La
domestique créole abandonnée
Esclave affranchie ? Sûrement. Née
sur l'île Maurice, cette femme décédée à 99 ans repose à Miséricorde.
Qui
nous racontera l'histoire de Constance Noaille ? Qui nous emportera de l'île
Maurice à Nantes dans ce 19e siècle en pleine atmosphère coloniale ?
Mystère et boules de gomme. Le nom de Constance Noaille est lisible sur le
vieux registre du cimetière Miséricorde avec cette mention « créole de
l'île Maurice, femme de chambre ». Sa tombe a été découverte par
Éric Lhomeau, qui arpente régulièrement ces lieux. Toute rouillée, on peut y
lire son nom et la date de sa mort, à 99 ans, le 13 février 1896. Cette «
domestique » a donc vu le jour en 1798.
On sait aussi que son « maître » était François-Xavier Le Lasseur de Ranzay.
Nul doute que celui-ci ait offert à Constance Noaille cette « concession à
perpétuité ». La femme créole devait être trop pauvre pour s'offrir pareille
sépulture. Elle a été enterrée dans le carré des protestants, ce qui exclut
donc qu'elle ait été baptisée selon le rite catholique. « C'est
sans doute une fille d'esclave qui a été embarquée afin de devenir femme de
chambre », note Éric Lhomeau, auteur d'un guide sur ce cimetière.
Pour mémoire, l'esclavage a été aboli en 1848. Octave Cestor, conseiller
municipal chargé des relations Nantes-Afrique Caraïbes, est heureux de pareille
découverte. « Je pense qu'il devait s'agir d'une esclave
affranchie », indique t-il. Pour celui qui est aussi président de
l'association Mémoire d'outre mer, « la collectivité doit
s'occuper le plus rapidement possible de la sépulture abandonnée. Ceci est un
patrimoine mémoriel.
Il doit entrer dans notre réflexion et nos actions par rapport à la mémoire
de la traite négrière ».
Commerce triangulaire
Le conseiller va plus loin en précisant qu'il compte inclure « cette
tombe dans un parcours de la mémoire entre le château des ducs et le Quai de la
Fosse. Car nous allons ajouter des explications et des cartels auprès des noms
de rues ou de place qui ont un rapport avec l'histoire de la traite ».
Entre le château, le cimetière et le quai, la silhouette d'un triangle se
dessine et la symbolique devient frappante avec ce que l'on surnommait le «
commerce triangulaire ». En attendant, la mémoire de
Constance Noaille, domestique créole au 19e siècle à Nantes, est en
passe d'être retrouvée. Rien que pour ça, c'est une très belle nouvelle.
Stéphane Pajot
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