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Venezuela - Chávez reconnaît avoir perdu une
bataille, mais pas la guerre
Le Conseil
électoral vénézuélien a
finalement annoncé, aux petites
heures hier matin, la défaite du projet de
réforme «socialiste» de la
Constitution proposé par le président Hugo
Chávez.
Ce dernier a rapidement reconnu la courte victoire du camp du
«non», qui a obtenu 50,7 % des voix contre 49,3 %,
lors du référendum
tenu dimanche. Ce résultat, qui a surpris plusieurs
observateurs au
regard des sondages de sortie des urnes, constitue le premier revers
électoral subi par le chef de l'État
vénézuélien depuis son accession
à
la présidence en décembre 1998.
Chávez
n'en a pas moins promis de poursuivre «la bataille pour le
socialisme», ajoutant que les changements projetés
avaient échoué «pour
l'instant» mais qu'ils étaient «toujours
vivants».
Parmi les
réformes constitutionnelles proposées figurait
l'abolition de l'article qui limite le nombre de mandats que peut
remplir un président. D'autres changements auraient eu pour
effet de
renforcer le pouvoir de la présidence, en permettent
notamment au
titulaire de gouverner par décret en matière
économique, de créer de
nouvelles provinces placées sous son autorité et
de mettre fin à
l'indépendance de la banque centrale.
69
amendements
Le
référendum portait sur pas moins de 69
amendements. Certains
d'entre eux étaient par ailleurs susceptibles de
séduire les classes
populaires qui constituent les principaux soutiens d'Hugo
Chávez.
Ainsi, il était proposé d'étendre la
protection sociale aux
travailleurs de l'économie informelle, de renforcer les
conseils
communautaires locaux et de réduire la semaine de travail.
M.
Chávez a implicitement laissé entendre qu'il
pourrait tenter de
revenir à la charge avant la fin de son présent
mandat à la présidence,
qui ne se termine qu'en 2012. Il a ainsi prévenu hier que la
«victoire
à la Pyrrhus» de l'opposition n'allait pas le
«faire changer d'une
virgule». S'il poursuit dans cette voie, le
président vénézuélien ne
serait pas le premier chef d'État du continent à
changer la
constitution de son pays afin de s'accrocher au pouvoir: Cardoso au
Brésil, Menem en Argentine et Fujimori au Pérou
l'ont fait avant lui.
Une
surprise
Le revers
subi dimanche par Hugo Chávez est une surprise parce que
lui-même et ses partisans avaient jusqu'ici
accumulé les succès
électoraux, mais aussi parce que le président
contrôle les principaux
leviers du pouvoir.
Après
sa réélection en décembre 2006, Hugo
Chávez, au lieu d'ouvrir
un dialogue avec l'opposition comme il l'avait laissé
entendre dans un
premier temps, a multiplié les initiatives qui ont
froissé l'opposition
et même aliéné certains de ses
partisans: nationalisations des
hydrocarbures, principales sources de devises de l'État
vénézuélien, et
des principaux services publics, mais surtout les mesures prises
à
l'encontre des médias privés.
Ce qui
faisait dire hier au journal Le Monde que «les
Vénézuéliens
ont sans doute rejeté la tentation du pouvoir personnel sans
limite ni
contrepoids», mais aussi une
«révolution» qui ne fait plus recette en
Amérique latine.
«Tout
ce que les gens veulent, c'est un toit et de quoi manger, pas
un modèle collectiviste. Ici, la
société est très attachée
à la culture
de consommation américaine», a commenté
pour sa part un politologue
vénézuélien cité par
l'Agence France-Presse.
Trop
tôt
Il est
probablement trop tôt pour dire si vraiment le soutien des
classes populaires a fait défaut à Hugo
Chávez dimanche. Le taux de
participation relativement bas (56 % des électeurs inscrits)
a pu nuire
aux partisans du «oui», mais il est difficile de
déterminer dans quelle
mesure cela a pu jouer.
«Peut-être
[Hugo Chávez] n'a-t-il pas fait sortir le vote parce
qu'il était trop confiant de l'emporter», a
commenté Graciela
Ducatenzeiler, politologue à l'Université de
Montréal.
Il est
certain que ce revers portera atteinte au prestige du leader
«bolivarien», sinon au Venezuela, du moins sur la
scène internationale.
«N'ayant
plus la même crédibilité à
l'intérieur, il ne pourra plus
prétendre s'ériger en leader de la gauche en
Amérique latine, surtout
auprès des leaders de gauche ou centre gauche qui, sans
être des
compagnons de route, avaient pour lui un certain respect,
même si
c'était un respect
intéressé», croit Graciela
Ducatenzeiler.
Interventions
contestées
Certaines
de ses interventions récentes ont sans doute
déplu à ses
alliés du continent, notamment les insultes
proférées contre Juan
Carlos, roi d'Espagne, respecté en Amérique
latine. «Même s'il est
perçu comme un banquier en Amérique latine, sa
prétention de se
convertir en porte-parole contre l'"impérialisme" est trop
grande
compte tenu de la taille du Venezuela», ajoute Mme
Ducatenzeiler.
Selon le
politologue Philip Oxhorn de l'université McGill, ce
revers ne l'affaiblira pas trop, puisqu'il exerce
déjà un fort contrôle
sur le gouvernement et l'assemblée législative.
«Mais ce devrait être
un fort avertissement. Le socialisme du XXIe siècle devra
tenir compte
des valeurs démocratiques comme le droit d'association et la
liberté
d'expression», croit ce spécialiste.
Les
dommages du référendum de dimanche sur le
prestige de Chávez
seront probablement plus importants à l'étranger
qu'au Venezuela.
«C'est plus facile pour l'opposition de battre
Chávez dans un
référendum qu'à une
élection puisqu'elle ne dispose pas d'organisation
assez forte. L'opposition est très
éclatée, et il faut rappeler qu'une
partie de cette opposition est aussi autoritaire que
Chávez», note
Graciela Ducatenzeiler.
Son refus
de renouveler en mai la licence de la plus ancienne
chaîne de télévision Radio Caracas
Television pour son soutien au coup
d'État avorté contre lui en 2002 a fait
naître le mouvement étudiant,
qui est devenu un symbole de la contestation contre une
«dictature à la
cubaine», estimait hier l'AFP. Le président
vénézuélien s'est également
attaqué à plusieurs stations de radio populaires
auprès des étudiants.
Une
nouvelle force
«Les
étudiants constituent une nouvelle force, qui n'est pas une
opposition de droite. L'opposition pourrait commencer à
s'organiser»,
croit Graciela Ducatenzeiler.
«Chávez
était l'homme des grands projets, mais il a moins bien
réussi lorsqu'il s'agissait de mesures concrètes,
comme la lutte contre
l'inflation et la lutte contre la criminalité, qui affectent
les
citoyens dans leur quotidien, note par ailleurs Philip Oxhorn. Il a
perdu une partie de sa mystique, mais cela aura plus d'effet sur sa
réputation internationale qu'à
l'intérieur.»
À
Washington, la Maison-Blanche s'est discrètement
réjouie du rejet
de la réforme Chávez, qui est depuis longtemps
considéré comme sa bête
noire en Amérique latine. Les
Vénézuéliens ont
«exprimé leur opinion,
ils ont voté contre les réformes que Hugo
Chávez avait recommandées, et
je crois que c'est de bon augure», a dit la porte-parole du
président
Bush, Dana Perino.
***
Avec
Reuters et l'Agence France-Presse
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