soudanais.
"Ici, tous les hommes
veulent être installés ou mariés avec une femme
à
peau claire. Si un homme veut se marier, il dit que son premier choix
se porte
sur une femme à peau claire. Pourquoi?", déplore-t-il.
Cette
préférence est d'autant plus étonnante qu'au
Soudan la couleur de la peau
revêt une dimension politique particulière.
Si aujourd'hui
les Soudanais du Nord, majoritairement musulmans et à la peau
plus claire, partagent le pouvoir avec ceux du Sud, traditionnellement
chrétiens ou animistes et surtout plus foncés, la guerre
civile entre les deux
communautés a duré 20 ans. Et pendant cette
période, la vie tenait parfois à la
couleur de la peau.
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