CHINE-AFRIQUE : Une
coopération qui gêne
La
Chine
selon une formule maintenant consacrée est «
l’atelier du monde », mais elle est en train
également de devenir le bailleur
de fonds du monde. Avec des réserves financières
estimées à 1.300 milliards de
dollars (650.000 milliards de Fcfa) grâce à ses
énormes excédents commerciaux,
l’Empire du Milieu est devenu un interlocuteur incontournable
de la finance
mondiale.
C’est
Beijing qui, à travers les bons du Trésor
américain,
finance le déficit budgétaire des Etats-Unis.
Récemment, la Chine a créé un
fonds d’investissement d’un montant de 200
milliards de dollars et a prêté à la
République démocratique du Congo (Rdc) cinq (5)
milliards de dollars pour
construire 3.000 km de routes, un chemin de fer et d’autres
infrastructures, en
échange de l’exploitation de divers minerais dont
son industrie en plein boom,
a tant besoin. Ce prêt a fait pousser des cris
d’orfraie au Fmi et à une
multitude d’Ong qui ne veulent que « le bien de
l’Afrique », au motif qu’il
s’est fait dans des « conditions opaques
» et contribue au surendettement du
continent.
Si le Fmi
avait par le passé montré sa capacité
de
compréhension des problèmes de
l’Afrique pour lui accorder des prêts judicieux,
qui n’allaient pas plomber son développement
à cause d’un service de la dette
aussi contraignante qu’injuste, on pourrait lui accorder
oreille attentive.
Mais voilà, depuis que l’Afrique est soumise aux
Plans d’ajustement structurel
(renforcé), ses populations se sont appauvries, se soignent
mal, peinent à
éduquer leurs enfants, en un mot vivent mal. Même
si cela n’exonère en rien la
responsabilité des dirigeants africains qui ont
détourné ou mal utilisé
l’argent emprunté. La dette a
été payée depuis longtemps et pourtant
son
service nous empêche de voir le bout du tunnel. Face aux
conditions drastiques
imposées par des institutions comme le Fmi, pour une fois
qu’on peut recourir à
un autre bailleur de fonds aux conditions qui, de toute
façon, seront moins «
dramatiques », pourquoi ne le solliciterait-on pas ?
Pays
dévasté et désorganisé par
plusieurs années de
guerre, la Rdc peut-elle renoncer à un pactole de cinq (5)
milliards de dollars
destiné à sa reconstruction, pour ensuite passer
entre les fourches caudines du
Fmi ?
La
véritable raison qui a fait réagir la
vénérable
institution dont d’ailleurs le nouveau directeur
général reconnaît qu’elle
doit
s’adapter, c’est la peur de voir
l’irruption de la Chine en Afrique combinée
à
une large ouverture des cordons de sa bourse, la marginaliser
à terme et la
faire perdre les fonds énormes qu’elle tire du
continent noir grâce à une dette
élastique qui ne finit jamais, malgré les mesures
cosmétiques prises pour la
réduire.
La Chine,
nous en sommes conscients, n’est pas une
philanthrope ; mais sa coopération semble convenir aux
besoins des pays
africains. Mais on dirait que certains pays d’Occident font
tout pour mettre
les bâtons dans les roues de cette coopération
Chine-Afrique.
Dans un
premier temps, on s’est ému du fait que le pays de
Mao fait peu cas du respect des droits de l’Homme dans ses
relations avec
l’Afrique. Mais de qui se moque-t-on ? Combien de dictateurs
à travers le monde
ont été maintenus contre la volonté de
leur peuple par des démocraties
occidentales ? Dans l’afro-pessimisme ambiant qui
règne en Occident et qui veut
que l’Afrique soit un continent à la
dérive, « non nécessaire à
la marche du
monde », l’intérêt
qu’il suscite de la part de pays d’Asie semble
prendre
certains de court, alors qu’ils croyaient avoir suffisamment
distillé le découragement
chez les Africains pour mieux exploiter leur continent.
L’argutie
du non respect des droits l’Homme n’ayant pas
prospéré, voilà qu’on nous
sort le spectre du surendettement qu’entraîneraient
les prêts chinois. Puisqu’il faut emprunter pour
financer notre développement,
il est légitime si la possibilité est offerte de
choisir le bailleur qui
accorde ses prêts à des conditions plus en accord
avec les capacités de nos
économies et qui ne nous met pas dans une camisole de force,
avec des conséquences
sociales insupportables. Certes, il ne s’agit pas de tourner
le dos aux
institutions financières internationales car leur soutien
accompagné d’une
politique de bonne gouvernance est très utile, sans compter
le rôle de
régulation qu’elles jouent au niveau mondial. Au
constat, après le Japon,
traditionnellement présent, la Chine n’est pas
d’ailleurs le seul pays d’Asie à
s’intéresser à l’Afrique.
Dans une moindre mesure, mais le mouvement devrait
aller crescendo, on peut citer l’Inde, la Corée du
Sud, le Pakistan...
Des pays
d’Amérique du Sud avec à leur
tête le Venezuela
ont agité récemment l’idée
de mettre en place leur propre fonds monétaire
international pour se soustraire des contraintes des institutions de
Bretton
Woods où les pays ne sont pas toujours
représentés à la hauteur de leur poids
économique.
Il semble que
la même idée germe en Asie. Si notre
continent n’est pas encore assez riche et assez
organisé pour suivre le même
chemin, en attendant que cela soit faisable, il pourrait au moins avoir
plusieurs choix possibles pour emprunter.
La
raréfaction prévisible de sources
d’énergie comme le
pétrole et les cours toujours en hausse de métaux
stratégiques dont l’Afrique
regorge ont replacé notre continent, même si
certains refusent de le reconnaître,
au cœur de la Mondialisation, si toutefois il l’a
une seule fois quitté. Les
pays pétroliers comme le Nigeria, l’Angola, la
Libye et miniers comme la Rdc,
le Gabon et même le Sénégal pour ne
citer que ceux-là font l’objet d’une
certaine sollicitude de la part de grands groupes industriels
internationaux
parfois prêts à surenchérir pour
remporter des contrats.
Notre
continent est au cœur de la géopolitique mondiale
des matières premières. Il lui revient maintenant
de tirer le meilleur profit
de cette situation en ne se limitant pas seulement à
l’exploitation des ses
ressources naturelles, mais en enclenchant un véritable
processus
d’industrialisation par une transformation sur place et la
fabrication de biens
de substitution.
PAR IBRAHIMA MBODJ
source