Claudia,
Suissesse et Miss de beauté noire
La
Suisse est passée près d'avoir sa première Miss de
beauté noire. La
Zurichoise Claudia Wambululu s'est finalement classée
deuxième dauphine.
Pas
élue, la jeune femme n'en est
pas moins un parfait exemple de la Suisse multiculturelle qui se moque
de certains moutons!
Elle vient chercher la visiteuse à l'arrêt
de bus, la grande (1m 84)
et belle Claudia Wambululu, Helvéto-congo-ougandaise de 23 ans.
Sa
presque victoire au concours de Miss Suisse ne lui est pas
montée à la
tête. Son village, Rorbas, 4000 habitants non loin de
l'aéroport de
Kloten mais en pleine nature, elle continue à l'adorer.
La
spontanéité, la légèreté, le bonheur
collent à la deuxième dauphine de
Miss Suisse, qui n'en revient toujours pas de son classement. Pour le
jury professionnel, elle était même première. Mais
les téléspectateurs
ont en décidé autrement.
Le
livreur en camionnette qui demande son chemin ne sait pas qu'il parle
à
une presque reine. Claudia, qui ne connaît pas la rue
recherchée, lâche
en zurichois, mi-rires mi-juron: «O sch...[oh m...], incroyable,
je
devrais savoir!»
Famille d'accueil, discrétion
Claudia
Wambululu reçoit chez elle, jolie veille petite ferme où
elle vit
depuis l'âge de deux ans, chez ses deuxièmes parents, des
parents
d'accueil. Sa sœur, plus jeune d'un an, a déménagé
il y a peu et deux
plus grands enfants sont déjà loin.
Quand
on lui demande son parcours, elle ne parle pas d'Afrique, mais
énumère,
en züritüütsch, le groupe de jeu pour petits,
l'école enfantine, les
noms des écoles locales. Pas de doute, la future star du
«catwalk»
(c'est son rêve) vient bien d'ici!
D'origine
congolaise par son père et ougandaise par sa mère,
Claudia Wambululu
est née à Zurich. Elle a toujours continué
à voir son papa et sa maman,
s'est rendue souvent dans le pays maternel, mais ne veut pas parler des
circonstances qui ont fait qu'elle ne vit pas avec eux. «C'est
leur
histoire, moi je suis née et j'ai grandi ici», dit-elle.
Parfaitement intégrée
«J'ai
quatre parents et deux origines, je porte les deux
mentalités»,
explique-t-elle. Ce samedi, elle est invitée à la grande
fête annuelle
des Ougandais, où elle rencontrera des officiels. Oui, si on le
lui
demandait, elle pourrait s'imaginer représenter ses pays
d'origine.
Contrairement
à de nombreux téléspectateurs déçus,
la jeune femme ne pense pas avoir
été victime d'a priori négatifs lors de la finale.
«Si la Suisse
n'était pas prête à avoir une Miss noire, je
n'aurais pas été parmi les
seize finalistes! Les gens aimaient mieux Amanda [Ammann,
lauréate,
ndlr], c'est tout», répète-t-elle.
Parfaitement
intégrée – quoique la question soit presque saugrenue
puisqu'elle est
née ici –, elle a déjà eu droit à des
remarques désagréables, dans le
bus par exemple. «Mais pas plus que d'autres étrangers,
quelle que soit
la couleur de leur peau, estime-t-elle. Je ne les écoute
pas.»
«Plus gentil que les moutons...»
Se
disant peu intéressée à la politique, elle a quand
même été surprise
par les affiches de l'Union démocratique du centre (UDC/droite
nationaliste), dans un premier temps, avant de hausser les
épaules.
«Pour
les politiciens, il est important de pouvoir susciter l'attention. Mais
je trouve qu'il y a d'autres façons de donner son avis, plus
gentilles
peut-être...»
Son parfait
français, Claudia l'a appris avec deux garçonnets dont
elle a eu la
garde pendant six mois, «merveilleux», au pair, à
Essertines-sur-Rolle.
En six mois seulement?! «J'avais un peu l'oreille grâce
à mon papa,
mais surtout on a les cours de français à l'école,
quand même!»
Claudia
Wambululu, aux origines africaines, a grandi au bord de la jolie
rivière Töss: la défense de l'apprentissage des
langues nationales à
l'école, symbole même du multiculturalisme helvète,
ne passe pas
toujours là où on le pense!
swissinfo, Ariane Gigon, Rorbas près de Zurich