Nigeria:
50 000 chrétiens assassinés depuis la charia

par Magdaléna
Morisset
« L’un
des plus grands pays protestants au monde est aussi l’un des pays
où en raison
de leur foi, des chrétiens se font régulièrement
massacrer. En cause, une cohabitation
difficile avec des musulmans sunnites qui comptent parmi les plus
radicaux de
la planète.»
Les affrontements
religieux sont monnaies courantes dans ce pays coupé en deux.
Au Nord, les Haoussas majoritairement musulmans, avec néanmoins,
d’importantes
enclaves chrétiennes dans les grandes villes. Au Sud, les Ibos
et les Yorubas
chrétiens en majorité, avec là encore des enclaves
musulmanes dans les villes
principales.
Au
moins
140 personnes ont trouvé la mort dans de violents affrontements
religieux à la
fin du mois de février. Tout a commencé par des
manifestations pour protester
contre les caricatures de Mahomet publiées au Danemark. A
Maiduguri, la
capitale de l’Etat de Borno, au Nord du Nigeria, la manifestation s’est
transformée en règlement de compte contre les
chrétiens. Les musulmans ont
envahi 30 églises, 250 magasins appartenant aux
chrétiens, tout a été détruit.
Certains chrétiens, dont six enfants, ont été
brûlés vifs. Les autres ont été
battus à coup de machettes jusqu’à ce que mort s’ensuive.
La même semaine, à
Katsina, capitale de l’Etat éponyme au nord du pays, une autre
manifestation a
tourné au carnage. 7000 chrétiens, de l’ethnie des Ibos
se sont réfugiés dans
les casernes de la ville. A Onitsha, au Sud du Nigeria, les violences
ont été
provoquées par l’arrivée d’un camion chargé de
cadavres de chrétiens Ibos tués
à Maiduguri. A leur tour les chrétiens ont fait couler le
sang. Ils ont
pourchassé les musulmans dans la ville, ils réclamaient
vengeance pour les
leurs. 80 musulmans ont été abattus.
Au
Nigeria, les conflits religieux sont souvent exploités à
des fins de politiques
intérieures. La même semaine que les manifestations, un
débat public avait lieu
sur la réforme de la constitution. Le président Obusegun
Obasanjo, chrétien du
sud, aurait l’intention de changer la constitution pour briguer un
3ème mandat.
Actuellement, au terme de deux mandats, le président ne peut pas
se
représenter. Les musulmans sont fermement opposés au
changement de la
constitution. Il espère pouvoir élire en 2007 un
président qui serve leurs
intérêts.
En l’an
2000, les rivaux du président Obasanjo ont instauré la
Charia dans 12 états du Nord. De cette façon, les chefs
musulmans gardent
le contrôle des états du Nord. Les chrétiens
demeurant dans ces états sont
obligés de se soumettre aux pratiques islamiques. Les femmes
doivent porter la
tenue légale. La mixité est interdite dans les transports
en commun. Les femmes
n’ont pas le droit d’adresser la parole aux hommes dans la rue. Une
jeune
femme, ayant eu des relations sexuelles avant le mariage, est
condamnée à 180
coups de fouet. L’adultère, la pédophilie, la sodomie et
l’homosexualité sont
punis par la mort. Le ou la coupable est enterré jusqu’au coup
et sa tête est
lapidée. Le vol est puni par l’amputation d’un membre. La
construction d’église
est interdite. Depuis l’instauration de la Charia, 50 000
chrétiens ont été
assassinés au Nigeria.
A travers
les conflits religieux, il y a en filigrane de vieilles rancœurs
ethniques. Un
passé lourd à porter. L’ethnie des Haoussas, musulmans du
Nord, exècre les
ethnies Yorubas et Ibos, chrétiens du Sud. Et la
réciproque est tout aussi
vraie. Les Ibos et les Yorubas abhorrent les Haoussas. Par exemple, un
musulman
Yoruba du Nord a dû s’enfuir lors des conflits. Des musulmans
Haoussas ont
détruit sa maison, au même titre que celles des
chrétiens. Pourquoi ?
Parce que selon les Haoussas, le Nord est leur territoire. Les Yorubas,
musulmans, chrétiens ou autres, doivent quitter le Nord et
rejoindre le Sud. Et
c’est le même scénario au Sud.
Ces
tensions ethniques et religieuses trouvent leurs racines dans le
passé colonial
du Nigeria. Dès le 16 éme siècle les
Européens s'établissent dans le Golfe de
Guinée et établissent la traite négrière.
Les ethnies du Sud, demeurant au bord
de la côte maritime, souffrent le plus de la déportation.
Les ethnies du Nord
restent les plus puissantes. Au 19ème siècle, les Anglais
explorent l’intérieur
du pays et installent leur suprématie. Le Royaume-Uni adopte un
système
d’administration indirecte (Indirect rule.) Les chefs traditionnels de
chaque
ethnie font régner l’ordre, au nom des Hauts Commissaires
anglais, en échange
de faibles avantages. Les ethnies du Nord, contrairement à
celles du Sud vivant
de manière clanique, habituées à cette forme
d’organisation étendue, se sont
très vites adaptées à ce système.
Les
politiciens anglais, ayant beaucoup plus de mal avec le Sud souvent
révolté,
favorisent les missions chrétiennes qui sont très bien
accueillies. Elles
apportent avec elles la civilisation occidentale : des
écoles, des
hôpitaux etc. Le Nord plus coopératif n’a paradoxalement
pas accès à ses
avantages. Les autorités anglaises ont en effet interdit toute
mission
chrétienne dans le Nord musulman, afin d’éviter toute
tension religieuse susceptible
de mettre fin à la coopération des chefs musulmans.