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La crise du subprime touche d'abord les minorités aux Etats-Unis

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 - En mai, Alvin Clavon a appris qu'il allait être expulsé de sa maison située dans le sud de Los Angeles où il vit avec sa femme et ses trois garçons.

Les Clavon ont acheté cette habitation sans prétention en 2003 en contractant un prêt à taux fixe.

En 2005, Alvin Clavon a pris contact avec un organisme de crédit pour refinancer son prêt avec un autre crédit à taux fixe. Mais à la veille de la signature, on leur a proposé un montage financier complexe, un prêt à taux variable où seuls les intérêts étaient à rembourser.

Alvin, cadre bancaire de 35 ans, explique qu'il s'est senti coincé. Il a choisi de faire confiance à l'organisme de crédit et il a signé. "Il s'avère que c'est la pire chose que j'ai faite", explique Clavon, qui, comme beaucoup d'autres personnes risquant de perdre leur maison à cause de la crise du "subprime" (crédit à risque) aux Etats-Unis, est afro-américain.

Les Clavon vivent dans un quartier où la population d'Afro-Américains est l'une des plus fortes de la ville et où le taux d'expulsion est aussi l'un des plus élevés: une combinaison fréquente aux Etats-Unis.

Les chercheurs qui ont mené des études sur ce sujet sont d'accord pour dire que les minorités ont plus de risques de contracter des crédits au coût élevé que les blancs.

En revanche, ils ne sont pas d'accord sur les explications. Est-ce que le quartier des Clavon a un taux élevé d'expulsion parce que les Afro-Américains n'ont pas eu d'autre choix que d'accepter des crédits à risque, ou les expulsions sont-elles la conséquence de la situation économique à South Los Angeles.

Quoi qu'il en soit, soulignent défenseurs des minorités et associations, le fait que les minorités soient frappées de manière disproportionnée par la crise du subprime est indéniable de même que le sont les conséquences de cet état de fait.

Une étude de la Réserve fédérale a montré en septembre que 52,8% des Afro-Américains avaient contracté un crédit à coût élevé lorsqu'ils avaient refinancé leurs emprunts en 2006, contre 37,7% pour les Hispaniques et 25,7% pour les blancs.

QUESTION D'APPARTENANCE ETHNIQUE OU DE RISQUE ?

subprimeUne autre étude menée par l'association Acorn (Association of Community Organizations for Reform Now) a mis au jour les mêmes tendances, y compris lorsque les revenus sont similaires.

Selon l'association, les noirs aisés avaient 3,3 fois plus de chances de devoir prendre un crédit à coût élevé qu'un ménage aisé blanc pour l'achat d'une maison en 2006. Pour les Hispaniques, c'était trois fois plus.

"Je continue d'espérer que je pourrai un jour faire une étude où l'appartenance raciale n'aura aucun rôle", explique Liz Wolff, auteur de l'étude d'Acorn. "Mais clairement, il y a un biais racial", a-t-elle ajouté.

Jay Brinkmann, vice-président du département de la recherche économique à l'Association des établissements bancaires de crédit, n'est pas d'accord avec cette analyse. "Le prix est basé sur le risque, pas sur la race", explique-t-il.

La question pourrait être tranchée par un tribunal.

En juillet, l'Association nationale pour la promotion des personnes de couleur (NAACP, National Association for the advancement of colored people), a déposé un recours contre 11 des plus grands organismes de prêts des Etats-Unis, affirmant que les minorités étaient orientées vers des crédits au coût élevé plus souvent que les blancs, même après évaluation des risques.

L'étude d'Acorn montre par ailleurs qu'un taux élevé d'expulsion entraîne une augmentation du taux de délinquance, une baisse des revenus fiscaux et une baisse de la valeur des biens immobiliers. Autrement dit, des communautés toutes entières, et pas seulement les individus, sont affectés par la crise du subprime, explique Hilary Shelton, directrice du bureau de Washington de la NAACP.

"Les histoires personnelles sont déchirantes", explique-t-elle. "Mais si vous allez au-delà et regardez la façon dont cela affecte des communautés toutes entières (...) Nous savons qu'il y un facteur racial", ajoute-t-elle.

Malgré l'avis d'expulsion, Clavon est pour l'instant toujours propriétaire de sa maison. Il voudrait la vendre mais ne trouve pas d'acheteur.

Dana Ford