S.O.S. GEOMETRIE
VARIABLE
La
Martinique et les DOM-TOM sont
sûrement un paradis terrestre. Le dernier paradis terrestre sur
cette planète
qui est à feu et à sang, où misère, guerre
civiles, pandémies et actes de
colonialisme ou d’impérialisme n’ont de cesse de se multiplier.
Par exemple, le racisme est
totalement inconnu là-bas. Les Noirs et les gens de couleur y
coulent une
existence absolument paisible à l’ombre des cocotiers,
bercés par le chant des
alizés et celui d’une mer toujours azurée.
Vous en
voulez une preuve ?
En plus
de 30 années d’existence,
jamais S.O.S. Racisme n’y a dénoncé le moindre acte de
discrimination ou de
racisme. Jamais cette association n’a intenté de procès
à qui que ce soit, ni à
aucune structure ou organisme qu’il ou elle soit privée ou
publique.
Quelle meilleure preuve du fait
que la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, La Réunion ou
Tahiti sont un havre
de tolérance dans un monde rongé par les discriminations
de toutes
sortes !
Mais,
hélas, il y a une fin à
tout. S.O.S. Racisme vient, enfin, de découvrir un acte de
racisme
immonde : une réaction de Raphaël Confiant à un
article rédigé par un
journaliste franco-africain installé à la Martinique
ainsi que la réaction de
soutien de Claude Ribbe au premier. Confiant et Ribbe sont
désormais présentés
comme rien moins que des adeptes du Klu-Klux-KLan par ces messieurs de
« Touche pas à mon pote ». Confiant
et Ribbe, descendants d’esclaves, arrière-petits-fils de
déportés, par la faute
des colonialistes européens et celle, à un degré
moindre, des roitelets
africains, sont pointés du doigts, mis en accusation et
cloués au pilori.
Au fait, signalons entre
parenthèses que le paradis « dom-tomien »
a quand même été réalisé
grâce à trois siècles d’exploitation des
ancêtres de nos deux accusés dans les
champs de canne à sucre appartenant à des colons
européens. Qu’à l’abolition de
l’esclavage en 1848, lesdits colons ont été
indemnisés alors que les
ex-esclaves n’ont pas reçu un sou (contrairement au Sud des
Etats-Unis, pourtant
réputé raciste, où chaque esclave reçut
« 22 acres de terres et une
mule »). Que les ex-esclaves furent, pour la plupart,
contraints de
retourner travailler, pour des salaires de misère, sur les
mêmes exploitations
où ils avaient été asservis. Que de 1848 à
1960, date de l’effondrement de
l’économie cannière, ils ont dû lutter à
mains nues contre gendarmes,
gardes-mobiles et C.R.S. pour tenter d’arracher de modestes
augmentations,
laissant
chaque fois sur le
carreau des militants dont la mort n’était jamais
élucidée. Qu’après 1960,
l’Etat français déporta une nouvelle fois des dizaines de
milliers de
« Dom-Tomiens » pour satisfaire ses besoins en
main d’œuvre dans
l’Hexagone, population qui jusqu’à l’arrivée du
COLLECTIF-DOM subissait
discrimination sur discrimination sans qu’aucune belle âme de
gauche ne s’en
émeuve. Et tout cela sans compter, les exactions commises
à l’encontre des
autonomistes et surtout des indépendantistes pendant des
décennies (procès de
l’OJAM en Martinique, mai 1967 en Guadeloupe, assassinat d’Eloi Machoro
en
Kanaky etc.), sans que là encore, aucune grande conscience,
aucune grande voix
française n’élève la plus petite protestation.
Trève
de plaisanterie ! Ni
la Martinique ni les prétendus DOM-TOM ne sont des paradis
où le racisme
n’existe pas. Ce dernier y existe même depuis toujours et n’a
jamais cessé d’y
exister, alternant formes violentes et formes sournoises. Et ce racisme
s’est
toujours exercé contre la grande masse de nos populations,
privée de ses droits
élémentaires et du plus élémentaire de
tous : celui de s’auto-gouverner.
C’est pourquoi la dénonciation de R. Confiant et C. Ribbe par
S.O.S. Racisme
(qui eut mieux fait de s’appeler S.O.S. Géométrie
Variable) est une véritable
scandale. Jamais cette association n’a dénoncé un seul
descendant de colon,
mais voici qu’aujourd’hui elle tente de mettre à l’index des
descendants
d’esclaves ! C’est un comble !
Mais
revenons au motif de cette
mise à l’index et imaginons un journaliste antillais vivant en
Côte d’Ivoire
qui se permettrait, par exemple, d’écrire dans un journal qu’il
trouve tout à
fait justifiée la présence française dans ce pays.
Que se passerait-il ?
Dans la demi-heure qui suivrait la parution du journal, sa maison
serait
encerclée par les « patriotes » de Gbagbo,
puis incendiée. Il serait
passé à tabac ou pire, il finirait, enterré dans
une bananeraie comme le fut le
journaliste français Guy-André Kieffer lequel avait
osé critiquer la gestion de
la filière cacao par le pouvoir ivoirien. Mais au fait, 30.000
Français ont été
expulsés manu militari de Côte d’Ivoire après que
leurs biens eussent été
pillés et pourtant on n’a pas entendu S.O.S.
Géométrie Variable. Curieux,
non ?
A
l’inverse, un journaliste
ivoirien peut vanter la présence française en Martinique,
et cela pendant des
années, sans que jamais il ne reçoive ne serait-ce qu’une
gifle de la part d’un
autonomiste ou d’un indépendantiste (dont c’est le droit le plus
strict de
réclamer ou l’autonomie ou l’indépendance comme Gbagbo a
le droit de réclamer
la pleine souveraineté de son pays). Jamais donc ce journaliste
ne verra sa
voiture caillassée ni sa maison incendiée. Simplement, il
recevra des critiques
de la part de ceux qui trouvent son attitude inadmissible et cela dans
les règles
mêmes de la démocratie occidentale.
Alors pourquoi S.O.S. Géométrie
Variable se met-il à pousser des cris
d’orfraie ?
Pour une
raison très
simple : la gauche-caviar et pro-sioniste, dont elle est issue,
gauche qui
s’est toujours montrée indifférente aux immigrés
antillais, sa mauvaise
conscience ne s’exerçant apparemment qu’en faveur des
immigrés arabes et
africains, veut maintenir le mythe des « Antilles—Terre de
France sous les
Tropiques ». Et pour ce faire, tout est bon pour chercher
à discréditer
ceux qui veulent faire ce mythe voler en éclats. Cette gauche
est complice de
ce qu’Aimé Césaire a appelé le
« génocide par substitution » et que,
pour notre part, nous préférons qualifier de
« caldochisation ». Oui,
la Martinique et les DOM-TOM sont en voie de caldochisation
accélérée.
Qu’est-ce
qu’un Caldoche ?
C’est quelqu’un qui n’est pas natif des DOM-TOM, qui y est
installé et qui fait
tout pour que rien ne change. Qui milite pour le maintien du statu-quo.
Pour la
perduration de ce faux paradis. Et qui, parfois, s’oppose activement au
mouvement de revendication identitaire et politique à l’œuvre
dans nos pays.
Tous les non-Antillais ou non-Martiniquais vivant chez
nous sont-ils des
Caldoches ? Non, fort heureusement ! Beaucoup comprennent nos
problèmes, respectent notre culture, voire rejoignent notre
combat. Ceux-là ont
pleinement le droit de vivre chez nous. Ils sont même les
bienvenus.
Jusqu’à
tout récemment, seuls les
Caldoches « blancs » se voyaient dénoncer
par les défenseurs de l’identité
martiniquaise ou antillaise. Or, depuis deux décennies de
très nombreux
Caldoches « noirs » (africains ou haïtiens)
ou « du Tiers-Monde
(maghrébins ou asiatiques) sont venus prêter main forte
aux premiers. Installés
dans l’école et l’université, dans le milieu
médical et hospitalier, dans la
presse et les médias ainsi que dans d’autres secteurs, ces
défenseurs colorés
de la
« Martinique-éternellement-française »
sont les adversaires
résolus, déterminés, de toute évolution
statutaire de nos pays. Mais nous ne
les voyions pas pour une raison toute bête : nous
étions aveuglés par le
noirisme, le négrisme ou le blackisme. Autrement dit, dès
l’instant ou
quelqu’un avait la peau noire ou colorée, nous lui accordions
automatiquement
une sorte de blanc-seing qui l’autorisait à tenir des discours
ou à prendre des
positions que nous n’aurions (en tout cas, ceux d’entre nous qui sont
autonomistes ou indépendantistes) jamais toléré
une seule seconde chez des gens
à l’épiderme blanc.
Or,
qu’est-ce qui est raciste :
dénoncer tout à la fois les Caldoches
« blancs » et les Caldoches
« noirs » ou au contraire dénoncer les
seuls Caldoches
« blancs » ? Répondez, messieurs de
S.O.S. Géométrie
Variable ?
Pour ma
part, en tant que
partisan de la souveraineté martiniquaise, je déclare
deux choses :
- tout étranger, qu’il soit africain, arabe,
asiatique, européen ou
martien a le droit de s’installer et de vivre à la Martinique
à condition qu’il
respecte notre culture et ne cherche pas à entraver notre juste
lutte pour la
liberté et la souveraineté.
- tout étranger qui s’oppose à notre
accession à la souveraineté est un
Caldoche, qu’il soit blanc, noir, jaune ou vert et, à ce titre,
sera dénoncé.
RAPHAEL CONFIANT