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Nègre Marron
Raphaël
Confiant
Depuis le
temps de l’esclavage, qui dura près de trois siècles,
jusqu’à aujourd’hui, le
Nègre de la Martinique n’a jamais cessé de marronner,
c’est-à-dire de tenter
d’échapper à sa condition, en gagnant les grands bois,
les quartiers plébéiens
des bourgs et des villes ou même les îles avoisinantes.
Simon, le
personnage principal de ce livre, fut l’un d’entre eux. Il connut au
XVIIè
siècle, l’arrivée des premiers esclaves
débarqués de l’Afrique-Guinée, au
XVIIIè l’enfer des plantations de canne à sucre, au
XIXè, la fièvre de
l’abolition et au début du XXè celle des grèves
marchantes et à la fin de
celui-ci, la cavale des desperados de la fausse modernité.
L’Habitation
Grand’Case, où régna neuf générations
durant la famille De Beauharnais,
originaire du Poitou, est au centre de ce récit qui se
présente comme une
fresque, ou plutôt un bas-relief, de ce monument que fut
l’Habitation,
dénomination créole de la plantation.
Tantôt
esclave africain ayant fui dès l’arrivée du bateau
négrier au port de
Saint-Pierre, tantôt esclave créole (c’est-à-dire
né à la Martinique) en
rupture de ban, Simon arpente sans trêve les Hauts, ces mornes
boisés du Carbet
et impénétrables où la végétation
tropicale est souveraine, habité par des
rêves fous: retourner au Pays d’Avant; assassiner son
maître; s’échapper vers
une île anglaise ou espagnole, abattre la plantocracie et
instaurer le règne de
la classe ouvrière; détruire le pays tout entier. Il
incarne la Parole
inaudible ou inécoutée de celui qui n’a pour tout
viatique que sa soif de vivre
en toute dignité, par opposition à l’Ecrit des
maîtres blancs et leurs
registres d’économat, leur Bible, leurs actes paroissiaux, leurs
affiches et
leurs journaux.
Sans
chercher à développer aucune thèse, Raphaël
Confiant sort de son registre
narratif habituel, dans lequel il excelle, pour s’aventurer dans une
écriture
plus méditative, presque mélancolique, à
l’écoute des mouvements de l’âme de
celui, le Nègre Marron, qui, loin d’être la figure tout
uniment héroïque que
d’aucuns se sont efforcés de chanter, fut un être
habité par la plus universellement
répandue des exigences: celle de la liberté.
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