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Comment
perdre 76 000 kilos en soixante seize jours
A
32 ans, Sherri Ellis était si obèse qu'elle ne
réussissait pas à parcourir plus de 10
mètres à pied. "Le dimanche, je
partais avec une heure d'avance pour être sûre de
trouver une place de parking
à côté de l'église",
explique cette jeune femme, employée dans un
laboratoire pharmaceutique. Joyce Hawkings, la cinquantaine, allait
encore plus
mal. "J'étais sous insuline, avec une bonbonne
à oxygène et un
déambulateur. J'étais tellement grosse que je ne
réussissais pas à descendre
toute seule du trottoir."
L'existence infernale de ces deux femmes de Philadelphie a
changé du tout au
tout grâce à la croisade antigraisse
menée par le maire, John Street. Depuis
son élection sur les listes démocrates, en
juillet 1999, il s'est promis de
mettre "toute la ville au régime".
"Nous sommes trop gros", tonne le
premier élu. Agé de 57 ans,
M. Street se lève à 4 heures tous les matins pour
faire de la gymnastique. "Pour
être productifs, les gens doivent prendre leur
santé en charge." Afin
de les aider, il sponsorise des pesées publiques
à chaque coin de rue, des
cours (gratuits) de cuisine végétarienne et
macrobiotique, un programme de
télévision consacré à la
santé, sans oublier des séances
d'aérobic improvisées
dans les églises, les bureaux et les hôpitaux.
Cette initiative insolite, qui a fini en une du New York
Times, n'est
que la dernière croisade des maires à la Rudy
Giuliani, bien décidés à changer
non seulement les écoles, les moyens de transport et les
hôpitaux, mais aussi
le style de vie de leurs concitoyens. Mais les habitants de
Philadelphie,
contrairement aux New-Yorkais qui taxent volontiers les batailles
moralisatrices
de Giuliani d'"anticonstitutionnelles", se sont tout
de suite
ralliés à leur maire. Il faut dire que leur
cité affiche des taux d'obésité et
de diabète vertigineux, sans parler des problèmes
cardiaques. Voilà deux ans,
le magazine Men's Fitness l'a élue "ville
la plus grosse des
Etats-Unis".
M. Street a pris le problème à bras-le-corps et
nommé une "Madame Santé
publique". Il s'agit d'une amie d'enfance, Gwen Foster, afro-
américaine
et adventiste comme lui. Le mois dernier, ils ont tous deux
appelé les
habitants à perdre "76 tonnes en soixante-seize
jours".
"Ce n'est pas une trouvaille publicitaire",
explique le Time.
L'obésité est un fléau pour les
Etats-Unis, mais surtout pour la minorité
noire, qui, à Philadelphie, représente 44 % de la
population. Et si la
croisade, officiellement du moins, s'adresse à "toutes
les races et
classes sociales", l'initiative vise surtout les
Afro-Américains, et
notamment les femmes (une sur dix est gravement obèse ; le
taux d'infarctus
mortels chez les Afro-Américaines est quatre fois plus
élevé que chez les
Blanches).
Dans les quartiers noirs, Gwen Foster a organisé des
séminaires pour expliquer
aux habitants l'avantage d'une alimentation
légère et végétarienne.
Bureaux,
églises, hôpitaux et autres structures publiques
offrent des cours gratuits de
fitness qui s'ajoutent aux réductions monstres offertes par
les salles de sport
privées, dont les tarifs sont d'ordinaire prohibitifs.
Une armée de bénévoles aide les plus
paresseux à monter sur la balance. On peut
se faire peser partout : à la mairie, dans les
commissariats, les bureaux, les
magasins, et aussi sur les trottoirs du centre-ville. L'initiative a
néanmoins
suscité les foudres de James Kennedy, conseiller municipal
et ennemi juré de M.
Street, selon lequel ce dernier "ferait mieux de s'occuper de
problèmes
plus sérieux, comme l'immigration et l'exode des classes
moyennes".
Mais le maire a le soutien de millions de femmes qui se
définissaient hier
encore comme "handicapées". "J'ai une
pêche d'enfer, j'ai
perdu 40 kilos", exulte Joyce Hawkings, qui n'a plus besoin
d'insuline, de bonbonne à oxygène, ni de
déambulateur.
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