Morte
à 8 ans, Noélanie avait appelé "au
secours" dans ses lettres
Une petite fille s'est éteinte le
20 novembre suite à un malaise épileptique. Ses
parents révèlent son journal intime, les lettres
qu'elle avait adressées en secret à un
éducateur scolaire. Elle y raconte les brimades qu'elle
disait subir de ses camarades.

Noélanie n'est plus là pour
nous montrer sa chambre. Avec la fierté enjouée
de toutes les petites filles de son âge. Noélanie
n'est plus là et pourtant, il reste un curieux sentiment au
beau milieu de ces souris en peluche, des livres de contes et de ces
carrosses de poupées. Comme une présence. Comme
si l'on entendait la petite voix d'une enfant de 8 ans, qui s'est
éteinte le 20 novembre dernier des suites d'un malaise
épileptique et qui continue, même après
sa mort, à appeler au secours. Jusqu'à ce que
quelqu'un l'entende. Et fasse enfin écho à ses
maux. De simples mots d'enfants qu'elle avait couchés sur
son cahier de "secrets personnels" et qui, aujourd'hui plus que jamais,
résonnent de toute sa souffrance.
Des maux d'enfants
"Il c'est passer à l'école un très
grave problème sur un garçon qui s'appelle.... Il
m'a étrangler deux fois et je suis tomber dans les pommes...
J'ai tellement peur qu'il me tue. Mais bon en attendant j'ai confier
mont secret à un psychologue...." (1).
A son journal intime, Noélanie confie tout. Toute sa vie de
fillette adoptée à l'âge de 13 mois
à Tahiti sur "une belle rencontre et un coup de foudre",
avec ses jolis yeux noirs et son fardeau de maltraitance. Tous ses
silences et les problèmes aussi qu'elle endure depuis un an
déjà.
En octobre 2006, la fillette se plaint de brimades infligées
par une de ses camarades dans une école des environs de
Perpignan. Ses parents l'emmènent chez un
pédopsychiatre qui dresse un certificat médical.
Le médecin confirme qu'
"il n'existe aucun
état délirant ou mythomaniaque chez la fillette
qui peut mettre en doute ses déclarations et les
répercussions de la relation de fascination qu'exercerait la
petite" camarade.
Les parents "bataillent" et "galèrent" selon leurs termes
pour la changer d'école. "Fragilisée", elle
raconte alors qu'elle est devenue le souffre douleur d'autres
élèves qui l'étrangleraient
régulièrement. En mai 2007, une mère
de famille alerte ses parents. Noélanie, pressée
de questions, avoue qu'elle est rackettée et le directeur
prend l'affaire au sérieux. Tous les
élèves concernés et leurs parents sont
convoqués au plus vite. Les garçons, dont
certains reconnaissent les faits, sont punis, obligés de
faire des lignes et privés d'une
récréation, avec risque d'exclusion en cas de
récidive... Noélanie doit recopier une partie du
règlement de l'école qui dit en substance que
l'on doit signaler tout problème à la
maîtresse ou au directeur et ne jamais taper pour se
défendre.
IInsomnies et petits secrets
Tout semble enfin apaisé. Mais, fin septembre,
Noélanie présente à nouveau des signes
de malaise. Elle ne quitte plus son manteau en peau de lapin, celui
dans lequel, enfouie dans les longs poils, on peut cacher les secrets
pour qu'ils disparaissent comme les grains de sable. Insomnies, maux de
ventre, vomissements... La petite fille reprend la plume. Et pour
écrire cette fois une lettre qu'elle remet en main propre
à un éducateur de l'école qui transmet
aussitôt au directeur. Noélanie insiste :
"Il c'est passé un problème grave à
l'école part à port à......... qui
m'as étrangler dans le rang de la 2 e cour. Je sais que ci
je ne me défent pas je finirai par mourrir pour toujours...
J'ai peur de lui.... Il me dit sale noire... Tu pourrait me
protéger dans la cour ?.... J'espère que
ça va s'arranger. J'espère que tu me
protégeras. Le dit à personne sinon c'est plus un
secret et cela sera pir pour moi."
Comme une bouteille à la mer
Noélanie arrive à en parler au psychiatre.
Continue de se taire devant ses parents. Puis, de façon
quasi incroyable du haut de ses huit ans, expédie le 4
octobre la copie de sa lettre à l'attention du "chef
gendarme" de la brigade locale. Comme une bouteille à la mer
adressée à celui qu'elle avait
rencontré une première fois et qui lui avait
inspiré confiance. Le 7 novembre, les parents sont
convoqués à la gendarmerie. "C'est à
cette période que l'on a découvert qu'elle avait
envoyé une lettre aussi à l'éducateur
de l'école. On ne nous avait rien dit
,",
raconte Christine Séné, la mère, tenue
droite par la colère. A la seule pensée du
calvaire enduré par sa fille
. Pendant tout ce
temps, elle nous écrivait sans qu'on le sache. Elle nous
laissait des petits mots sans nous les donner. Elle nous remerciait
pour tout ce que l'on avait fait pour elle. Elle ne nous disait rien
parce qu'elle se culpabilisait de nous faire de la peine. Jusqu'au fond
de nos entrailles c'est notre fille même si je ne l'ai pas
portée."
Le lendemain, 8 novembre, après avoir
fait constater des traces de strangulation sur le cou de la petite, la
mère dépose à la gendarmerie et
dénonce des faits de négligence à
l'encontre du directeur de l'école. Le cahier de liaison de
la petite servira là encore de lien entre le directeur et
les parents. Le premier souhaite s'entretenir avec eux pour "parler du
problème de Noélanie". Puis le rendez-vous est
pris pour le lundi 19 novembre.
Mais, entretemps, c'est le drame. Le samedi 17 novembre,
Noélanie est prise d'un malaise chez elle. Elle est
transportée à l'hôpital de Perpignan en
urgence soufrant d'un état de mal épileptique.
Son état s'aggrave soudainement et nécessite son
évacuation vers Montpellier où elle succombe le
20. Emportant avec elle ses secrets et ses silences.
"On ne l'a pas crue"
"
Il faut que les gens sachent. Notre fille est morte. Elle est
morte à 8 ans et elle ne croyait plus en la justice. Elle
disait la vérité. Les autres pensaient que
c'était un truc de mômes . On ne l'a pas crue.
Elle n'a pas été entendue. On a
minimisé ses problèmes. Pour eux, elle se sentait
persécutée et elle affabulait. A partir du moment
où elle a écrit cette lettre, elle pensait que
quelqu'un allait venir la secourir".
Noélanie n'est plus là pour
nous expliquer le livre posé sur
l'étagère de sa chambre intitulé "J'ai
été racketté". Pour nous dire tous les
posters et les autocollants de la police qu'elle avait
placardés sur les murs. Pour raconter le petit bout de
papier scotché au-dessus de son lit où elle avait
griffonné le nom d'un camarade d'école.
Noélanie ne nous dira jamais. Seuls restent des mots. Et des
adultes avec leurs questions. A se demander comment on peut ne pas
avoir entendu le cri d'une fillette de 8 ans ? Et s'il n'avait pas
été trop tard ?
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(1)* Nous
avons retranscrit scrupuleusement les écrits de
Noélanie avec ses fautes d'orthographe.