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Le calvaire des enfants des rues à Kinshasa

enfants

par Anjan Sundaram  

«Tout le monde à Kinshasa est pauvre et affamé. Nous au moins, on est heureux», constate Baruti Ilanga, 16 ans, sa bouteille de pastis à ses côtés.

Depuis qu'il s'est enfui de chez lui il y a quatre ans, il vit dans un cimetière devenu dépotoir à Kinshasa, comme tant d'autres jeunes de RDC, gamins des rues, de la guerre et de la misère que l'UNICEF va tenter de recenser dès septembre.

«C'est bien d'être dans la rue. Je suis libre, je fais ce que je veux quand je veux», ajoute Baruti Ilanga, installé dans sa maison, la carcasse d'une vieille Toyota. S'il se plaint des moustiques et d'avoir trop souvent faim, il juge son sort plus enviable que celui de nombre de ses compatriotes.

Personne ne sait combien la République démocratique du Congo compte d'enfants de la rue. Les ONG estiment qu'ils seraient entre 25 000 et 40 000 rien que dans la capitale. Marginaux d'entre les marginaux, ils sont parfois victimes d'assassinats, de rafles, persécutés pour sorcellerie, utilisés pour les manifestations politiques...

Le premier recensement des enfants des rues depuis la fin de la guerre (1998-2002) est programmé pour septembre par le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF).

Plus de quatre millions de personnes sont mortes dans le conflit, et l'immense pays, qui s'est rendu aux urnes pour la première fois depuis plus de 40 ans, reste exsangue et traumatisé.

Aujourd'hui, dans d'innombrables foyers, expliquent les travailleurs humanitaires, il n'y a pas assez d'argent pour nourrir tous les enfants chaque jour: c'est donc à tour de rôle qu'on leur donne à manger... D'autres familles les chassent tout simplement, avec souvent comme prétexte qu'ils sont «enfants-sorciers», porteurs du mauvais oeil et mis au ban de la société.

A la nuit, dans leur cimetière-dépotoir, Ilanga et ses amis se roulent des joints et font tourner la bouteille de pastis. Arrive un groupe de filles et les garçons leur donnent la chasse entre les carcasses de voitures. Mais sans innocence. La plupart des filles de la rue se prostituent, encore plus soumises à la violence que les garçons.

«Certaines n'ont pas dix ans», explique Guy Milongo, membre d'une association qui aide les petits marginaux à changer de vie. «Mais ces gamins vous diront qu'il sont heureux. Personne ne les contrôle».

Une nouvelle génération d'enfants des rues a commencé de voir le jour, abandonnée à son tour par ces jeunes parents. Sans aide, ces nouveaux-nés sont promis au même sort.

Des bébés sales et dénutris arrivent chaque jour dans les hôpitaux. «Nous en recevons des tas. Ca me fend le coeur», soupire Annie Ndombasi, 31 ans, infirmière à la Clinique Afia de Kinshasa.

L'Oréal Oganga, 15 ans, est une mère des rues. Arrivée à l'hôpital cinq jours après son accouchement dans la rue, elle a une grave infection. A ses côtés, Brunette, son bébé, couine dans les bras du père, Biko Lombe, 19 ans, qui vit aussi dans la rue. «Je suis fier de mon bébé», dit-il.

Une exception? «C'est rare que les pères soient présents. En général, ils abandonnent les bébés», constate l'infirmière. «Nous ne savons pas si les bébés survivent. Les mères sont trop pauvres pour payer l'hôpital».

Ceux qui tentent d'aider les enfants des rues du Congo-Kinshasa notent qu'il faut des années de travail pour qu'un enfant réussisse sa réinsertion familiale. Les parents ayant chassé leur progéniture sont rarement contents de la voir revenir. Et les enfants n'ont aucune envie de retourner dans des familles qui les ont rejetés et maltraités.

«C'est un travail terrible», note Jean-Pierre Godding, gérant à Kinshasa d'un centre qui nourrit et scolarise les enfants des rues, tout en recherchant les parents et négociant les conditions de réinsertion. «Il faut avoir la foi».

«Chaque jour ils sont plus nombreux», ajoute Almouner Talibo de Médecins du Monde. «Il faudrait beaucoup plus d'efforts, beaucoup plus d'argent, pour les aider tous».

Sur le Net:

Association des Jeunes de la rue pour le Développement, groupe privé de Kinshasa, fondée par d'anciens gamins des rues: www.ajrd.populus.ch