Les
Haïtiennes enceintes sont confrontées à
de grandes
difficultés à la frontière
Anse-à-Pitre/Pedernales
Florida
a enfin accouché
au Centre de
santé d’Anse-à-Pitre
(sud-est d’Haïti), après avoir
été en travail pendant quatre jours.
Le jour
suivant, visiblement fatiguée, elle se trouve
déjà
à Pedernales, ville dominicaine frontalière
d’Anse-à-Pitre, accompagnée de son
mari, Pierre Jackson, qui tient entre ses bras le
nouveau-né, et soutenue par
deux proches parents. Les cinq attendent une voiture qui doit les
conduire à
Boucan Guillaume, en passant par l’intérieur de la
ville de Pedernales, afin
d’éviter les mauvaises routes de
Anse-à-Pitre.
Florida a
présenté des complications dans son
accouchement. Elle a été conduite par son mari
à l’Hôpital de Pedernales où
les
médecins dominicains ont refusé de lui donner des
soins médicaux parce qu’
« elle n’a pas de documents migratoires
légaux », rapporte Jackson à
AlterPresse.
Le jeune
époux, âgé de 23 ans, s’est
vu obligé de revenir
avec elle au Centre de santé de Anse-à-Pitre, qui
ne dispose ni de personnel
adéquat ni d’infrastructures
spécialisées pour faire face à ces
complications
dans l’accouchement. Avec l’aide des
infirmières (puisqu’il n’y a pas eu,
comme
à l’accoutumée, de médecins
sur place), Florida a eu enfin son bébé
après
quatre jours de douleur, de désespoir et de
détresse.
L’histoire
de Florida, originaire de Boucan Guillaume
(localité d’Anse-à-Pitre), est
semblable à celle de beaucoup de femmes
enceintes haïtiennes vivant dans les zones
frontalières. N’ayant pas accès
à
des soins de santé et vivant dans la
précarité, plusieurs d’entre elles
fréquentent des hôpitaux dominicains frontaliers
quand elles sont sur le point
d’accoucher. À ce stade, leurs situations de
santé sont déjà très
critiques,
avec des « niveaux d’anémie
très élevés »,
« des problèmes de
tension artérielle, hémorragie et
malnutrition » et d’autres complications,
selon les témoignages recueillis par AlterPresse.
Cependant,
dans le cas de Pedernales « près de 75%
des Haitiennes enceintes (qui arrivent en situation critique) ne sont
pas
reçues à l’Hôpital de cette
ville dominicaine parce qu’on leur exige de
présenter des documents (un passeport muni de visa ou une
carte de résidence
dominicaine) qu’ils ne possèdent
pas », a révélé
à AlterPresse, Julio
César Brito, membre de la Croix Rouge Dominicaine de
Pedernales ayant travaillé
pendant 23 ans dans cette organisation humanitaire.
Originaire de
Pedernales, Brito a souligné que, dans
beaucoup d’autres cas, les docteurs refusent
d’ausculter les patientes
haïtiennes en pleine ceinture parce que le problème
de santé que celles-ci
présentent dépasse les compétences de
l’Hôpital de Pedernales.
La Croix
Rouge Dominicaine aide généralement ces femmes en
difficulté à se rendre à
d’autres hôpitaux mieux
équipés à Barahona, à Azua
et
à Santo Domingo, afin de recevoir les soins
appropriés, s’est-il
félicité.
Selon les
résultats d’une enquête qui a
été réalisée à
Barahona en décembre 2005, « 35
bébés qui sont nés chaque mois
à l’Hôpital
régional Jaime Mota (situé dans cette ville
dominicaine) sont haïtiens ».
Les
autorités dominicaines avaient annoncé
qu’elles
allaient prendre des mesures pour faire diminuer ce chiffre trop
élevé qui
représente une part importante dans les dépenses
publiques de ce pays.
Au contraire,
à l’instar de Julio César Brito, des
citoyens dominicains et dominicaines appartenant au Réseau
Frontalier Jeannot
Succès (autrefois, Réseau Binational Jeannot
Succès) plaident pour que le
personnel des Hôpitaux publics de leur pays offre des soins
médicaux aux
citoyens haïtiens et haïtiennes, principalement les
femmes enceintes en
situation critique et ce, en vertu du droit à la vie qui est
un droit
fondamental de tout être humain.
Par ailleurs,
des citoyens et citoyennes d’Anse-à-Pitre,
qui ont été interrogés par
AlterPresse, demandent aux autorités locales et
centrales de leur pays de mieux équiper le centre de
santé de cette ville et
d’y envoyer des médecins afin d’assurer
des services de santé à la population.
Par
Wooldy Edson Louidor