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Quand l'Africain était l'or noir de l'Europe

afrique

L’Afrique : Actrice ou victime de la 'Traite des Noirs'?
Par Bwemba-Bong Tome 2 Edition Menaibuc 2005
238 pages


Des effets de l'esclavage sur la conscience historique


Au sortir du fracas des razzias négrières, ce génocide n’a laissé la place qu’à des ruines. Là où des siècles plutôt, il y avait un peuple, il n’y avait plus désormais que des populations déstructurées en peuplades. En effet, quand, en 1848, l’Europe déclama abolie la ‘Traite négrière’, le peuple noir n’était, depuis longtemps déjà, plus qu’une ombre : il avait été exterminé pendant les quatre siècles de razzias négrières, non pas physiquement comme le fut le peuple indien, par exemple, mais spirituellement, car il avait perdu tant sa conscience historique que sa mémoire collective.

L’Afrique Noire elle-même n’était plus le gigantesque centre psychiatrique de la planète avec des unités de traumatologies lourdes tout aussi gigantesques. Aussi, où qu’ils se trouvassent désormais, les Noirs n’étaient plus que des coquilles vides ambulantes : des morts-vivants, des zombies.

Ce génocide fait aujourd’hui du peuple noir, un peuple amnésique et plus que malléable, dont les composantes se comportent comme étrangères et hostiles les unes aux autres, parce qu’ignorantes de leur passé historique, conséquence de la rupture de leur Histoire pourtant commune, dont les racines s’enfoncent au plus profond de la Vallée du Nil, dans l’Egypte pharaonique. Comme l’a si bien noté Cheikh Anta Diop : ‘La conscience historique, par le sentiment de cohésion qu’elle crée, constitue le rempart de sécurité culturelle le plus sûr et le plus solide pour un peuple. C’est la raison pour laquelle chaque peuple cherche seulement à bien connaître et à vivre sa véritable histoire, à transmettre la mémoire de celle-ci à ses descendants’.

Si sous l’ancien régime, le grand débat idéologique sur l’abolition apparaissait comme abstrait, à la veille de la Révolution, il revêtait une dimension politique nouvelle, avec la fondation par le journaliste Brissot, en liaison avec le Comité de Londres, de la Société des Amis des Noirs. La Société des Amis des Noirs regroupa des personnalités telles que Mirabeau, Lafayette, Condorcet, Lavoisier et l’Abbé Grégoire, qui se révélera en être le militant le plus engagé et le plus actif. Les esclavagistes français justifiaient leur refus de l’abolition de l’esclavage au motif de l’insurrection de Saint-Dominique.

Ce sera finalement la Convention qui, en 1794, abolira les razzias par décret du 16 pluviose an II à un moment où Brissot et ses compagnons ne représentaient plus rien politiquement. Mais en 1802, Bonaparte rétablit le système négrier dans les colonies françaises. Pour sa part, la ’Traite’ dite interlope, clandestine, continua officiellement jusqu’en 1865.

Quand, au début du XIXe siècle, la Grande Bretagne décrétera unilatéralement l’abolition de la ‘Traite négrière’, elle plaça sa diplomatie devant une tâche pour le moins ardue. La Royal Navy assure la police des mers.

Le Congrès de Viennes (1815) fait semblant d’être contre le ‘ravage’ de l’Afrique, la ‘dégradation’ de l’Europe et la ‘désolation’ de l’humanité. Il resta au stade des vœux pieux. La déclaration du Congrès de Vienne souleva un vent de panique parmi les planteurs de l’Ile. C’est pourquoi, pour affronter la situation nouvelle, ils s’empressèrent d’accélérer leurs achats d’esclaves dont l’importance, entre 1817 et 1820, s’éleva à trente neuf mille.

C’est seulement sur les côtes africaines dévastées par les quatre siècles de pillages de leurs populations que la campagne internationale de la Grande Bretagne revêtit une quelconque signification. La porte fut désormais ouverte à la seule présence de croiseurs abolitionnistes britanniques.

L’insécurité et la régression économique, sociale et culturelle sont les conséquences des razzias négrières sur l’Afrique. L’Europe a tiré quelques-uns des avantages collatéraux tirés des razzias négrières : industrialisation de la Grande Bretagne et de la France, naissance du système d’échange inégal, prospérité et puissance de l’Europe. Le système des razzias négrières ne bénéficia principalement qu’à l’Europe et à l’Amérique du Nord.

Yvan Van Sertima mentionne les effets de l’expédition de Napoléon sur la nouvelle version de l’Histoire de l’humanité : ‘Quand l’expédition napoléonienne découvrit les splendeurs de l’ancienne Egypte, il fallut donner une nouvelle version de l’Histoire : comment une race noire et maudite aurait-elle pu inspirer ce souffle créateur et contribuer au développement d’une civilisation pré-européenne ?’ (Ils y étaient avant Christophe Colomb. Edition Flammarion. 1981. p. 135).

La même affirmation est faite par le Comte de Volney qui conclut qu’à la race noire aujourd’hui esclave, la race blanche doit ses arts, ses sciences, jusqu’à l’art de la parole (Volney, Voyage en Syrie et en Egypte in l’Abbé Grégroire. De la littérature des Nègres. Ed. Perrim 1990 p. 11). Cheikh Anta Diop note qu’’au point de vue économique, l’Afrique est caractérisée par l’abondance. Les voyageurs de l’époque précoloniale n’y ont rencontré nulle part la misère.’

L’origine et la pérennisation du sous-développement de l’Afrique Noire sont des conséquences des razzias négrières transatlantiques. Mais tous les auteurs ne sont guère d’accord avec cette thèse. C’est le cas de Louis Vincent Thomas qui rattache le sous-développement de l’Afrique à un certain nombre de facteurs, dont le principal serait la mentalité négro-africaine traditionnelle. (L’Afrique anglophone orientale, centrale, méridionale, in Anthropologie régionale. Encyclopédie de la Pléïade N.R.F 1972 p. 344).

Dans une certaine mesure, Edem Kodji établit le même diagnostic : ‘C’est parce que l’esprit africain est encore marqué par une vision du monde et une conception de l’existence toujours dominée par l’idée d’une puissance créatrice transcendantale immanente coexistentive à toute chose, à toute idée, à toute action, qu’il est demeuré hostile à tout processus de viol et de conquête brutale de la nature qu’exige ce qu’on appelle communément le développement.’ (Et demain l’Afrique Ed. Stock. 1985. P 93).

La rupture de la conscience historique et la crise identitaire chez l’homme noir sont une conséquence du naufrage de sa personnalité. Fracassée par les razzias négrières, la mémoire du peuple noir a rompu avec son passé historique.L’auteur recense les circonstances principales qui ont facilité les razzias négrières transatlantiques. Pour avoir une vue d’ensemble sur ce qui constitua la base de la faiblesse du monde noir face à toutes les invasions étrangères qui les submergèrent, il s’appuie sur les explications données par Edem Kodjo.

Les civilisations sont mortelles, mais leur mort a des causes. En ce qui concerne les civilisations passées de l’Afrique, l’on doit étudier les raisons de leur effondrement pour mieux préparer les jeunes Africains à la maîtrise de leur destin. Pour ce qui est des Etats africains de l’Antiquité et des empires médiévaux, facteurs internes et causes externes ont convergé pour précipiter leur déclin, puis leur disparition. Au nombre des facteurs internes figurent l’organisation intérieure de la société, le système d’éducation et de transmission des connaissances

et les difficultés d’administration des territoires (op cite p. 41).

L’auteur consacre de longs développements à Osiris, Dieu d’amour et aux ouvrages religieux jucléo-chrétiens, dont la Bible n’est qu’un recueil idéologique de textes haineux contre la race noire. L’on attribue certains traits mystiques liés aux relations entre la religion traditionnelle africaine et l’Islam le fait d’avoir favorisé le reniement sans difficulté particulière du culte des ancêtres par certains rois devenus les pions des Arabes. Cheikh Anta Diop évoque les conséquences du triomphe de l’Islam sur les religions africaines qui se sclérosaient (cf L'Afrique Noire pré-coloniale p. 124).

Une autre faiblesse structurelle de la pensée africaine, c’est de souder intimement l’individu à son milieu naturel et humain dans une parfaite symbiose homme - nature. L’auteur conclut ainsi : la vérité est comme la fumée, elle finit toujours par sortir et se répandre. Il termine son propos par un appendice où il s’interroge sur les raisons qui permettent de parler de peuple noir.

Ce livre contient des idées stimulantes mais aussi très discutables. Son auteur ne cache guère son adhésion frénétique et passionnée aux idées de Cheikh Anta Diop. Il tente de concilier les vues de l’auteur de Nations nègres et culture qui sont méditerranéocentristes avec les historiens atlantocentristes comme Walter Rodney (How Europe undevelopded Africa, Abdoulaye Ly, La compagnie du Sénégal). Il est membre du cercle Samory, chercheur et enseignant à l’institut Africamaat.

Amady Aly DIENG