Le Réveil
de la diaspora créole
La
pan-créolité : une identité
à conquérir…
Intervention
à l’occasion du 2ème
Festival Kréol de Maurice, le samedi 1er
décembre dernier
Récemment
à la Martinique, plus précisément
à l’Université des Antilles-Guyane,
avait lieu
un colloque intitulé « Les approches
interculturelles en langues, en
littérature et en civilisation : quelles
heuristiques ? ». Durant
trois jours, plusieurs spécialistes européens et
caribéens proposaient leurs
réflexions, offrant à l’auditoire une
riche étude de la question.
Dans
les Mascareignes : à la Réunion,
l’île Maurice et les Seychelles cette
notion, très impliqués dans le
développement culturel et identitaire des
populations, a également fait l’objet de
nombreuses analyses. Ces analyses, ici,
ont permis de mieux envisager un phénomène qui,
aujourd’hui, touchant au monde
dans son ensemble, le bouleverse et le transforme. Edouard Glissant,
développant le concept du Tout-Monde, nomme ce
phénomène
« Relation »
ou « Créolisation ».
De
nombreuses questions posées lors de ce colloque trouveraient
un écho favorable
dans le cadre de cette présentation. Je vous en propose
quelques-unes, qui vous
sont certainement familières : Peut-on comprendre
une autre culture ?
(sous-entendu, dans notre cas, une autre
culture « créole »).
Ou
encore : Communautés linguistiques et
communautés culturelles :
quelles parallèles ? Encore : Les
paradoxes de l’interculturalité
dans un monde globalisé.
La
pan-créolité, qui est aussi une
créolisation, trouve à travers toutes ces
questions un prolongement logique. Ce rapprochement effectué
entre ces
différentes notions : interculturalité,
créolisation ou pan-créolité, nous
semble pertinent parce qu’il situe notre rencontre en pleine
actualité des
problématiques culturelles et identitaires du monde moderne
et plus
particulièrement encore au cœur des
questionnements des communautés créoles du
monde. Dès lors, la pan-créolité,
s’inspirant des réflexions liées
à
l’interculturalité et / ou à la
créolisation, se définit comme une
dynamique invariante des peuples créoles mis en
relation.
Dans
un monde sujet
de la relation, de plus en plus familier de la poétique
du Divers, la
dynamique
pan-créole se révèle, pour les peuples
qui la soutiennent, comme accessible
enfin, née des explosions incontrôlables des
identités du monde. Ce qui
pourtant nous apparaît plus essentielle, c’est que
cette dynamique pan-créole
réclame aujourd’hui des communautés
créoles la prise de conscience de sa
nécessité et, surtout, de son urgence.
J’étais à ce propos très
heureux
d’apprendre que le premier ministre avait fait de cette
idée un véritable
credo, un sens fort et clair du festival international
créole de Maurice. Il
faudrait que cet exemple soit suivi d’autres
décideurs institutionnels.
La
pan-créolité : une identité
à conquérir ?
Assurément : de sorte
que, unis et forts de toutes nos contradictions exprimées,
nous fassions sens
face aux grands bouleversements du monde et à ces enjeux
troubles qui au loin nous sollicitent…
En février 2006 et
février 2007, sous le titre
« Kréofolies », deux
téléconférences
regroupant Haïtiens et Mauriciens de Montréal et de
New-York, Mauriciens
d’Australie, Réunionnais, Sainte-Luciens,
Martiniquais étaient organisée par
l'Université York de Toronto, en collaboration avec
l'Organisation
Internationale des Peuples Créoles avec pour
thème : « Le rapprochement
des peuples créoles : option ou
nécessité ? ». Parmi les
questions
abordées : Unir les créoles du monde entier,
est-ce utopique ? Quels préjugés
font obstacle à cette unification ? Quels
procédés mettre en place pour un tel
rassemblement ?
A l’issue de cette
rencontre, plusieurs pistes de travail ont été
élaborées et des objectifs
précis ont été fixés pour
permettre le rapprochement des communautés
créoles du
monde. Parmi ces pistes : l'organisation
multilatérale de colloques et de
festivals à court et moyen terme, la formation
d'équipes de recherche et de
travail pour l'élaboration de ressources, des actions
ponctuelles dans chaque
zone concernée par la créolité et des
échanges universitaires plus soutenus
autour de réflexions créoles.
L’IOCP, Organisation
internationale des peuples créoles, dont je suis le
vice-président et le
coordinateur caraïbe s’est donc fixer pour objectif
de poursuivre cette volonté
de réunion des identités créoles. Ma
présence ici rentre dans ce cadre précis
de prolongement de nos objectifs.
Un
peu d’histoire…
En soi,
l’affirmation d’une dynamique pan-créole
n’a
rien de nouveau. Dans les années 1960
déjà, pour parler exclusivement de la
Martinique, Gilbert Gratiant, militant politique et
créoliste affirmait sa
volonté (son utopie !) de voir un
jour tous les créoles du monde réunis.
Plus tard, dans sa Note
liminaire concernant la lecture du créole,
qui préfaçait l’édition de
1970 de Fab’
Compè Zicaque,
son ouvrage de référence, il
écrivait : « En
attendant qu’un congrès pancréole que
je réclame depuis plusieurs
décennies fixe les règles de la
graphie, entre autre choses, il convient de
lire le créole comme on déchiffre la
musique ». En révélant ce
souhait,
l’auteur martiniquais faisait là œuvre
relative de visionnaire de notre
authenticité,
il fixait le cadre pour des échanges qui sont
aujourd’hui à l’œuvre. Il
défrichait, offrant une piste nouvelle à la langue et incidemment
à la culture créole, celle du contact et de la
rencontre entre les créoles du monde. Gilbert Gratiant
toujours écrivait, en
préambule de Le langage
créole et ceux
qui le parlent, qui préfaçait
l’édition de 1976 de Fab’
Compè Zicaque, :
« Tout ce qui est écrit ici de la
Martinique, à peu de choses près vaut
pour la Guadeloupe, la Guyane, la
Réunion ». Il poursuivait :
« Haïti aussi se reconnaîtrait
parfaitement à côtés de ses
sœurs
antillaises et d’autres îles du bassin
Caraïbe, d’autres, d’autres îles
aussi
de l’Océan Indien ». Et ma joie
est grande aujourd’hui de ressentir cette
fraternité décrite là. Pourtant,
à l’époque où Gilbert
Gratiant écrivait ses
mots, l’engagement pour une revalorisation de la culture
créole au plan local
ou national en était seulement à ses
prémices, ses balbutiements. En
littérature, par exemple, peu nombreux étaient
les auteurs qui, comme l’auteur
de Fab’ Compè
Zicaque,
faisaient le choix de la langue créole. Tout au moins
l’histoire a-t-elle gardé
peu de traces de ces écrits, s’ils ont
existé.
Dans les années
1970, grâce à l’engagement des
premiers créolistes, la
pan-créolité et les réflexions
qu’elle soutient
ont mobilisé de nombreux chercheurs et créolistes
investis de manière militante
dans des études avisées sur la langue et la
culture créoles. Là encore, Gilbert
Gratiant servait de modèle, ou de chef de file.
Dans Le langage
créole et ceux qui le parlent
on peut lire encore : « Pour
élaborer de saines règles de
transcription et aussi pour s’occuper de vingt autres
questions touchant le
créole, il faudrait un
congrès des
créolisants dont je réclame depuis trente ou
quarante ans qu’il se tienne à
Paris, ou ailleurs ».
Au milieu des années 1970, la
pan-créolité
représentait alors l'acmé des interrogations
créoles et suscitait un intérêt
croissant auprès de certains créolistes. On peut
citer Lambert Félix Prudent,
autre créoliste martiniquais, aujourd’hui
installé à la Réunion et que vous
avez reçu l’année dernière
dans le cadre de ce festival, comme l'un des
pionniers de ce courant de la créolité. Dans Des baragouins à la langue antillaise,
parue en 1980 aux
Editions Caribéennes, si on peut lui reprocher,
malgré quelques sujets
d’analyses des créoles des Mascareignes,
d’avoir placé les créoles des Antilles
françaises au centre de ses réflexions,
cependant, en 1984, il publiait aux
Editions Caribéennes une Anthologie
de
la nouvelle poésie créole,
qui en proposait un large panorama : de la
Caraïbe à l'Océan Indien. Cet ouvrage
annonçait une nouvelle approche de la
créolité, non plus dans sa seule dimension locale
ou régionale, mais tout
autant dans son envergure internationale.
S’intéressant là encore
particulièrement aux langues créoles, Lambert
Félix-Prudent écrivait dans Des baragouins à la langue antillaise : « L’idée d’une origine
commune à toutes les langues créoles surgit
dès
que les chercheurs s’attachent à comparer
structurellement ces systèmes ».
Nous sommes tous aujourd’hui convaincu de cette
unité des langues et au-delà
des cultures qu’elles soutiennent. Quelques années
plus tard, l’Anthologie de
la nouvelle poésie créole
allait rendre plus claire cette dynamique et cette volonté
de réunion. A la
suite de Lambert Félix Prudent, beaucoup d'autres
créolistes poursuivront ces
recherches. Dès lors, grâce à ce
renouveau de l’identité créole, la
recherche
d’unité, la volonté de rapprochement,
voire d’unification n’apparaît plus comme
une chimère, mais fixe plutôt des marges
d’actions concrètes, soutenues par des
volontés nouvelles, chaque fois plus nombreuses. Au rang des
éminences
pan-créoles, on peut citer, toujours pour la
Martinique : Jean Bernabé ou
Raphaël Confiant comme autres pionniers de cette
démarche. Dans Eloge de
la Créolité, parue en 1989,
véritable manifeste dont on connaît le
succès, les auteurs : Raphaël
Confiant, Jean Bernabé et Patrick Chamoiseau signalaient
dès l’incipit :
« Ni Européens,
ni Africains, ni
Asiatiques, nous nous proclamons Créoles. Cela sera pour
nous une attitude
intérieure, ou mieux encore, une sorte d’enveloppe
mentale au mitan de laquelle
se bâtira notre monde en pleine conscience du monde ».
Peu importe
qu’aujourd’hui, un mouvement parallèle
se profile avec pour volonté
affirmée d’abattre ce
principe jugé trop
sectaire. Néanmoins, il demeure pour beaucoup comme un cri
du cœur et de l’âme
lancé à la face du monde, dans une
volonté d’affirmation de notre
réalité
identitaire. Que dire alors de cette autre citation, tirée
encore de Eloge de la
Créolité :
« Nous souhaitons mettre en
branle
l’expression de ce que nous sommes ».
A l’orée
des années 1990, après le méticuleux
travail réalisé par des groupes de
créolistes issus de différentes
régions du
monde (Océan Atlantique, Océan Indien et
diasporas), comme par exemple au sein
de Bannzil Kréyol, depuis plus récemment,
notamment suite aux diverses
commémorations du cent cinquantenaire de
l’abolition de
l’esclavage, pour parler de nos régions
Caraïbes, on
assiste à un regain des activités
liées au développement de
l’identité créole
internationale, la pan-créolité. Est-ce un
nouveau réveil pour toutes ces
communautés ? Il est certainement trop
tôt pour le dire ou le prétendre.
Mais, ce qui est sûr, c’est que fort de ce
mouvement, que l’on observe de
manière de plus en plus pressant au sein des
différentes communautés créoles du
monde, l’identité pan-créole est
devenue une réalité constante. Tout au moins,
occupe-t-elle une place de choix dans chaque rendez-vous culturel
créole :
salons littéraires, festivals de musique,
séminaires de recherches, rencontres
diverses. En effet, aujourd’hui, rares sont les festivals ou
les colloques qui
ne s’envisagent pas dans la pleine expression de la
diversité créole.
Indéniablement les communautés créoles
du monde échangent, se rencontrent,
partageant leurs questionnements, leurs espoirs, leurs rêves,
voire. Et il est
clair que cette mouvance inclut également les diasporas
créoles, qui sont
autant de relais international de cette volonté. Gilbert
Gratiant, le créoliste
martiniquais acteur de la pan-créolité de la
première heure, serait
particulièrement heureux de voir aujourd’hui
à l’œuvre sa
grande utopie.
La
pan-créolité : aujourd’hui,
une
réalité…
Nous
avons aujourd’hui, et certainement plus qu’hier,
cette capacité d’envisager
pleinement la créolité. J’entends, dans
sa diversité la plus absolue et nous
pouvons également imaginer plus simplement réunir
toutes les cultures créoles
du monde autour d’une idée commune, celle du
rapprochement et de la rencontre,
celle du partage. C’est seulement ainsi que nous envisageons
notre identité
pan-créole. Sans l’échange, elle ne
serait qu’une notion creuse, une lubie
intellectuelle. Il nous faut développer cette conception
d’une identité créole
unie en dehors de ces clivages politiques, géographiques,
sociaux et culturels.
Pour compléter la définition de la
pan-créolité, à mon sens, il s'agirait
de
réaliser, d’envisager une matrice
singulière dans laquelle viendrait se fondre
et se mêler les différentes cultures
créoles : celles de la mer Caraïbe
(Grandes et Petites Antilles : Haïti, Guadeloupe,
Dominique, Martinique,
Sainte-Lucie), des Amériques (Guyane ;
Etats-Unis : Miami, New-York,
Boston ; Canada : Toronto, Montréal), de
l'Océan Indien (Madagascar,
Ile Maurice, Réunion, Rodrigues, Seychelles) et Australie
(Sydney). Les
diasporas, nous l’avons dit, ayant elles aussi un
rôle prédominant à jouer.
Cette matrice devrait donc avoir un rayonnement international non
seulement sur
les communautés qui la portent, à savoir les
communautés créoles du monde, mais
de manière plus générale sur le monde
et ses multiples identités.
Nous
pensons que la pan-créolité ou
l’identité créole internationale est
une façon
nouvelle de se concevoir en tant que créole. Le terme
étant accepté en dehors
de toutes les contradictions qu’il sous-tend, de
manière strictu sensu,
il s’agirait de se projeter
dans une relation globalisante, multilatérale qui
tiendrait compte de nos différentes composantes identitaires
créoles pour en
former l’unité : là serait notre
matrice nouvelle.
De
sorte qu’en tant que créole, nous soyons capable
de nous projeter Haïtien,
Guadeloupéen, Mauricien, Seychellois, Dominicais,
Sainte-Lucien, Martiniquais.
Les peuples créoles ont le devoir de s’ouvrir
à cette identité multiple qui est
profondément leur et qui les réunit,
au-delà des frontières géographiques,
des
limites politiques, des barrières sociales ou des
différences culturelles,
quand elles existent. Ainsi, l’identité
pan-créole est perçue comme une somme,
une totalité, qui renforce l’individu et la
collectivité créole, en amalgamant
les différences et en découvrant des zones
nouvelles d’identification, de sorte
que se réaffirment des liens ténus et historiques
qui nous enchaînent les uns
vers les autres.
Nous
avons dit que la genèse formelle des identités
créoles est sensiblement
identique : la colonisation, l’esclavage, les luttes
de libération, les
apports culturels européens, africains, indiens, les luttes
d’indépendance,
etc. En considérant deux temps historiques, nous noterons
qu’il y a eu d’abord
à l’œuvre la force de
l’arrachement, de l’éclatement, de
l’explosion de ces
différentes cultures qui nous composent. Mais, force est de
constater que
depuis une cinquantaine d’années on assiste
à l’effet inverse : le
rapprochement de ces cultures, jadis diffractées. La
pan-créolité
rend ainsi compte d’une force
inéluctable,
d’une trajectoire centripète qui voudrait
à nouveau réunir des hommes et des
cultures éclatées. Et de cette
manière, la pan-créolité interpelle
chaque
individu créole.
Nous
voulons insister : le rapprochement des peuples
créoles du monde est de
l’ordre de l’enjeu historique, de la marche en
avant, du destin des peuples
créoles. Plus concrètement, cette dynamique de la
rencontre est de plus en plus
présente au sein des communautés
créoles. Cette volonté de la rencontre est de
plus en plus affirmée et cette communauté
créole unifiée est en train de
devenir une réalité. Aujourd’hui, les
moyens modernes de communications et de
transports facilitent évidemment les échanges,
les rencontres, les approches
multi-culturelles. Il faut aussi reconnaître que chaque
communauté créole a,
durant ces trente dernières années fait
progresser sa créolité de telle sorte
que de nos jours les rapprochements sont plus aisés
à concevoir. Le temps de
l’enfermement, de la recherche sur soi est visiblement
révolu. Sur tous les
points du globe : dans la Caraïbe (Music
Kréyol Festival de la Dominique,
Festival Créole de Marie-Galante, etc) aussi bien que dans
l’Océan
Indien (Festival Kréyol de Maurice) ou au sein de
la diaspora (Montréal,
Sydney, Londres, etc), la communauté créole se
rencontre de plus en plus.
Cependant,
on doit reconnaître que les choses ne sont pas
homogènes. Certaines
communautés sont plus engagées que
d’autres dans la dynamique pan-créole.
Certaines communautés créoles, ont encore
beaucoup à faire au niveau régional,
avant de s’inscrire dans des rapports élargis au
sein de la communauté créole.
Il y a évidemment des difficultés
d’ordre technique à prendre en compte pour
beaucoup. Certaines créolités sont plus
accessibles, plus ouvertes au monde que
d’autres. Haïti, par exemple, avec 7 millions de
créolophones à elle seule,
n’est pourtant pas à la proue de
l’engagement pan-créole, notamment compte tenu
des problèmes politiques et économiques
qu’on lui connaît. Il faut aussi
considérer le rayonnement de certains théoriciens
ou techniciens de la culture
créole qui rejaillit sur leurs communautés
propres ou éclatées. Raphaël
Confiant, par exemple, en littérature, rayonne sur tout le
monde créole,
offrant par la-même à la culture créole
de la Martinique et plus généralement
de la région Caraïbe, une zone
d’influence indéniable. Sur un plan purement
politique, certaines régions créoles ont
réussi ce que d’autres n’ont pas
réussi. L’émancipation par rapport
à la Métropole par exemple. Il y a des
régions créoles indépendantes,
d’autres pas. Ce fait modifie conséquemment le
rapport à la culture créole et le rapport entre
les cultures créoles. Chez
certains, la culture créole, la
créolité a acquis une prédominance qui
lui
permet de rayonner plus largement, parfois sur toute une zone
géographique. Aux
Seychelles, par exemple, en inscrivant le créole comme
langue nationale, le
gouvernement post-indépendantiste lui a offert une ouverture
certaine, une
légitimité qu’elle réclame
par ailleurs. Il faut également considérer
l’impact
des diasporas, malgré leur
hétérogénéité :
les Haïtiens au Canada ou aux
Etats-Unis, les Mauriciens, Réunionnais et Seychellois en
Australie, les
Martiniquais, Guadeloupéens, Réunionnais,
Mauriciens en France.
L’identité
pan-créole est un fondement invariant qui nous ouvre les
portes d’un autre
monde, en fait une porte sur nous mêmes. Nous sommes le
peuple de la rencontre,
du métissage, de l’aller-venir et cette
identité pan-créole en est selon moi le
symbole le plus fort. En tant que créoles, nous sommes un
peuple jeune, dont
l’identité est en pleine formation et
nous pensons que nous ne pouvons nous
permettre de négliger aucun aspect
de notre identité, à plus forte raison si elle
nous lie à l’universel du monde,
à l’international du monde. Créoles,
nous le sommes internationalement. C’est
une évidence et c’est là une force pour
chacun de nous. En tant que créole, je
suis Haïtien, Rodriguais, Sainte-Lucien, Dominicais,
Seychellois, Mauricien.
C’est extraordinaire, n’est-ce pas ?
Édouard
Glissant a écrit : “la
créolisation est ce mouvement, ce conflit, cette
attirance, ces expériences vécues entre les
cultures du monde...” Vue
ainsi, la créolisation semble être une
force inéluctable. Laissons-la donc
s’épanouir en nous pour qu’ainsi nous
soyons autant de ponts ouverts sur nous-mêmes et sur le monde.