Savoir se rappeler son
enfance
Quête. Un
premier roman qui engage le lecteur dans une quête
acharnée où se mêlent
traditions et chocs culturels et où les blessures restent
vivaces.
La
Rue
Lallouette prolongée,
de Sylviane
Vayaboury.
L’Harmattan,
140 pages, 13
euros.
La Rue
Lallouette prolongée est l’histoire d’un retour. Celui d’une
petite fille,
maintenant auteur, qui se rappelle son enfance dans cette rue de
Cayenne. Elle
raconte, avec sa vision des choses, les questions de l’adolescente et
de
l’adulte en devenir. Et pour cela elle peint des tableaux où la
vie mêle
inextricablement les bonnes et mauvaises vibrations. Les mots de
l’auteur
oscillent entre émoi et colère. Entre affectif,
incompréhension et découverte.
Son texte donne à vivre les tribulations d’une famille
disséminée aux trois
points du « triangle Antilles-Guyane-France ».
L’histoire
débute dans les années soixante dans un coin de
Fort-de-France. Entre les
poteaux-mitan de ses grands-parents d’adoption auxquels s’ajoutent
d’autres
personnages clés. Qui s’apprête à lire ce livre
doit d’abord se rappeler son
enfance. Et toute l’espièglerie de ces années-là.
Car il n’est possible de bien
circuler dans cette histoire qu’après être revenu au temps
d’apprentissage de
la vie. Le livre de Sylviane Vayaboury est souvenance. C’est
l’indélébile
déroulement d’une existence qui construit sa
compréhension des choses en mêlant
questions et réponses. En additionnant et soustrayant, sans
aucune hésitation,
dans les données brassées par ses yeux, ses oreilles, son
nez...
C’est son
histoire de jeune Guyanaise extirpée du milieu de la famille
originelle, mais
qui pourtant ressemble dans la forme à celle de bien des
enfants. La jeune
femme évolue au rythme du déroulement des pages du temps.
Dans un creuset sans
fond, où les traditions et le choc des cultures arrosent les
racines de son
devenir. La mémoire fait remonter, grâce à
l’alchimie des mots et des phrases,
un plein d’images que le lecteur ne saurait bouder. Et la construction
bien
créole du livre montre un ensemble de spécificités
propre à la littérature
antillaise. À lire donc. Et ce, avec toutes les clefs qu’offrent
des souvenirs
à vif pour décrypter les évolutions des
mentalités.
Fernand
Nouvet
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