Une
exposition de photos illustre les difficultés et les
triomphes des Afro-Américains
Cette
exposition inaugurale du Musée national de l'histoire et de
la culture
afro-américaines est un témoignage saisissant de
l'histoire des
États-Unis
Par
Lauren Monsen
Washington - Composée d'une centaine
d'extraordinaires photographies
en noir et blanc, l'exposition inaugurale du Musée national
de
l'histoire et de la culture afro-américaines de
l'Institution
Smithsonian, intitulée Let Your Motto Be
Resistance : African American Portraits
(Que votre devise soit la résistance : portraits
d'Afro-Américains),
évoque l'histoire personnelle et les victoires,
remportées à dur prix,
d'éminents Afro-Américains qui depuis 150 ans
aident à façonner le
quotidien de leur nation, et retrace l'histoire des
États-Unis à partir
du vécu de personnes qui ont souffert de la discrimination,
de
l'oppression et de l'injustice.
Selon la
responsable de
l'exposition, Mme Deborah Willis, malgré les
progrès qui ont été faits
depuis plusieurs dizaines d'années, les images de la
« résistance »
continuent encore aujourd'hui à mettre les
États-Unis au défi de
respecter les idéaux élevés qu'ils
professent.
Les portraits
d'abolitionnistes, d'artistes, d'écrivains, de chercheurs,
d'hommes
d'État, d'athlètes et de vedettes opposent le
thème de la
« résistance » aux
stéréotypes négatifs dont font l'objet
les
Afro-Américains. La résistance, a
expliqué Mme Willis à l'USINFO,
« ne
se caractérise pas simplement par une lutte physique, elle
se traduit
aussi par des images visuelles ».
Pour
l'instant, c'est la National Portrait Gallery
qui abrite l'exposition car le Musée national de l'histoire
et de la
culture afro-américaines, dont le Congrès a
autorisé la création en
2003, n'a pas encore été construit. En attendant
que le nouveau musée
ait son site officiel sur le Mall (la grande
esplanade
centrale) de Washington, cette première exposition donne un
aperçu de
la façon dont les responsables du musée s'y
prendront pour faire la
lumière sur l'expérience des
Afro-Américains.
Selon Mme
Willis, la réponse à l'exposition a
été « extraordinairement
positive ». « J'ai
reçu un grand nombre de courriels de la part de gens
qui l'ont vue me remerciant de leur avoir fait connaître des
personnages dont ils ignoraient l'existence. Certains jeunes m'ont dit
qu'ils avaient le sentiment d'avoir de grandes lacunes dans leur
éducation », a-t-elle dit, soulignant sa
surprise face aux réactions.
« Paul
Robeson (fils d'un artiste, comédien, et militant bien
connu) m'a dit
qu'il n'avait jamais vu cette image de son père (...) Des
gens à
l'étranger qui ont vu l'exposition m'ont
contactée (...) Les images du
mouvement en faveur des droits civiques ont ému les Polonais
car le
militantisme afro-américain a eu des effets sur leur propre
mouvement
en faveur de la démocratie », a-t-elle
expliqué, faisant observer que
« l'attrait des histoires personnelles transcende la
race, la culture
ou la nationalité ».
Les
photographies datent de 1856 à 2004, la plus ancienne
étant un portrait de Frederick Douglass, abolitionniste du
XIXe
siècle dont les yeux perçants
reflètent le tempérament fougueux et
attestent du bien-fondé de son surnom :
« Le lion d'Anacostia »
(Anacostia est un quartier de Washington où Frederick
Douglass avait
acheté une propriété en 1877 qu'il
baptisa « Cedar Hill » et qui
figure
aujourd'hui sur la liste des sites nationaux historiques
afro-américains).
L'exposition comprend une photographie de
Mme Sojourner Truth, une contemporaine de Frederick Douglass qui s'est
battue pour l'abolition de l'esclavage et pour les droits de la femme
et qui, par sa façon de s'habiller, semblable à
celle extrêmement sobre
des femmes de la secte des
« Quakers », communiquait la
respectabilité
et le sérieux aux interlocuteurs de l'époque qui
astreignaient les
femmes à respecter des normes sociales qui ne s'appliquaient
pas aux
hommes.
Sur une photo
sépia, l'auteur, éducateur et militant
W.E.B. Du Bois est montré de profil, pensif, contrairement
à Paul
Robeson qui, sur sa photo, regarde directement l'objectif.
L'exposition
comprend une variété de photos, certaines sont
des portraits pris en
studio par des photographes professionnels, d'autres prises sur le vif
telles celle de la soprano Jessye Norman la montrant en train de
chanter les yeux clos s'accompagnant d'un grand geste de la main. La
photo du musicien de jazz Louis Armstrong a saisi le sourire qui le
caractérise et le montre en train de jouer de la trompette
entouré de
son orchestre. La photo du danseur et chorégraphe Gregory
Hines est une
étude d'harmonie le montrant pirouettant devant une toile de
fond unie.
Les pionniers du mouvement en faveur des droits civiques n'ont pas
été
oubliés, et l'on remarque notamment les photos de Martin
Luther King,
de Rosa Parks et de Malcom X.
Dans toutes
ces photographies, a
précisé Mme Willis, les
Afro-Américains donnent d'eux l'image sans
retouche qu'ils souhaitent montrer à l'observateur et non
pas celle,
guindée, à laquelle la
société pourrait s'attendre. Les photos
créent
ainsi « un portrait d'une famille prestigieuse et
puissante qui a
résisté aux stéréotypes du
temps ».
Lorsqu'on
regarde les
photos « glamour » des actrices
de cinéma Dorothy Dandridge et Lena
Horne, par exemple, personne ne peut douter que
l'Afro-Américaine est
tout aussi séduisante que la femme blanche. Dans ces
photographies, a
indiqué Mme Willis, « la
beauté est une déclaration
politique ».
Certaines
de ces photos sont les favorites de Mme Willis, notamment celle du
politicien Adam Clayton Powell et du militant en faveur des droits
civiques Stokely Carmichael pris en pleine conversation dans un couloir
d'un édifice du Congrès. Les deux hommes sont
à l'aise et souriants :
M. Powell, le député, et M. Carmichael, bien plus
jeune, symbolisant
deux générations de la lutte en faveur des droits
civiques.
Une
autre est celle du chanteur Nat
« King » Cole qui le montre en
train de
chanter dans un club de bon ton, à l'aise devant un
auditoire
manifestement fasciné.
L'exposition
a ouvert ses portes le 19
octobre et se terminera le 3 mars 2009. On peut trouver plus
d'informations (en anglais) à propos du Musée
national des
Afro-Américains et de ses activités sur son site
Internet : http://nmaahc.si.edu/
(Les articles
du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des
programmes d'information internationale du département
d'Etat. Site
Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)