|
 |
|
|
La guérilla aux portes de Paris
La
banlieue nord de
Paris connaît actuellement un
embrasement sans précédent. Il n’y a
aucun précédent car, cette fois, la
violence exprimée à l’égard
de la police est extrême et les jeunes recherchent
tous les politiciens de la région pour les lyncher.
D’emblée, le commissaire de
police de Sarcelles, la ville voisine, a été
sérieusement frappé au visage et
soixante policiers ont été blessés la
nuit dernière dont cinq grièvement. Il
semblerait que l’usage d’armes à feu
leur interdise l’entrée de la cité. Il
s’agit d’une véritable
guérilla.
Je connais
très bien Villiers-le-Bel puisque je viens d’y
être candidat aux élections
législatives - sans investiture et sans moyens - et
que rien ne m’interdit d’y être
à nouveau candidat - pourquoi pas avec des
moyens, cette fois ? - puisque une nouvelle élection doit y
avoir lieu dans
quelques semaines après la démission de Dominique
Strauss-Kahn, le milliardaire
parisien " de gauche" qui a été élu
contre moi le 17 juin dernier.
Car personne, non personne, ne dit que l’homme politique
responsable de cette
zone de non droit et du climat insurrectionnel qui y règne
s’appelle Dominique
Strauss-Kahn et qu’il a fui sa circonscription voici deux
mois pour devenir
directeur général du FMI. Le fonctionnaire le
mieux payé de Washington. Les
jeunes «noirs» de Villiers-le-Bel, où il
avait pourtant son bureau en tant que
président de la communauté de communes du Val de
France, désormais c’est bien
loin pour lui. Strauss Kahn a passé la main à
François Pupponi, maire de
Sarcelles, un partisan du communautarisme qui se dit lui aussi de
gauche, mais
qui passe son temps à faire la fête à
Paris en payant ses additions dans les
restaurants et les hôtels chics avec une carte de
crédit à son nom dont les factures
sont réglées par la SEM Chaleur, la
société chargée de chauffer les
immeubles
de Sarcelles...
C'est du joli pour un
haut-fonctionnaire des impôts. Au
début de ma campagne - il y a un an - le chauffage,
justement, était en panne
depuis trois jours alors qu’il gelait. Les gens, transis de
froid, étaient
dehors. De jeunes enfants sanglotaient. Alors, certains habitants sont
allés
voir le maire pour lui demander d’intervenir. Il a fait
répondre qu’il n’était
pas compétent. Sans doute était-il
occupé à Paris à taquiner les jolies
filles
du café de Flore, comme je l’ai vu faire de mes
yeux, ou à donner des dîners au
restaurant L’Etoile. Quand on demande à Pupponi ce
qu’il fait à Paris à boire
des coupes de champagne au café de Flore, alors
qu’il est maire de l'une des
villes les plus pauvres de France, il répond qu’il
n’y a jamais mis les pieds.
Car François Pupponi, non seulement est un jouisseur, mais
c’est surtout un
menteur. Et c’est cet homme là, listé
parmi les habitués du café de Flore
invités par le patron à fêter la
victoire de Nicolas Sarkozy en juin dernier,
qui a été investi par le parti socialiste
français pour devenir député de
Villiers-le-Bel! On peut comprendre, dans ces conditions, que les
habitants,
dégoûtés de la politique, au lieu
d'aller voter, soient conduits au désespoir
et qu’on en arrive à une véritable
situation de guerre civile.
Que s’est-il
réellement passé à Villiers-le-Bel ?
Selon la
presse mainstream, des « jeunes» ont
percuté accidentellement une voiture de
police mais aucune responsabilité policière ne
serait a priori engagée.
Pourtant, certains proches des familles de victimes ou des
témoins du drame,
ont une version bien différente. Dimanche après
midi 25 novembre, des jeunes
Français d’origine africaine s’amusent
avec des motos. Je les ai souvent vu
faire. Que pourraient-ils faire d’autre un dimanche
après-midi dans une ville
comme Villiers-le-Bel ? La police intervient pour leur demander
d’arrêter. A
Villilers-le-Bel, comme dans d'autres villes du monde, les jeunes
"noirs"
ont peur des policiers "blancs". Deux gamins, effrayés,
prennent la
fuite sur une petite moto. Ils n’ont pas de casque. Le
conducteur est un jeune
Français d’origine malienne. Le passager est
d’origine marocaine. Ils ont
quinze ans et ils vont mourir. D’habitude, les journaux
français comme Le Monde
ou Libération, dont certains journalistes se
déclarent favorables au comptage
raciste de la population française disent : «un
jeune noir» mais là ils ne
diront rien. Une course poursuite s’engage. Les jeunes
accélèrent, accélèrent
encore. Une seconde voiture de police se présente face
à eux pour leur barrer
le passage. Le jeune pilote ne peut freiner et la percute de face. Le
choc est
d’une violence extrême. Les deux corps sont
déchiquetés. Certaines personnes disent
que les policiers auraient abandonné et la voiture et les
corps inanimés des
deux adolescents. D’autres affirment que les pompiers
auraient mis plus d’une
heure à intervenir. Parmi les camarades des deux jeunes, la
colère monte et
c’est l’embrasement.
Villiers-le-Bel,
c’est Cité Soleil version française.
Villiers-le-Bel, c’est l’exemple typique de la
politique raciste menée depuis
des années par la plupart des politiciens
français, de droite ou de gauche, qui
fréquentent les mêmes restaurants, couchent avec
les mêmes maîtresses,
partagent la même langue de bois, le même
mépris, le même dégoût pour
les
«noirs» et les «arabes».
Villiers-le-bel, c’est un véritable ghetto, une
cité-poubelle réservée, comme
Sarcelles ou Garges-les-Gonessse, aux Français à
la peau noire ou aux Français musulmans, ceux dont on ne
veut pas ailleurs,
ceux qui font peur aux racistes, ceux qui ne sont rien, qui
n’ont droit à rien.
Quand on les voit à Paris, les journalistes parlent de
«bandes ethniques». La
bas, sous les pistes d’atterrissage de Roissy et du Bourget,
les immeubles,
inhumains, sont dans un état
d’insalubrité notoire. Mais il y a à
Villiers-le-Bel une autre particularité : la cité
jouxte Arnouville, une
bourgade coquette formée de pavillons souvent
gardés par des chiens et habitée
majoritairement par des Français «pure white
» comme disent dans leurs fichiers
les entreprises favorables au comptage raciste. Le rôle de la
police, et
notamment la police du commissariat voisin de Gonesse, est, comme on
s’en
doute, de protéger les «pure white»
d'Arnouville des "sauvages" du
ghetto. Le seul rapport que j’aie eu –
indirectement - avec ce commissariat est
éloquent. Pendant la campagne électorale, un de
mes supporters, chargé de
coller nuitamment mes affiches à Arnouville, a
été délibérément
suivi par une
voiture de police de Gonesse qui l’avait
repéré à cause de la couleur de sa
peau. Lors des campagnes électorales, on colle souvent des
affiches en dehors
des panneaux électoraux. Mon supporter
s’arrête donc à un endroit où
des affiches
de tous les candidats venaient d’être
apposées. La police, qui n'aurait
sûrement rien dit aux partisans de Dominique Strauss Kahn,
lui demande ses
papiers. Pas de chance, non seulement il est en règle, mais
il est français.
C'est un ingénieur en informatique qui s'exprime mieux
qu'eux en français.
Contrôle tatillon du véhicule. Les policiers sont
contents, sa carte grise est
périmée. C’est bénin, mais
on la lui confisque. On l’accuse d’avoir
collé une
affiche à un endroit interdit. C‘est faux
puisqu’il n’a encore rien fait. Mais,
pour eux, c’est un «noir» qui colle les
affiches d’un autre « noir ». Eux sont
"blancs", ils ont raison d'avance. Les policiers, en toute
illégalité
lui prennent une affiche qui me représente et s’en
vont. Pour l’afficher dans
leur bureau et lancer des fléchettes sur ma photo tout en
buvant des bières ?
Bien qu’il n’y ait aucun motif de poursuite, les
tracasseries et les
convocations au commissariat de Gonesse n’ont toujours pas
fini pour le
malheureux colleur d’affiches.
Lors des
dernières élections, l’UMP, le parti de
l’actuel
président, avait présenté Sylvie
Noachovitch, une avocate et animatrice de
télévision dont le profil ne collait vraiment pas
à la réalité de la
circonscription. Selon un hebdomadaire, Sylvie Noachovitch aurait
exprimé à
Paris, en petit comité, la profonde répugnance
que lui inspirent les « noirs et
les arabes ». L’information a
été révélée
quelques jours avant le second tour
des élections. Noachovitch laisse entendre que
c’est son propre parti qui a fait
le coup. Toujours est il que cette «
révélation » a permis à
Strauss-Kahn
d’être réélu. Sylvie
Noachovitch nie formellement avoir tenu de tels propos.
Peut-être, en effet, ne les a-t-elle jamais tenus. Il
n’empêche : la nomination
de Strauss-Kahn au FMI vient d’obliger le
député de Sarcelles et de Villiers le
Bel à démissionner de
l’assemblée nationale. Il va y avoir un nouveau
scrutin.
L’UMP se serait empressée de désigner
une fois de plus Sylvie Noachovitch comme
candidate. Qu’elle ait tenu ou pas les propos qu’on
lui prête, elle passe pour
une raciste affichée aux yeux d’une bonne partie
de la population de
Villiers-le-Bel et des environs. Cette désignation de Sylvie
Noachovitch par le
parti du président de la République, si elle est
confirmée, est comme un baril
d’essence répandu sur un incendie. Rien
qu’à cause de cela, les choses ne
peuvent qu’empirer.
Une partie de la presse
française semble, par crainte du
pouvoir, vouloir dissimuler ce qui se passe vraiment à
Villiers-le-Bel. Quelle
que soit la responsabilité des policiers qui ont
tué deux jeunes en les
percutant avec leur voiture, les événements qui
enflamment à nouveau la
banlieue sont incontestablement des événements
liés au racisme qui, à
Villiers-le Bel comme ailleurs, oppose une police perçue
comme étant au service
d’un communautarisme «blanc» à
une jeunesse de l’immigration africaine pour
laquelle la France n’a prévu aucune place, si ce
n’est dans les ghettos, les
prisons où les charters d’expulsion. Car il y a
une vérité qu’aucun journaliste
français n’a encore osé
écrire : les deux jeunes que les policiers ont
tué
n’étaient pas blancs de peau, comme le sont la
plupart des journalistes et des
policiers.
Lorsque,
début 2006, la moto du jeune Cédric Annicette
percutait accidentellement le gendarme Clin dans
l’île de Saint-Martin
(Guadeloupe) et causait sa mort, l’intellectuel raciste
Finkielkraut, qui
cautionne et attise les préjugés des
élites, accusait les spectateurs présents
lors du drame, parce qu’ils étaient «
noirs», de s’être réjoui de la
mort d’un
« blanc » et d’avoir ainsi commis un
"lynchage passif digne du Ku Klux
Klan". Le même Finkielkraut m’accusait, moi,
d’être responsable de ce «
lynchage » parce que, dans un livre, j’avais
comparé Napoléon à Hitler. Et
aujourd’hui qu’une voiture de police tue deux
jeunes « non-blancs », s’il est
vrai, comme on le murmure, que les policiers
«blancs» ont quitté les lieux sans
s’occuper des corps déchiquetés de deux
adolescents, que doit-on dire de ce qui
s’est passé à Villiers-le-Bel ?
|
|