Port-au-Prince
peut-il être
sauvé ?
Sur
chaque dix membres de la
population haïtienne,
six vivent en milieu rural. Les statistiques montrent toutefois que le
taux
d’urbanisation est en augmentation constante. Dit autrement,
la population des
villes ne cesse de croître.
Le recensement (de population)
réalisé par
l’Institut Haïtien de Statistiques (IHSI) en 2003
montre que sur chaque dix
Haïtiens, quatre vivent dans les villes. Par rapport aux
autres départements,
l’Ouest est devenu une macrocéphalie. Sept
Haïtiens sur dix vivent en effet
dans le dit département.
L’aire
métropolitaine (de Port-au-Prince), qui
comprend Port-au-Prince, Pétion-Ville, Delmas, Carrefour,
Croix-des-Bouquets,
Cité Soleil et Tabarre, est le principal pôle
d’attraction de tous les migrants
du pays.
Comme le souligne le
statisticien-démographe
Jacques Hendry Rousseau, « l’aire
métropolitaine (de Port-au-Prince) se
détache comme une grande agglomération urbaine
ayant des caractéristiques
particulières ».
L’expert du Fonds
des Nations Unies pour la
Population (UNFPA) parle de véritable explosion urbaine.
« On remarque par
exemple à Port-au-Prince une plus forte présence
physique à travers les rues
que par le passé », fait-il remarquer.
Si la population de
Port-au-Prince continue
d’augmenter à ce rythme (4,9% par an), la capitale
haïtienne comptera quatre
millions d’habitants dans les dix prochaines
années. Pour l’ensemble des villes
du pays, le tableau n’est pas moins préoccupant.
Jacques Hendry Rousseau
rappelle que « en
2012, la moitié de la population habitera dans les villes.
Treize ans après,
soit en 2025, la population urbaine (à
l’échelle du pays)
s’élèvera à sept
millions d’habitants ».
Au nombre des
conséquences de cette urbanisation
sauvage, nous pouvons citer la dégradation de
l’environnement, la
multiplication des bidonvilles, le déboisement des mornes,
les amas de fatras
dans les rues, le pullulement des marchés anarchiques et
d’autres activités
informelles, les menaces auxquels sont exposés des membres
de la population en
période d’intempéries.
Au cours des
dernières années, de nombreux Haïtiens
et Haïtiennes ont péri à la suite du
passage sur Haïti de tempêtes et ouragans
divers comme Gordon, Georges, Jeanne et Alpha.
Pour Jacques Hendry Rousseau,
la crise de
l’électricité est liée par
exemple, dans une très large mesure, au processus de
l’urbanisation. Le démographe évoque
aussi le déficit grandissant en matière
d’eau potable, la pression sur le transport public aux heures
de pointe
particulièrement, des gens qui s’amassent dans les
coins de rues pour attendre
le « tap tap »
(véhicule de transport populaire).
« Autant de
signaux qui sont évidents dans
l’aire métropolitaine de
Port-au-Prince… et puis (…) la
dégradation physique de
l’environnement : vous allez voir des tonnes de
fatras sur de très courtes
distances, (…) des poches de pauvreté qui se
développent au niveau de la
périphérie », ajoute Rousseau.
L’avenir
s’annonce sombre si rien n’est fait pour
renverser la tendance.
Pour freiner
l’augmentation (accélérée)
de la
population de Port-au-Prince, Haïti se devrait
d’appliquer une politique de
population axée sur les Objectifs du Millénaire
pour le Développement (OMD), de
réfléchir au développement
d’autres pôles de croissance, de mettre en
œuvre un
programme qui prend en compte les aspects économique,
social, environnemental
et les dimensions liées au transport.
Haïti se devrait
également de mettre en place un
plan d’aménagement du territoire et de doter les
zones isolées (ou enclavées)
d’infrastructures de base en vue d’encourager
l’investissement. [vs gp apr
24/10/07 12:00]
Notes : Pour ce
texte, nous sous sommes
inspirés de documents de l’IHSI, de
l’UNFPA, du RNPD et d’un entretien avec le
statisticien-démographe
Jacques Hendry Rousseau.