Les « Guédés » insultés
par les protestants à
Port-au-Prince
La guerre a été ouvertement déclarée le jour de la
fête
des morts à Port-au-Prince. Dans la matinée du 1e novembre, une grande
quantité
de gens, vêtus de blanc et de noir, avec bible en mains et chants
d’espérance,
ont défilé dans les rues de la capitale. Ces personnes semblaient
vouloir
prêcher la bonne nouvelle aux adeptes du vodou. Certaines d’entre elles
ont
persisté et, se sont rendues au cimetière de la commune. Une intrusion
que la
majeure partie des participants considéra comme une provocation et une
atteinte
flagrante à la culture nationale. Ce fut le début d’un affrontement
religieux.
Vers onze heures du matin, la foule de protestants s’est rendue au
cimetière de
Port-au- Prince. Elle chantait son sauveur, prêchait et invitait les
diverses
participants à la fête des morts à se repentir, à adopter le christ
comme
sauveur personnel. Le public de curieux suivis par des journalistes
haïtiens et
étrangers les ont accompagnés depuis les différents couloirs que les
tombes
imposent pour arriver sur celle de « Grann Brigite » et de « Baron
samedi »,
bastion des guédés. C’est à ce moment que les « envoyés du christ » ont
investi
l’espace, chantant avec ferveur, priant, tentant en vain de porter les
participants à laisser « les morts ensevelir les morts »,et que
l’attaque a
commencé. Les guédés, se sentant offusqués et perturbés dans la
pratique de
leur rituel, ont choisi instantanément de riposter sans piper mots.
Rapidement,
ils se sont remplis la bouche de pimentade, d’alcool et d’autres
produits aux
saveurs piquantes qu’ils soufflèrent sur les évangélistes. Ils les ont
arrosés
de café et d’autres accessoires utilisés au cours de ces incantations.
Au fur
et à mesure que les protestants prêchaient leur bonne nouvelle, les
adeptes de
« Baron Samedi » et de « Grann Brigite » les assaillaient.
Les assistants émerveillés et surpris par la réaction des « Guédés » à
l’égard
des évangelisateurs se sont mis à rire, prendre des photos et tenir des
propos
hostiles, très défavorables à ces derniers. Ils les ont injuriés et
n’ont pas
cessé de demander pourquoi ils avaient choisi de venir ici. « C’est
pour nous
provoquer. Quand vous faites vos croisades dans les différents coins du
pays,
on ne tente même pas à d’y participer, question de ne pas perturber vos
rituels. Voilà qu’aujourd’hui vous êtes venus jusqu’ici pour nous
ennuyer.
C’est une preuve d’intolérance et d’acculturation. Et bien vous allez
voir de
quel bois nous nous chauffons », lance un jeune homme furieux, bougie
en main,
en train de faire ses vœux à « Grann Brigite ».
Les affrontements religieux n’ont pas seulement duré l’instant de cette
rencontre au cimetière de Port-au-Prince. Ils se sont également
poursuivis à
l’avenue Christophe, devant la faculté de l’Institut de gestion et de
hautes
études internationales (Inaghei) avec un autre groupe de « Guédés ».
Alors
qu’ils parcouraient paisiblement cette rue, dansant, exécutant des
tours de
reins, racontant les salades habituelles, un groupe d’étudiants,
probablement
appartenant au protestantisme, a lancé des jets de pierre sur la bande.
Dès que
les fêtards remarquèrent l’endroit d’où provenaient les pierres, ils
ripostèrent.
Certains « Guédés » ont qualifié cette action d’insulte et ont décidé
de faire
payer cet incident aux étudiants insolents. « Ils doivent assumer », a
lancé
une femme. Ils ont encerclé la faculté, dressé des embuscades en vue de
descendre le premier étudiant qui essayerait de quitter l ’enceinte de
cette
entité de l’université d’état d’Haïti. « Je leur ferai payer très cher
cet
affront. Ils doivent respecter la tradition. Ce manque de tolérance et
cet
irrespect à l’égard de notre culte est la cause de notre inexistence en
tant
que peuple », a clamé un homme, visage couvert de farine et vêtu d’un
accoutrement bizarre et inquiétant traduisant la réalité du moment.
Plusieurs étudiants de la faculté des sciences humaines (FASH) ont
indiqué
qu’ils condamnaient cette action de leurs camarades universitaires. Et,
ils
pensent que de sérieux débats doivent s’ouvrir sur la question en vue
de porter
les universitaires à faire preuve de tolérance face à la culture vodou.
« C’est
preuve que nous avons effectivement perdu notre identité de peuple »,
se désole
Pierre Aimé Daniel, un étudiant de la FASH.
Joe
Antoine Jean Baptiste
source
07/11/11
|

|