L’esprit
de la mort et de la résurrection
Le mois
de novembre en Haïti est le mois des Guédès (Gede
étant les loas de la mort), par
conséquent, novembre
est le mois des
morts. Il sera célébré partout en Haïti et
dans tous les lieux d’immigration
des antillais d’origine haïtienne.
Ils
rendront
hommage à leurs défunts ou aux loas lors de nombreuses
cérémonies.
Il est écrit
que
les lwa de la mort sont issus du
rite petro, ce sont des loas nés en Haïti dans un
contexte esclavagiste, ce qui
les rend imprévisibles, violents et dangereux, ils
relèvent de pratiques
de la magie noire.
Il
est aussi dit que les Guédès (Nibo, Fouillé,
Loraj, Ti-Malice, Plumage,
Bravo Guédé, Papa Guédé…), sont
à la base les membres d’une tribu
africaine du même nom, qui disparurent
entièrement
dans l’abomination
que fut l’esclavage des Noirs aux Amériques.
Mais
en Haïti, ils sont devenus les loas des morts et de la
sexualité. Ce sont des
déités bruyantes et grossières et lors de leurs
manifestations, ils
apparaissent en mangeant du verre, des piments crus et s’enduisent les
parties
sexuelles de piment et de rhum, étant déjà morts,
ils ne craignent rien. Ce
sont des dieux psychopompes, ils mènent l’âme
des morts vers une autre vie.
(Si je
parle des loas au présent c’est que dans la religion
vaudou, les dieux chevauchent
les hommes. En clair, ils se manifestent au travers de l’un de ceux
présent,
lors de la cérémonie dont ils utilisent le corps.)
Du rite
petro, les plus
redoutables sont les loas Baron,
dont le
Baron Samedi, loa des morts, il contrôle aussi
le passage entre le monde des vivants et celui
des
morts, l’une de ces
hypostases se confond avec Legba celui qui est à la
croisée des chemins.
Le Baron
Samedi est à l’origine du « Nouveau
Monde »
(je suppose que cela veut dire, qu’il est
celui
qui concrétise la rupture de l’esclave
haïtien avec le monde
africain, dans la mesure que son panthéon divin prend un
caractère vernaculaire,
il enracine l’esclave dans sa nouvelle terre.)
Le Baron
Samedi
revêt d’autres incarnations, dont le Baron
des Cimetières, le Baron La Croix, le Baron Kriminel et il est
le père ou le
maître des Gedes, des esprits macabres et grivois. Il se trouve
à l’entrée
« des cimetières et se met sur le passage des
morts vers la Guinée »
Une croyance née durant l’esclavage
« antillais » voulait que
l’esprit des morts
retourne en
Guinée,
croyance qui légitima de nombreux suicides car vu comme une
échappatoire à
l’asservissement.
Le Baron
Samedi est
aussi une divinité phallique et celle de
la libido, il symbolise
les
excès de
la sexualité, il mène « une danse
Langoureuse, la banda » qui
imite le coït.
Les attributs se
rattachant sa
divinité sont le
chapeau
haut-de-forme, les lunettes de soleil,
le
crane, la croix noire, la couleur noire et le
violet, le miroir, les
piments rouges macérés dans du rhum.
Dans les
rituels il
tient : « une
bouteille de sa boisson préférée: du rhum brut
dans lequel ont longuement
macéré vingt et un piments "rouges". De temps à
autre, Baron Samedi
avale une rasade de ce breuvage de feu et tend sa bouteille aux
fidèles qui ont
intérêt à refuser poliment. »
Le baron
Samedi a pour épouse Maman Brigitte (Brijit), une
loa de la mort préposée à la protection des
cimetières et des pierres tombales marquées d’une croix,
et comme son époux son langage est
obscène. C'est une
tricheuse, une
moqueuse, une
déité ayant des mauvaises
manières et mauvais esprit.
Cette loa du
« Nouveau Monde » a des aspects religieux
à la fois africains (Orisha
Oya) et du christianisme (St
Brigid ou
sainte Brigitte), c’est aussi la loa de l’argent, elle influe sur les
pratiques
de la magie noire.
Elle
est symbolisée par le poulet noir, la couleur noire et le violet.
Evariste Zephyrin