pyepimanla





accueil
Accueil actualites
Actualités forum
Forum annonces
Annonces archives
Archives

Haine de soi  en  protestation  de l’autre !

Et je lève ma force inclinant ma face…
(A Césaire)

De cela il y a quelques années, la presse nous donnait à lire qu’un Antillais d’origine haïtienne s’en était pris  à coups de hache à d’autres Noirs dans les transports en commun.  Les psychiatres  expliquèrent  que l’agresseur avait rendu responsable ses victimes (hommes et femmes noirs) des vexations  et discriminations qu’il subissait au quotidien, ce à cause de sa couleur de peau. Pour résoudre son problème, la solution apparut, fut celle d’éliminer ses pareils à lui-même, afin de mettre fin à ses affres et obsessions.

Les agressions racistes que subissent les Nègres et Négresses, « euphémisées » sous le terme de discriminations et d’injustices, une atténuation ne changeant pas la réalité raciste de  bon nombre de pays occidentaux, qui pour la plupart ont intériorisé l’infériorité du noir et l’ont relégué dans des marges (conditions sociales difficiles, chômage, précarité, logement déplorables, exclusion…)  ne sont pas sans conséquence sur les relations sociales entre les populations, sur le climat social et  sur leur santé mentale.

Vivre dans la haine de l’autre ou dans son exclusion est contaminant, participe à la déshumanisation du raciste, mais va bien au-delà, car c’est toute la société qui se retrouve viciée, gangrenée. L’Homme étant capable de remords doit en permanence trouver des justifications morales à son attitude « discriminatoire » en  réduisant l’autre à une chose, à un animal, à un étranger à soi, le dévaloriser en le nommant racaille, voyou, voleur, vermine afin de se conforter dans son humanité. Il est pleinement humain et l’autre est dénié de son humanité, déchu de cette condition, ce pour maintenir ce semblant de normalité dans sa société, qui est parcourue de tensions,  de révoltes, c’est une société qui tendra à  devenir insécure et violente.  

La victime de ce racisme besogne le tragique  dans son espace intime : entre haine, ressentiment, colère, frustration, perte de chance  altèrent progressivement son équilibre mental  et  le discriminé ou le racisé se repense au travers du regard de l’autre, au travers du regard du dominant, du discriminant, du raciste. En fait, il se pille de l’intérieur, ce qui conduit inévitablement à une déstructuration de soi.

Progressivement  ces hommes Noirs et Arabes rasent les murs le dos voûté, le regard fuyant,  leur voix  ne se faisant qu’à peine audible, ils ont admis leur « inutilité » dans ce monde  ou se sont réfugiés dans la religion ou dans la sphère intime,  ils n’existent plus dans leur entièreté et leur plénitude d'être humain.

Certains se laissent mourir,  d’autres se complaisent dans l’alcool ou dans les drogues. Le suicide (conscient ou inconscient) apparaît  pour beaucoup comme une échappatoire à ces tensions qui les minent et les détruisent, mais peu ont recours  à cette forme de suicidetelle cette femme : Maggy Delvaux Mufu, mère de trois enfants, la quarantaine  qui dans le centre ville du Luxembourg s’est immolée  au milieu de la place d’Armes en protestation contre le racisme.

congolaise qui s'immole
congolaise qui s'immole
congolaise qui s'immole

La presse luxembourgeoise relate, l’évènement, mais on perçoit une colère dans la plume du journaliste, car mettant l’accent sur le traumatisme que cette immolation  fait subir aux honnêtes commerçants, acheteurs et employés de bureau du centre ville, témoins de la scène et demande avec véhémence qu’une aide psychologique leur soit accordée.

Explicitement, il est reproché à cette femme d’avoir choisi ce lieu pour son « rendez-vous macabre » sur la place des Martyrs, cette femme ayant profité de la présence « des journalistes venus couvrir une manifestation organisée par le Mouvement écologique  sur la Place d'Armes, en face » pour mettre son plan à exécution : se verser l’essence sur le corps, puis craquer l’allumette, s’embraser comme une torche a la vue d’une centaine de personnes.    

Son mari et des passants ont  réussi à étouffer les flammes qui lui ravageaient le corps avec leur manteau et veste.

Les secours l’ont « transporté à l'hôpital Bon Secours de Metz, où elle a été traitée dans un quartier spécialisé pour les brûlures.  Elle s’est battue pour sa vie. » Depuis elle est Morte.

Paix à son âme !

Tony Mardaye