Esclavage
: l'Eglise anglicane s'excuse

par Olivia
Marsaud
Mercredi,
lors de son synode à Londres, l’Eglise anglicane s’est
officiellement excusée
pour son rôle dans la traite négrière. Un geste
symbolique alors que la
Grande-Bretagne vient de lancer les préparatifs du bicentenaire
de l’abolition
de l’esclavage qui sera fêté en 2007.
L’Eglise
anglicane a présenté ses excuses pour son rôle dans
la traite négrière,
« reconnaissant les dégâts causés aux
héritiers de ceux qui ont été placés
en esclavage ». Réunie en synode mercredi à
Londres, elle a voté en faveur
de ces excuses officielles alors qu’elle débat actuellement
d’une motion sur
les conséquences « honteuses et
déshumanisantes » de l’esclavage,
dont le bicentenaire de l’abolition sera célébré
en 2007 en Grande-Bretagne.
La déclaration de mercredi a fait suite à un débat
passionné, certains évêques
faisant valoir que l’ensemble du pays devait partager cette
culpabilité et pas
seulement l’Eglise. Mais l’idée a été soutenue par
la majorité des prélats
présents, dont l’archevêque d’York, Dr John Sentamu, le
premier noir à accéder
à cette charge, et l’archevêque de Canterbury, Rowan
Williams, chef spirituel
des 77 millions d’Anglicans du monde entier, qui a
déclaré que ces excuses
étaient « nécessaires ».
« L’Eglise a le devoir de partager la
honte et les péchés de nos prédécesseurs.
Il ne s’agit pas de politiquement
correct. Cela fait partie de ce que nous sommes en tant que
communauté
chrétienne. ».
C’est le révérend Simon Bessant, de Blackburn (nord de
l’Angleterre), connu
pour condamner le racisme comme un
« pêché », qui, dès le mois
de
janvier, a lancé le débat pour savoir si l’Eglise devait
oui ou non présenter
des excuses. Il avait alors appelé les évêques
à « confesser leurs péchés
devant Dieu » pour le support, direct et indirect, que
l’Eglise avait
apporté à la traite transatlantique. « Il est
temps de lever la main et de
dire que nous avons aussi pris part au problème. Car l’Eglise a
non seulement
apporté une aide morale aux milliers de propriétaires
d’esclaves de l’empire
britannique, mais une agence missionnaire était également
propriétaire de
dizaines d’esclaves dans une plantation à la Barbade.» Des
évêques auraient
aussi possédé des centaines d’esclaves à titre
individuel.
Marqués au fer rouge
« Même si l’aile évangélique de l’Eglise
s’est levée contre l’esclavage,
ce n’est pas assez pour condamner la complicité de l’institution
dans la
pratique esclavagiste », explique le révérend
Bessant qui précise que certains
membres de l’Eglise l’ont pressé d’arrêter de parler du
problème, de peur que
des excuses ne mènent à des poursuites judiciaires contre
l’Eglise. Cela ne l’a
pas empêché de largement participer aux débats de
mercredi. Il a rappelé que
l’Eglise anglicane avait joué un rôle dans l’esclavage via
la Société pour la
propagation de la parole dans les contrées lointaines et via les
propriétés de
celle-ci, comme la plantation Codrington à la Barbade. Le
révérend a indiqué
que le mot « Société » était
marqué au fer rouge sur la poitrine des
esclaves appartenant à l’église anglicane.
Parmi les dirigeants de la Société se trouvaient alors
l’archevêque de
Canterbury ainsi que les évêques de Londres et de York. Il
a également rappelé
que lors de l’émancipation des esclaves, seuls leurs anciens
propriétaires ont
été indemnisés financièrement. L’Eglise a
reçu 9 000 livres (500 00 livres
d’aujourd’hui) pour la perte de ses esclaves dans la plantation de la
Barbade.
L’évêque d’Exeter (sud de l’Angleterre) et trois de ses
partenaires en affaires
dans les colonies ont touché 13 000 livres en 1833 en
compensation des 665
esclaves qu’ils avaient dû libérer.
Pas de réparations financières
« Nous étions au cœur de l’esclavage, nous
étions directement responsables
de ce qui est arrivé, nous pouvons même dire que nous
possédions des esclaves,
nous en avions même labellisés certains, c’est pourquoi je
pense que nous
devons reconnaître notre histoire et présenter nos
excuses », a expliqué
le révérend Bessant. Suite à ces excuses, qui se
placent en droite ligne de
celles formulées par l’ancien Pape Jean-Paul II pour
l’Inquisition et
l’antisémitisme de l’église catholique romaine, la
question des réparations
financières pour les descendants d’esclaves s’est aussi
posée mercredi. Les
hommes d’Eglise répondent d’une seule voix qu’il n’en est pas
question.
Les excuses de l’Eglise anglicane ont eu lieu quinze jours après
le coup
d’envoi à la préparation du bicentenaire de l’abolition
de l’esclavage. La
Grande-Bretagne a adopté le 25 mars 1807 la loi sur l’abolition
de la traite
des esclaves et en 1833, une loi interdit l’esclavage dans l’Empire
britannique. Une commission consultative a été
constituée pour coordonner les
diverses manifestations de l’année prochaine et le gouvernement
a déclaré qu’il
allait donner 28,6 millions de dollars en 2006 aux associations et aux
musées
pour monter des projets. L’Eglise anglicane souhaite utiliser cet
anniversaire
pour promouvoir les valeurs chrétiennes et attirer l’attention
sur l’esclavage
moderne. Elle veut encourager les gens à connaître le
réformateur anglican
William Wilberforce, qui a conduit la campagne au Parlement pour abolir
l’esclavage, au début du 19e siècle.