Haiti :
Sécurité à la dérive

Le
Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH)
note, ces
derniers jours, un certain nombre de dérives dans la gestion de
la sécurité
publique par les responsables de l’Etat. Inquiet et vivement
préoccupé par ces
agissements, il attire l’attention de tous et de chacun sur les faits
suivants :
I- La Mission des
Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti
(MINUSTAH) a annoncé que le nommé Jean Daniel
François alias Bibi, activement
recherché par la Police Nationale d’Haïti lui a remis trois
armes et est resté
sous sa garde en attendant une décision de la nouvelle
Commission Nationale de
Désarmement, de Démantèlement et de
Réinsertion (CNDDR) mise en place par le
Gouvernement Alexis/Préval. Le RNDDH s’étonne de cette
décision de la MINUSTAH
qui ne dispose point de garde-à-vue et qui se doit de remettre
à la Police
Haïtienne tous les contrevenants arrêtés comme cela
devait être fait dans le
cas de ce criminel dangereux. Le RNDDH juge opportun de rappeler
certains faits
mis à la charge de « Bibi » :
1- Le 31 mai 2005, ce
chef de gang a participé à l’incendie du marché
tête boeuf. A partir de cet acte, il s’est proclamé
Général Bibi.
2- Au cours du mois de
juin 2005, Bibi et ses alliés Pouchon Carlos,
Samuel alias Alemyèl, Gérald alias Pharaon ainsi connus,
etc. ont tué au moins
sept (7) personnes et incendié plusieurs maisons dans la zone de
Sylvio Cator à
proximité de l’Eglise Bellevue Salem pour venger un des leurs,
tué au cours
d’un cambriolage.
3- Le dimanche 10
juillet 2005 dans la matinée, le chef de gang Bibi et
son lieutenant Nesly ainsi connu, le nommé Beckner Desrosiers
alias ti
« yabout » et Olden ainsi connu ont enlevé
le journaliste poète
Jacques Roche et l’ont assassiné.
4- Le 10 octobre 2005,
Bibi a exécuté un cireur de bottes en face de
l’Hôpital des Soeurs Missionnaires de la Charité,
situé à Solino.
5- Le 7 décembre
2005, Bibi et ses accolytes ont assassiné puis
brûlé un
homme d’affaires de Solino dénommé Reynald ainsi connu.
En ce même jour, il a
assassiné à la rue Caravelle le policier Daniel Myrtil
(A3) en détachement à la
Mairie de Delmas. En août 2005, en réaction à
l’assassinat de Jacques Roche,
les résidents du « Koridò Karang »
de la zone de Solino se sont
organisés en brigade de vigilance et ont contraint les bandits
à se réfugier à
Cité Soleil. De retour dans la zone après l’investiture
du Président Préval,
ils ont recommencé leurs agissements criminels. C’est ainsi
que :
6- Le 28 mai 2006, Bibi
a assassiné Pouchon ainsi connu et un autre
jeune dans la zone de Ti Chérie (Solino.).
7- Le 6 juillet 2006,
Bibi et ses acolytes ont assassiné Jean Joël
Félix, un des membres de la brigade vigilance du
« Koridò Karang ».
8- Le 3 septembre 2006,
Voyance Terasna dit Titite un autre membre de la
brigade vigilance a été assassiné par Bibi et deux
de ses lieutenants. Une
plainte a été déposée au Commissariat de
Port-au-Prince par les parents de la
victime.
9- Le 5 septembre 2006,
ces bandits ont enlevé trois (3) enfants de
Gregory Villefranche, un habitant du « Koridò
Karang ».
10- Au début du
mois de septembre 2006, ils ont kidnappé un enfant et
exigé de ses parents une rançon de quatre mille
($US4.000) et cent mille
gourdes (Gdes100.000).
C’est donc ce criminel
dangereux dont le nom figure sur les avis de
recherche de la Police Nationale d’Haïti que la MINUSTAH, pendant
plusieurs
jours, s’est gardé de livrer à la justice,
prétextant l’attente d’une décision
de la Commission Nationale de Désarmement, de
Démantèlement et de Réinsertion.
Pourtant, le chef de la MINUSTAH et le Premier Ministre Jacques Edouard
Alexis
avaient assuré la population que les chefs de gang ne
bénéficieraient pas de
l’impunité sous le couvert du programme DDR. La remise tardive
de ce chef de
gang à la justice et les propos peu rassurants tenus par des
responsables de la
MINUSTAH sont un mauvais signal dans la lutte contre l’impunité.
II- Le Gouvernement a
mis en place une commission Nationale de
Désarmement, de Démantèlement et de
Réinsertion (CNDDR). Le représentant de la
Présidence dans cette commission n’est autre que Jean Baptiste
Jean Philippe
alias Samba Boukman, ancien Porte-parole de l’Opération Bagdad.
Samba Boukman
et son compagnon Dread E.T. ont la sinistre réputation
d’utiliser le viol comme
arme de combat politique. Arrêté en 2005 par la MINUSTAH
pour détention
illégale d’arme à feu, il est libéré
après une nuit passée à la base de Tabarre
sans aucune forme de procès. Faut-il rappeler que
l’Opération Bagdad a
endeuillé la population haïtienne avec un bilan très
lourd :
mille
neuf cent trente neuf
[1939) personnes assassinées dont cent huit (108) policiers dix
(10) casques
bleus et quatre (4) journalistes ;
deux
cent quatre vingt sept (287)
filles et femmes violés ;
plus
de cinq cents (500)
personnes kidnappées pour la seule année 2005 ;
mille
deux cent quarante et un
(1241) véhicules volés dans la zone métropolitaine
seulement, etc.
La présence de
l’ancien Porte-parole de l’Opération Bagdad dans cette
Commission représente une garantie officielle pour les chefs de
gangs. Il
s’agit là d’une insulte à la mémoire des victimes,
d’une gifle aux nombreuses
femmes violées et d’une preuve d’immoralité dans la
gestion des affaires
publiques.
III- Le chauffeur du
Député Francenet Dénius, le sieur Andrice Erase
arrêté le 6 septembre 2006, sans permis de conduire et en
possession d’une arme
à feu illégale, gardé au Sous-Commissariat de
Martissant, est libéré de force
par des Députés.
Le nommé Walter
Eugène, chauffeur du Député Lubin Philius, est
arrêté en
possession de l’arme à feu d’un policier qui aurait
été tué dans des conditions
non encore élucidées. D’aucuns parlent de suicide,
d’autres d’assassinat. Il
est quand même étrange que l’arme de service de ce
policier soit retrouvée en
possession d’un agent de sécurité rapproché d’un
élu du peuple.
Certains prisonniers
dangereux en cavale, tel Harold Gaspard, évadé de
prison le 19 février 2005 après avoir été
arrêté pour un cas de kidnapping,
accompagnent des parlementaires à titre d’agent de
sécurité.
Le RNDDH croit que la
sécurité des parlementaires est une affaire
importante qui doit être traitée avec le sens du
sérieux et avec tout le
respect dû aux élus du peuple. Cependant, l’idée de
faire du Parlement un
repère de bandits est totalement inacceptable.
Le RNDDH condamne le
fait que les responsables des pouvoirs publics, à
un moment où une recrudescence des actes de violence et de
kidnapping est
constatée dans la région métropolitaine et dans
certaines villes de province,
multiplient des conflits sur des problèmes qui pouvaient
être classiquement
résolus par la réglementation et un débat
transparent entre pouvoirs publics.
Le RNDDH rappelle
à tous que l’impunité engendre la récidive et que
rien
de solide ne peut être construit sur l’oubli et la
négation du passé.
Port-au-Prince, le 18
septembre 2006