La leçon de
piano de
Madame Rice au peuple de Cana
Par Omar
Said Al-Kani
Ils
étaient ravis ses
auditeurs à Kuala Lumpur, dans sa robe rouge moulante elle avait
magistralement
interprété Brahms…
Elle aussi était ravie.
Elle avait l’habitude mais cela la réjouissait toujours : cette
image apaisante
de la house nigger bien élevée qui a réussi
à sortir de sa condition et qui
exhibe son exquise intégration dans le monde des riches en
égrenant des notes
tellement romantiques.
House
nigger : nègre domestique, c’est comme ça qu’Harry
Belafonte, le chantre
de la liberté, avait désigné le misérable
prédécesseur du docteur Rice au
Département d’Etat.
Du temps de l’esclavage, les maîtres classaient leurs victimes en
deux
catégories, les fields niggers, les rebelles
irréductibles et les house
niggers, les soumis, ceux qui avaient honte d’eux-mêmes et qui
singeaient les
blancs. Ceux-là avaient le droit d’entrer dans la maison des
maîtres et de
servir.
Sous les décombres fumant d’une note sublime de la Miss de Bush
à Cana, les
libanais ne détesteront jamais Brahms.
Mais
n’oublient pas Fanon.
Qu’y
a-t-il sous le masque blanc du faucon à la peau noire ?
Hitler aimait son chien, l’humanité n’en a pas tenu rigueur pour
autant à
l’espèce canine. Les officiers SS d’Auschwitz connaissaient
Schopenhauer et
Mozart.
Le Liban sauvera Brahms des mains qui voudraient le souiller.
Le Liban connaît la partition de la Docteur domestique.
Et dans cette composition glaciale, Cana n’est pas une fausse note.
Cana est la quintessence de l’art Bushien.
Les combattants ne sont pas vaincus, tuons donc les civils.
Air
connu.
Ainsi
donc, les petits-enfants du ghetto de Varsovie ont tout oublié
et rien
appris. De Ghaza à Cana.
Cana, c’est la démocratie de l’empire en action, la paix des
riches sur les
cadavres des pauvres.
Le pays du cèdre connaît bien la partition de Miss Condy.
Il
connaît sa brutalité ontologique. Il connaît son
impudence sans limites.
Il regarde les cadavres d’enfants nécessaires à
l’accouchement du Proche-Orient
américain, celui de l’énergie fossile et de la
domination.
Il voit ses calculs barbares, tenter la division des libanais sur les
dépouilles des innocents.
Il voit les notes fumantes de la bête immonde monter des
décombres des
immeubles.
Il voit interpréter la barbarie sans aucune fausse note.
Il voit les Guernica et les Oradour de la civilisation de la
très délicate
Docteur Condoléances comme la nomme justement Hugo Chavez, le
fils de Bolivar.
Il voit les bombes intelligentes qui arrivent sur les têtes
d’enfants endormis
après un passage au pays raciste et hypocrite du
grimaçant Mister Blair.
Il voit et apprécie, il entend et comprend les sinuosités
de Chirac et ses
indignations sélectives.
La
musique haineuse du fascisme impérial et les
défilés, chèvre en tête, de la
dixième division parachutiste.
Mais posez-lui donc la question à ce Liban de douleur et de la
révolte :
aimez-vous Brahms ?
Il n’aimera pas pour autant Hitler et son héritière
putative.
Ce
petit Liban est décidément bien trop grand.
Il
est cet endroit où le « destin du monde saigne ».
Il est le lieu du bras de fer permanent entre la liberté et
l’oppression.
Il est cette ardente passion des hommes libres à refuser la
soumission.
Il est la foi du combattant.
Il est ce peuple uni derrière les résistants.
Il est cette clameur qui monte du temps.
Il est la civilisation, la vraie, celle de l’humanisme, de la
tolérance et de
la justice.
Il est ce grain de sable qui répète « no Pasaran
» à tous les armées de la
mort.
Il est la culture la plus élégante et le plus
raffinée.
N’en déplaise aux authentiques barbares, aux bâtards de
Goebbels et de Himmler.
Brahms est libanais, palestinien, arabe et musulman.
Il n’appartient pas aux assassins.
Rice
peut jouer de son sourire de carnassier et se donner en spectacle
musical.
Elle n’effacera pas Malcom X et Luther King de la mémoire de nos
combats.
Malgré les hyènes pétrolières.
Et
d’ailleurs nous les arabes, avons fournit plus que notre quote-part de
traitres et de félons. Il suffit de regarder nos chefs
d’états et nos
généraux…Même si ceux-là ne savent jouer
d’aucun instrument.
Le Liban ne déteste pas Brahms, la démocratie et les
chiens.
Le Liban est patient et endurant.
Il
combattra les néo-fascistes et les racistes jusqu’à leur
défaite.
Et la house nigger pourra continuer à jouer du piano
jusqu’à s’en user les
doigts, elle ne sera jamais rien d’autre qu’une esclave…