Femmes
violée, violentées, battues,
maltraitées, agressées,
abandonnées..., la liste est bien longue des diverses
exactions dont
est victime la gente féminine de par le monde.
Communément appelée «
violences faites aux femmes », le
phénomène de plus en plus répandu et
touche même les mineurs. Partout, des voix
s’élèvent pour barrer la
route à ce qui constitue une véritable atteinte
à l’intégrité tant
physique que psychologique des femmes.
À
la cérémonie commémorative de la
Journée internationale de
l’élimination de la violence faite aux femmes, le
23 novembre au Centre
Multimédia de la MINUSTAH à Port-de-Paix
(Nord-Ouest), une adolescente
émeut la soixantaine de participants.
N. arrive
à peine à se tenir debout. Calmement, elle se
déshabille et l’assistance découvre
avec stupeur les traces des coups
et lacérations faites sur son corps. Son buste
lézardé porte des
marques similaires à celles des lames de rasoir. Tout son
corps
présente des plaies encore vives.
N. est
âgée de 16 ans. Elle a été
battue et violée
collectivement. En effet, huit (8) hommes ont, à tour de
rôle, commis
sur elle la salle besogne. La jeune fille, visiblement très
affectée,
ne prononce aucun mot. Ses malheurs sont expliqués
à l’assistance par
ses parents.
Le cas de N.
est symptomatique de la problématique de la
violence en Haïti. En effet, selon les chiffres de
l’année 2005 publiés
par la « Table de Concertation nationale sur les violences
spécifiques
faites aux femmes et leur prise en charge », 85 % des
victimes de
violence enregistrées dans les centres de santé
sont des femmes. Elles
subissent la violence sous diverses formes : physique, sexuelle,
psychologique et économique. D’après le
même rapport, le type de
violence la plus répandue reste la violence physique, suivie
de la
violence sexuelle.
Une autre
étude, l’« Evaluation de la situation
des femmes dans
le cadre de la violence armée en Haïti »,
réalisée en juin 2006 par le
Bureau des Questions de Genre, de la MINUSTAH et la Section DDR de
MINUSTAH/PNUD, actuelle Section de la Réduction de la
Violence
Communautaire (RVC), la violence sexuelle est inextricablement
liée à
la situation de conflit que connaît Haïti, et les
principaux acteurs
sont les groupes armés opérant sous
différentes identités :« brigades
de vigilance, brigades de quartier, groupes de bandits, Organisations
Politiques, les vagabonds. (...) Les filles et les femmes sont les
principales victimes de ces groupes dans la mesure où le
viol
individuel ou collectif ainsi que le racket des marchandes fonctionnent
comme des moyens de contrôle de la communauté
».
La violence
conjugale est également très présente
dans la
société haïtienne. Elle atteint entre 59
et 68% des cas documentés par
deux organisations féminines haïtiennes, Solidarite
Fanm Ayisyèn (SOFA)
et KAY FANM pour l’année 2005. Selon Marie
Françoise Metellus, du
Bureau des Questions de Genre de la MINUSTAH, « en
Haïti, la violence
conjugale est souvent considérée comme normale
». Pour Mme Metellus, «
lorsqu’un homme bat sa femme, on estime qu’il la
punit d’avoir fait
quelque chose ».
En outre, la
femme n’est pas exempte de violence économique et
psychologique. Alors que dans la majorité des familles
haïtiennes, la
femme assure seule l’entretien de ses enfants (60% des
familles sont
monoparentales), elle est souvent victimes de vols,
d’abandons, et
parfois d’escroquerie de la part même de son
partenaire et père de ses
enfants. «J’ai passé dix ans en
concubinage avec un homme. Nous avons
eu un enfant. Après toutes ces années, il
s’est marié en cachette avec
une autre femme. Quelques jours avant son mariage, il m’a
suppliée de
lui prêter l’argent de mon commerce. Plus tard, il
a refusé de
rembourser sous prétexte que cet argent constitue une dette
pour
services rendus pendant ces dix ans de vie commune», en
témoigne
Onaelle Deaumesor, de l’Association des Femmes Progressistes
de
l’Horobe (AFPH).
Intervenant
sur la question à l’occasion de la
Journée
internationale de l’élimination de la violence
faite aux femmes, la
représentante de l’UNFPA en Haïti, Mme
Tania Patriota, a souligné que
qu’entre 2003 et 2007, le nombre des cas recensés
est en augmentation
sensible dans le pays. Le viol sur mineur est lui aussi en nombre
croissant en Haïti.
Qu’elle
soit physique, sexuelle ou psychologique, la violence
sous toutes ses formes laisse de graves séquelles chez la
victime. Un
suivi médical, juridique et psychologique
s’avère le plus souvent
nécessaire pour éviter le pire. En effet, trop
souvent les victimes
n’ayant pas bénéficié de cet
encadrement se culpabilisent, se sentent
rejetées ou abandonnées et peuvent même
passer au suicide.
En effet,
dans son rapport Bilan 2007, la SOFA note le cas
d’une adolescente de 14 ans agressée physiquement
puis sexuellement par
deux hommes dans la zone de Fort National, à Port-au-Prince.
« La
victime a été sauvagement battue par ses
agresseurs parce qu’elle leur
résistait. Une semaine plus tard, la victime s’est
suicidée, le 2 juin
2007 », rapporte la SOFA.
«
Un des facteurs encourageant ce phénomène est
l’absence de
sanctions à l’égard des auteurs de ce
crime », comme le souligne Mme
Patriota, faisant remarquer que fort heureusement, les victimes sont
plus de plus disposées à témoigner et
à rapporter leur vécu devant les
instances d’évaluation et de prise en charge.
La
prise en charge, fruit des efforts conjugués
En
Haïti, la Concertation Nationale contre les Violences Faites
aux Femmes rassemble divers acteurs impliqués dans la prise
en charge
et l’accompagnement des victimes d’agression
sexuelle. Cette instance,
soutenue par l’UNFPA et nombre d’autres partenaires
internationaux, est
présidée le Ministère à la
Condition féminine et aux Droits des Femmes
(MCFDF). Parallèlement, de nombreuses associations
féminines qui sont à
pied d’œuvre afin que cessent ces actes sauvages
qui constituent un
frein à l’épanouissement des femmes.
«
Nous sommes membres actifs de la Concertation Nationale
contre les Violences faites aux Femmes qui regroupe les principaux
protagonistes autour de la lutte contre toutes les formes de violences
faites aux femmes. Par exemple, à travers la Concertation,
nous
travaillons à renforcer la réponse qui devrait
être apportée par la
Police Nationale d’Haïti (PNH) aux questions de
violence contre les
femmes, surtout l'accueil qui doit être fait aux victimes
dans les
commissariats de police », informe la conseillère
du bureau de la
Parité Hommes/femmes de la MINUSTAH, Nadine Puechguirbal.
Selon Mme
Puechguirbal, son bureau « s'efforce de travailler en
synergie avec ses partenaires de la société
civile et du Gouvernement
par rapport à un plan national de lutte contre les violences
faites aux
femmes ». Au sein de la Mission, d’autres Sections
telles – la RVC,
Protection de l’Enfant, Justice, Droits de
l’Hommes, Communication et
de l’Information Publique, la Police des Nations Unies
(UNPol), etc.-
mènent différentes actions de formation, de
sensibilisation et
d’éducation en faveur d’une
réduction du phénomène et
d’une meilleure
prise en charge des victimes.
Victimes
de violence physique ou psychologique, les femmes
concernées semblent, de façon progressive,
éloignées de leur rôle
traditionnel en tant que membres de la société.
Il importe, par
conséquente, de les amener à
réapprendre à vivre.
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