Une poupée
vaudou avec vos bananes ?
Jean-Christophe
Laurence
De
prime
abord, l'endroit n'a l'air de
rien. Les
murs sont blancs, il y a des néons et les étagères
semblent plus ou
moins garnies. Situé boulevard Pie-IX, le Carnaval des Antilles
n'est
pas sans rappeler toutes ces petites épiceries exotiques, qui
tiennent
les produits de base pour accommoder leur communauté.
Mais plus on explore, plus ce
mini-marché révèle ses secrets. Et pas n'importe
lesquels.
En
fait, le Carnaval des Antilles serait plutôt un genre de magasin
général. On y vend de la bouffe bien sûr. Tout ce
qui sert à faire de
la cuisine créole. Du riz, des bananes plantains, des pois, de
la
cassave, des pistaches, du thé haïtien, des noix de coco,
du piment et
des citrouilles vertes pour faire la traditionnelle soupe du jour de
l'An.
Mais on y vend aussi un tas de produits de beauté. Pour elle et
pour lui.
Derrière
la caisse et courant le long d'un mur complet, les
étagères sont
remplies de parfums, de crèmes défrisantes, d'huile
«palma christi»
pour les cheveux, de mèches artificielles, de déodorants
et de savons
éclaircissants pour la peau - un grand succès,
paraît-il. «Beaucoup de
nos clients viennent surtout pour les cosmétiques»,
explique Bernard
André, gérant de la boutique depuis 10 ans.
Selon lui, le marché devait élargir ses activités.
Parce que la bouffe ne suffisait plus à faire rouler la shop.
«Maintenant, même les grandes surfaces tiennent des
produits culinaires
antillais. C'est une grosse concurrence. Il a fallu qu'on
s'ajuste»
Le culte des «loas»
Jusque-là, rien de trop
dépaysant. Le Carnaval des
Antilles est une sorte de Jean-Coutu pour Haïtiens du quartier
Saint-Michel. La différence, c'est qu'au Carnaval, un rayon
complet est
aussi consacré au culte des «loas»,
équivalents vaudouesques de nos
«saints», ou des "orishas" cubains.
Situé au fond à droite, ce
petit rayon religieux est de loin l'attraction principale du magasin.
Plusieurs objets sans signification apparente sont disposés
à vue, et
vendus à des prix ridicules. Des épis de blé
d'Inde séchés, des lampes
à huile ésotériques, des bouts de bois
attachés ensemble, des
bouteilles d'alcool décorées, «pour les
offrandes».
Par terre
dans un panier, on trouve même d'authentiques poupées
vaudou, cousues
avec du tissu et du poil, certaines possédant même un
membre viril!
Pour accompagner le tout, il y a plusieurs petites bouteilles avec des
étiquettes écrites en créole. À part
«Chance» et «Benjoin», on n'y
comprend rien. Mais les noms sont plutôt poétiques:
«Respecté
Capitaine», «Digo le Diable», «Campé
loin», «Crazé rack», «7 bons
d'los», «For vlé» et bien sûr,
«Volé barrière»...
M. André
assure que cette section a sa clientèle. «Les produits
servent surtout
à régler les problèmes au travail et dans le
couple. Mais on sert aussi
pour lutter contre la maladie et les envoûtements»,
précise-t-il.
Mais attention: n'utilise pas qui veut! «Il y a tout un
rituel», souligne le vendeur. «Et il vous faut un
prêtre vaudou...»
Ah bon. Et ça, et on trouve ça où? Dans les
grandes surfaces?
Carnaval des Antilles
8529, boul.
Pie-IX. 514-722-0019
Source
Le samedi 20 oct 2007