Passer
des jours sans manger, ce n’est pas une situation
exceptionnelle pour
de nombreuses personnes à Port-au-Prince et dans
d’autres régions du
pays, selon les témoignages obtenus par l’agence
en ligne AlterPresse.
L’accès
à la nourriture se fait difficile à un point tel
qu’il est considéré comme un
« luxe ».
Il
y a quelques semaines, le prix de la
farine de blé a augmenté de plus de 25%,
provoquant le mécontentement
de vendeuses de pain dans les marchés publics ainsi que de
nombreux
consommateurs. La vente de pain a baissé, ainsi que celle de
plusieurs
autres produits de première nécessité.
Le
pain est considéré comme un aliment
de base en Haïti, où plus de la moitié
de la population (actuellement
environ 9,6 millions d’habitants) ne peut pas se procurer la
ration
alimentaire minimale de 225 Kg par année.
En
Haïti, “manger est un luxe”, affirme la
Plate-forme des organismes haitiens de défense des droits
humains (Pohdh).
« La
majorité des produits de
consommation, tels le maïs, le riz, l’haricot, le
sucre, les légumes,
le fromage, les fruits, la viande de boeuf ou de chèvre, le
poisson, le
lait, ne sont pas accessibles aux petites bourses en raison de leur
coût élevé sur le
marché », souligne la Pohdh.
Selon
le Document de stratégie
nationale pour la croissance et la réduction de la
pauvreté (Dsncrp),
en processus de finalisation, « 27% des enfants
(d’Haïti) souffrent de
carence alimentaire », un problème qui
affecte majoritairement les
zones rurales, précise le document.
Jean
Robert Simonise, membre du
Secrétariat technique du Dsncrp, soutient qu’
« il faut créer des
richesses et stimuler la croissance » pour pouvoir
sortir Haïti de
cette situation, résultant de 25 années
consécutives de baisse de la
production nationale, alors que la population n’a pas
cessé de croître.
Une
des périodes les plus marquantes de la crise
haïtienne a été en 2004,
lorsqu’il y a eu une croissance de -3,5%.
Les
autorités espèrent, pour cette
année 2007, une croissance de 4% du Produit
intérieur brut
(Pib)/habitant, actuellement évalué à
1742,00 dollars US.
Mais,
ces chiffres ne reflètent qu’une
moyenne et non la situation réelle, puisque Haïti
est cataloguée comme
le pays le plus inégalitaire de la planète. La
moitié des richesses est
concentrée entre les mains de 10% de la population et 70%
des Haïtiens
sont considérés comme pauvres ou vivant au
dessous du seuil de la
pauvreté.
« Sur
chaque 10 personnes, on estime
que 7,6 sont pauvres, ne disposant que de 2 dollars par personne et par
jour », précise une étude
officielle.
Le
taux de mortalité maternelle est de
630 pour 100.000 et celui de la mortalité infantile de 57
pour 1.000,
les plus élevés de la région
latino-américaine et caribéenne, alors que
l’espérance de vie est de 52 ans.
L’économiste
Rémy Montas, ancien
responsable de la Banque Centrale, estime que cette situation est le
résultat de
« l’inefficacité »
des modèles de développement appliqués
durant des années en Haïti et qui n’ont
pas contribué à améliorer les
conditions de vie de la population.
Montas
préconise le changement de ce
modèle pour pouvoir atteindre en 2015 les Objectifs du
millénaire pour
le développement (OMD), sur lesquels les
autorités haïtiennes se sont
engagées. Parmi ces objectifs, figure la
réduction de moitié de la
pauvreté. [gp apr 16/10/2007 16:20]