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Les Afro-Américains priés de remonter leur pantalon


djJonathan soulève son T-shirt. «Est-ce que vous voyez mon caleçon?» demande le jeune Afro-Américain qui traverse, en cet après-midi de fin octobre, les Red Hook Houses, l'une des grandes cités HLM de New York. Jonathan a 20 ans. Il arbore le look du rappeur: filet sur la tête, pantalon baggy porté très bas sur les hanches, T-shirt ample, chaussures montantes Timberland mais son caleçon est caché par une chemisette. Jonathan défend son apparence contre les critiques qui viennent de l'intérieur même de la communauté afro-américaine aux Etats-Unis: «Je ne vois pas pourquoi certains voudraient interdire le port du pantalon baggy, dit-il. C'est mon style et ma culture. En plus c'est confortable.»

«Croisade de la décence»

Plusieurs villes ont décidé de partir en guerre contre le look de rappeur et demandent désormais aux jeunes de remonter leur pantalon pour cacher leur caleçon. Premiers visés: les jeunes Noirs des quartiers défavorisés des grandes villes américaines. Le mouvement a été initié en Louisiane. Les punitions varient de l'amende dans la ville d'Alexandria (nord de la Louisiane) à une possible peine de prison à Delcambre (Louisiane).

De grands centres urbains comme Atlanta, Baltimore et Dallas s'apprêtent à rejoindre cette «croisade de la décence». A Yonkers, une localité au nord du Bronx à New York, Patricia McDow, municipale afro-américaine, est en train de rédiger une résolution forçant elle aussi les jeunes à remonter leur pantalon. Ses raisons sont multiples: «Nous avons un problème avec les gangs, explique-t-elle. Nous essayons de tirer nos enfants de ces groupes criminels. Et nous voulons leur apprendre qu'ils ne peuvent se présenter à un entretien d'embauche avec leur style de rappeur.»

Mode venue des prisons

La municipale rappelle que cette mode du pantalon large porté sur la taille, véhiculée depuis les années 1990 par les rappeurs afro-américains, vient des prisons américaines qui bannissent les ceintures. «Les jeunes de notre communauté devraient être fiers et faire preuve de créativité, ajoute Patricia McDow. C'est une question de dignité et de responsabilité.» La résolution, qui devrait être soumise au vote en début d'année prochaine à Yonkers, prévoit que les jeunes pris en flagrant délit de «froc» s'acquittent d'heures au service de leur communauté. Au pied des HLM ocres de Red Hook, Jeffrey, 17 ans, Howard, 21 ans, et Jerry * rejettent totalement l'initiative. Les trois jeunes Afro-Américains, qui portent un pantalon baggy, défendent leur culture urbaine véhiculée par leur tenue vestimentaire.

Bon sens

«Sous-entendre que les jeunes Noirs, qui portent un tel pantalon, sont forcément des membres de gang est un stéréotype, explique Jefferey dont le jean ample porté bas révèle le caleçon. C'est comme juger un livre à sa couverture.»

Professeur d'études afro-américaines à l'Université de Californie à Davis, Patricia Turner dit que les efforts pour réglementer les styles vestimentaires n'ont connu que peu de succès aux Etats-Unis: «Je ne pense d'ailleurs pas que les jeunes s'identifient aux prisonniers mais plutôt à Snoop Doggy Dog, dit-elle. Ils ont besoin de se distinguer et de telles initiatives peuvent être considérées comme de la discrimination raciale par les jeunes Afro-Américains.» Un argument que rejette Patricia McDow: «Nous disons à nos enfants de s'exprimer autrement que par ce style vestimentaire», justifie-t-elle. Jonathan a perdu son emploi il y a un mois. Lors de son prochain entretien d'embauche, le jeune Afro-Américain ne mettra pas son pantalon baggy: «C'est une question de bon sens.»