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Les rapportages d’Evariste Zephyrin

un manger-boire

 cocktail

Le 14 de ce mois les Editions de l’Archipel, une maison qui publie un paquet d’écrivains antillais, pour le peu qu’ils sont,  a organisé un manger-boire à 18 h 30. La foule se comptait sur les doigts de dix mains, pas pliss ki sa ! Eh ô miracle ! Il y avait cinq noirs, il y avait bien un sixième, mais il était louche, un jeune homme, an bel ti manmaille, qui avait essayé dans la rue de me voler mon blouson en lin, que je portais sur l’épaule, qui contenait mon maigre argent et mon ticket de métro pour rentrer chez ma maman, après que le fête soit finie, mais lorsque je l’ai regardé, il a vu dans mes petits yeux que j’étais mauvais, très mauvais, un méchant nègre et que si je ne pouvais pas le battre, que j’allais lui mordre la joue ou lui crever un œil. Il s’est excusé en me disant qu’il plaisantait. Je n’ai pas ri, puis il m’a suivi et s’est incrusté malgré qu’il faille montrer patte blanche pour entrer dans ce genre d'endoit. Il faisait tache dans ce joli paquet de moun en Dior et Gucci et je ne sais quoi qui coûte vachement cher.

 bar

Il y avait du champagne, du whisky, de l’eau gazeuse comme le Perrier, du nan-nan qui fait plaisir à ton boudin, mais il faut en manger beaucoup pour avoir l’impression que tu as quelque chose dans l’estomac. Il n’y avait pas que du manger et du boire, il y avait de la musique, du jazz, ces gens ont l’oreille fine… Tout est fait pour te faire plaisir :

-          tu manges de bonnes choses sans payer ;

-          tu bois le meilleur champagne et ce à volonté, sans payer ;

-          tu écoutes de la musique jouée par un band sans payer ta place

-          et en partant, il t’offre un joli livre, en édition originale numérotée (300 exemplaires), tiré sur du papier bouffant ivoire alizé or du dernier roman de Raphaël Confiant : Nègre marron.

Que demander de plus, si ce n’est un chèque pour t’être déplacé !

 band

Tu manges, tu bois, tu écoutes de la musique et en plus tu peux draguer, parce qu’il y a un tas de jolies filles tout comme il faut, bourgeoises, huppées, même les vieilles sont jolies. Et en plus, elles sont avenantes, elles sont gentilles, te font plein de sourires, et même des bises :

-          on ne se connaît pas mais je vous embrasse.

 confiant_ribbe

J’ai tendu l’oreille pour voir ce qui se disait : Raphaël Confiant confiait à Tony Mardaye  les péripéties de son voyage. En effet, il se plaignait de ces nouveaux avions qui desservent la Martinique, en les qualifiant de bétaillère, l’espace entre les fauteuils a été réduit et donc vous vous retrouvez serrés comme des sardines dans une boite à sardines. Ils discutaient et discutaient, puis Claude Ribbe les a rejoint, il a parlé de ces faux nègres qui lui font voir la misère, les Sopo et compagnie qui ne veulent pas le voir à la CNDH, vous savez tous ces gens qui sont prêts à vendre leur papa et leur maman pour un petit bout de pouvoir, comme leurs descendants jadis ont vendu du Nègre pour de la pacotille. N’épiloguons pas   sur ces êtres méprisables ou lâches, qui ne ce se sont  jamais offusqués des propos de la Krotte ou autres merdes du même genre. Et il y a aussi, les éditeurs qui ne veulent plus le publier à cause de son dernier livre : le Crime de Napoléon.

 binet

Ils brocantaient parole sur parole, s’informaient des humeurs de céans, de léans et de miquelon, riaient de la connerie de certains, ils passaient un bon petit moment, l’un présentant à l’autre sa sœur, une amie, une cousine, une écrivaine Marie Binet qui s’est découverte une mère antillaise sur le tard (dont le roman Noir comment raconte son histoire).

J’ai laissé tous ces gens, entre eux, les maître Collard, les Didier Rostand, les Confiant, les Ribbe, les Mardaye et les ect de moun. Et je me suis mis à l’écart, un verre à la main, l’air sérieux mais pas trop, en dehors de la foule, sachant que la foule renferme, la foule à sa propre logique et que des filles gentilles comme elles  le sont n’allaient pas me laisser tout seul. Une jeune et jolie fille est venue me tenir compagnie. Elle s’appelle Emilie, traductrice de profession, et une autre accaparée par notre squatteur noir me faisait de grands gestes de la main, me laissant entendre  qu’elle allait me voir plus tard. Elle s’appelle Diane Dupuis, c’est une chanteuse professionnelle, d’ailleurs elle nous a fait un bœuf, et je me suis fait deux nouvelles copines : Diane (gauche) :  exubérante, extravertie, prenant les devants, Emilie (droite) : timide, un brin intovertie attendant que cela se fasse.

diane
Bisous mes demoiselles je vous téléphonerai. 

C’était Evariste Zephyrin  en léger différé d’un manger-boire.