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Halloween: la fête païenne
reste bien vivante

Marie Caouette
Curieux que l’Halloween, la fête des saints martyrs et
celle des morts se succèdent, l’une derrière l’autre, du 31 octobre au 2
novembre... Une fête païenne, héritée des Celtes, qui visait à éloigner les puissances
des ténèbres, suivie de deux fêtes religieuses consacrées aux saints martyrs
(1er novembre) et aux morts (2 novembre)...
En fait, l’Église catholique a déplacé la fête des saints martyrs, autrefois
célébrée le 13 mai, pour mettre un terme aux rites païens qui marquaient le
début de l’hiver. On espérait que les gens invoquent les saints de l’Église
plutôt que le seigneur des morts, Samhain, pour que leurs morts reposent en
paix.
La nuit de Samhain
Malgré cela, l’Halloween a traversé les temps,
depuis l’époque préchrétienne, et continue de marquer le passage à l’hiver. Les
récoltes terminées, les animaux ramenés à l’étable, les puissances de la nuit
tentaient autrefois de prendre possession de la terre. C’était, du moins, la
croyance populaire. Par le feu et le bruit, on éloignait les esprits des morts,
qui cherchaient un refuge ou un corps à habiter...
On croyait que cette nuit de « passage » était le temps où le voile entre le
monde physique et le monde spirituel était le plus fin, le plus aisément
franchissable.
Les légendes disent que les druides celtes allaient de maison en maison pour
réclamer des offrandes au nom de Samhain, et, qu’en cas de refus, ils
proféraient des menaces. C’est l’origine du trick ou treat.
Dans Internet, on lit aussi que Samhain convoquait les fantômes des hommes
méchants, morts durant l’année. Ils revenaient hanter les lieux où ils avaient
vécu et nuire à leur entourage, qui cherchait à les apaiser avec des offrandes.
Les gens se déguisaient et portaient des masques pour effrayer ces fantômes ou
pour ne pas être reconnus d’eux.
Ces légendes irlandaises ont longtemps survolé le Québec francophone où, sous
la férule catholique, l’Halloween n’a pas été célébrée jusqu’aux années 1960.
Mais on achetait des messes pour libérer les âmes du purgatoire..., raconte
Jean Du Berger, ethnologue à la retraite. La montée de l’Halloween, ici,
correspond à la perte du sacré et à la désertion des églises dans les années
60, rappelle-t-il. Lui-même n’a pas fêté l’Halloween dans sa jeunesse, mais ses
enfants, oui.
Le besoin de fêter
Au milieu du XXe siècle, les rites nés des peurs anciennes
sont devenus un divertissement. L’Halloween joue un peu sur la peur, un peu sur
l’extraordinaire, un peu sur le surnaturel. Les choses se sont inversées,
analyse Du Berger. « Ce sont des jeunes qui rient de ce qui terrorisait
autrefois les adultes. Les bars diffusent des hurlements, on habille les
squelettes de vêtements de mariés... »
Mais il reste toujours une petite peur dans l’âme humaine. Celle qu’inspire la
deuxième dimension, celle qui se cache derrière le réel, poursuit
l’ethnologue... « Et si la nuit, comme dans un film, les personnages des
tableaux prenaient vie... »
Le frisson est toujours possible, du moins au ciné ou dans les œuvres
fantastiques.
Les sorcières, les squelettes, les chats noirs, les hiboux reviennent en force.
Les citrouilles rappellent les navets sculptées en forme de tête de mort, à
l’intérieur desquels brûlait une bougie, dont les druides se servaient pour
éclairer leur chemin de maison en maison.
Aujourd’hui, les jeunes parents guident leurs petits, la lampe de poche à la
main, dans la tournée des bonbons, souligne l’ethnologue. Ensuite, les ados prennent
la relève pour réclamer leur dû en friandises, comme dans leur enfance. Quant
aux adultes, ils fêtent, déguisés, dans les bars.
Le besoin de fêter ne meurt pas, conclut Jean Du Berger.
Contre l'Halloween
Aux
États-Unis et en Europe (France, Suisse), des groupes de protestants
évangéliques en ont contre la célébration de l'Halloween. Ces chrétiens se
disent «Si on ne peut plus honorer Dieu et fêter Noël dans les écoles, pourquoi
y célèbre-t-on le diable ?»
Selon eux, l'Halloween est une fête aux antipodes de la Toussaint. D'un côté la
mort est une fatalité tournée en dérision, où les squelettes ont le dernier
mot. De l'autre, la mort est un passage vers un monde meilleur. Ils n'aiment
pas le rappel des cultes païens et de la sorcellerie et l'apprentissage de la
manipulation par des menaces (trick or treat). Certains réagissent en
déguisant leurs enfants en personnages bibliques, qui vont de porte en porte
porter des biscuits faits maison et des versets bibliques.
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