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La Toussaint / Guédés / Un même espace culturel pour deux
motivations différentes !
photo A. Welch
Les
1er et 2 novembre sont toujours consacrés à la Fête des morts ! Les fidèles
catholiques et les vodouisants célèbrent, à leur manière, ce rendez-vous annuel
et sacré. Les cimetières, principaux pôles d’attractions des fêtards, seront,
cette année encore, le théâtre de rituels exécutés en l’honneur des divinités
associées à la Mort. Dans l’espace culturel haïtien, les saints et les loas
seront invoqués tant par la prière que par d’autres formes d’incantations.
Le premier jour de novembre est consacré à la fête de La Toussaint. Les fidèles
catholiques vénèrent en cette occasion leurs saints et entretiennent la mémoire
d’un membre cher de leur famille décédé. La bougie et le café sont, entre
autres, les produits utilisés au moment de s’adresser aux défunts dans les
cimetières...
Des recherches effectuées sur l’origine de « La Toussaint» font état d’une fête
non biblique. « Le premier exemple attesté d’une fête des Morts célébrée le 2
novembre est dû à Saint Odilon (v. 962-1048), abbé de Cluny (994-948), qui
ordonna la célébration, à partir de 1031, dans tous les monastères de l’ordre
clunisien, d’une messe solennelle pour tous les morts qui dorment en Christ
»(1). L’Église catholique romaine s’est inscrite dans la tradition qui veut que
les chrétiens vénèrent les saints qu’elle a consacrés, et les fidèles en
profitent pour rendre hommage à leurs ancêtres. La Toussaint est donc une fête
catholique, célébrée le 1er novembre, et non adoptée par les chrétiens
protestants.
La fête des Guédés, commémorée le 2 novembre, est typique de la religion vaudou
en Haïti. Dans la mythologie du vaudou, les Guédés représentent les esprits de
la Mort. En cette occasion, les vodouisants organisent des cérémonies en vue de
célébrer leurs dieux représentés par les différents «Barons » surnommés : Baron
Samedi, Baron Cimetière, Baron Lacroix, Baron Criminel et « Grann Brigitte ».
Cette célébration traditionnelle donne lieu à des moments d’exaltation
phénoménale. En pleine rue les vodouisants se livrent à des mouvements de
danse, avec des gestes érotiques frisant l’indécence, boivent du vinaigre,
mangent du piment et lancent à tout bout de champ des propos ronflants et
obscènes. Autant de réactions qui caractérisent le comportement du Guédé. Dans
le panthéon du vodou, il s’agit de l’un des dieux hérités de la période
précolombienne, selon des ethnologues haïtiens.
Les couleurs embellissent le décor planté pour le déroulement des
manifestations de Guédés. Leurs couleurs traditionnelles sont le noir et le
violet. Le déguisement de Guédé Nibo est composé de trois couleurs : le noir,
le mauve et le blanc. Le Guédé Nibo est reconnu comme étant le protecteur des
morts vivants.
Le Guédé a d’abord été une fête rurale populaire transférée progressivement
dans les milieux citadins en Haïti. On assiste chaque année à une forte
affluence d’individus dans les cimetières de la zone métropolitaine
particulièrement à Port-au-Prince et à Pétion-Ville. Le même phénomène est
également observé dans d’autres villes du pays.
Les participants à la manifestation des Guédés proviennent
aussi bien des couches défavorisées que des classes moyennes. Certains
pratiquants qui vivent à l’étranger n’entendent pas négocier ce rendez-vous.
Il semblerait toutefois difficile de confirmer la participation ouverte des
membres de la bourgeoisie haïtienne dans ce type de manifestations. Une frange
de cette classe se contente de commémorer La Toussaint dans le strict respect
des normes catholiques.
Tout compte fait les fidèles catholiques et les vodouisants utilisent les
cimetières comme espace commun d’adoration les 1er et 2 novembre. Cependant,
leurs présences respectives y sont nuancées par leurs motivations qui sont
profondes et variées. Les uns vénèrent les Saints et rendent hommage à des
parents disparus tandis que les autres honorent leurs dieux de la Mort.
(1)http://fr.wikikto.eu/index.php/Toussaint
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