Réalité
de désespoir, malgré une accalmie
sécuritaire, dénonce un regroupement national
paysan
Après
plus de 15 mois de gestion d’une nouvelle
équipe à la tête du pays,
malgré une accalmie sécuritaire, la
république
d’Haïti semble plutôt basculer dans une
situation de désespoir, caractérisée
par une hausse du coût de la vie, notamment des prix des
biens essentiels, une
augmentation de la pression fiscale, une aggravation de la
misère dans les
sections communales, des difficultés pour les couches
pauvres d’envoyer leurs
enfants à l’école, une
accélération de la dégradation de
l’environnement.
Tel est le constat
dressé par le Mouvement paysan
national du Congrès de Papaye (Hinche, à 128
kilomètres au nord-est de la
capitale) au terme d’une rencontre sur la conjoncture
nationale tenue à Papaye
du 21 au 24 septembre 2007, dont les conclusions ont
été acheminées ce 8
octobre à l’agence en ligne AlterPresse.
« Le
désespoir s’étend sur le pays, au lieu
de
l’espoir et de l’apaisement social promis par le
président René Garcia Préval
et son Premier ministre Jacques Edouard Alexis »,
analysent les 30 membres
du comité de coordination nationale du Mouvement paysan
national du Congrès de
Papaye (Mpnkp) fédérant des organisations
paysannes dans 9 des 10 départements
géographiques d’Haïti.
Dans ce bilan, dont a pris
connaissance
AlterPresse, le regroupement paysan demande à la
« troisième version du
pouvoir lavalas ayant à sa tête Préval
et Alexis » d’œuvrer, de concert
avec les organisations paysannes, « en faveur
d’un projet de réforme
agraire, d’une véritable production alimentaire
nationale pour combattre la
faim et la vie chère », et de mettre fin
au projet de transformation des
terres du pays pour la production de biocarburant
« qui servira la cause
de potentats nationaux et étrangers ».
« Seule une
croissance dans l’agriculture
paysanne peut servir de base d’un développement
durable, susceptible
d’encourager la lutte contre l’exode rural et
contre les racines de
l’insécurité [en
Haïti] », préconise le Mpnkp.
Au contraire, de juin 2006
à septembre 2007, la
coalition de 5 partis politiques au pouvoir a pratiqué une
politique
néolibérale « qui
étrangle toutes les couches »,
relève le Mouvement
paysan national du Congrès de Papaye.
« Le pire,
la politique du gouvernement
Préval/Alexis est une politique anti-production nationale,
anti-paysanne, qui
promeut un complot contre une véritable production
alimentaire nationale et
contre les couches paysannes démunies avec la perspective de
production
d’éthanol pour
l’exportation ».
Plaidant pour
l’unité de toutes les organisations
paysannes qu’il appelle à résister au
projet d’éthanol du gouvernement
Préval/Alexis, le mouvement paysan national du
Congrès de Papaye met en garde
contre les fausses promesses au moment où la faim tenaille
les masses paysannes
et populaires du pays. Aux yeux du Mpnkp, le gouvernement
Préval/Alexis n’a
rien fait, pendant ses 15 mois de gestion, pour soulager la
misère des masses
paysannes.
Pendant la période
signalée dans le bilan transmis
à AlterPresse, « aucun emploi
n’a été créé dans
les sections communales.
Abandonnés à eux-mêmes, les paysans
n’ont eu droit ni aux intrants agricoles
(semences, outils), ni au crédit agricole et à
l’encadrement technique. C’est
la décadence de la production agricole »,
soulignent les 30 membres du
comité de coordination nationale du Mpnkp.
Ils dénoncent, par
ailleurs, le plan de liquidation
des entreprises publiques, comme aux
Télécommunications d’Haïti
(Teleco), où de
nombreuses révocations ont eu lieu ces derniers mois.
Vraisemblablement pour
défendre des avantages personnels, la plupart des dirigeant
politiques se
taisent volontairement sur le plan de « mise
à mort du pays » par
l’actuelle équipe au pouvoir, indiquent les
délégués du Mpnkp.
Ils stigmatisent
également la
« démagogie » dans la
lutte contre la corruption annoncée par le
gouvernement, lequel « facilite la corruption en
distribuant de l’argent
aux parlementaires sous prétexte de contribuer à
la scolarisation
d’enfants » à la
rentrée académique 2007-2008.
En dépit de ce
constat cinglant, le Mpnkp salue
l’effort accompli par la police nationale
d’Haïti et la Mission des nations
Unies de Stabilisation en Haïti (Minustah) pour freiner
l’insécurité et
rétablir le calme dans les quartiers
« chauds » de Port-au-Prince et
quelques villes de province.
« A la
suite de pressions de tous les secteurs
de la société, le gouvernement qui
commençait à protéger les gangs
criminels a
dû passer à l’attaque, de concert avec
la Minustah, pour contrecarrer leurs
menées ».
Tout
de
même, « la situation demeure fragile
à cause de l’absence d’un
désarmement
véritable de tous les gangs qui semblent observer une
apparence de
trêve », note le Mpnkp.