"L’art
n’est pas une détente mais
une attente”, selon Tiga
Voici des propos de l’artiste Tiga, recueillis par
le journaliste Dominique Batraville, en mai 2003, à la veille de l’ouverture de
l’expo « Ibolele Tiga », à Miami. Différentes institutions (musées,
galeries, centres culturels) rendent actuellement hommage à l’artiste Tiga,
décédé en décembre 2006.
« Si le concept Travail,
à partir de la Genèse,
signifie Tâche à accomplir, Souffrance,
Calamité, Effort , ‘suite à un
peché’,
mon concept de ‘Présence
Créatrice’, m’a
libéré de l’esprit d’un monde
achevé
ou mort qui lutte pour se maintenir par le biais de la production
à outrance en
lieu et place de ‘Rythme de création’..
Donc, il
n’est plus question pour moi de rechercher ou
d’effectuer une réexploration de
l’imaginaire vodou, qui est issu d’un culte
familial ancestral remontant à des millénaires.
N’ai-je pas déjà dit que
‘j’avais trouvé mon art à
l’Ecole de mon Peuple’ et depuis je vis
intensément a
tous les niveaux de l’Existence et je me sens toujours en
Harmonie avec le
Souffle original de notre peuple.
Je
sais tout simplement que j’ai atteint ce que
j’appelle
‘L’inertie créatrice’, ce qui
me permet d’être en vibration entre le
réel et le
virtuel, principe de base avant l’individuation, qui
n’a pas été bien
appréhendé ou interprété
par certains philosophes, d’où la notion de bien
et de
mal qui a créé tant de confusion. Et
l’art n’est pas une détente, mais une
attente, d’où le concept
‘Espoir’ ou le ‘Bondieu bon’ du
peuple haïtien.
Dès
qu’on arrive à transcender la dualité,
on peut parler
en effet de contemplation de troisième type. Le fait de
vivre intensément le
moment présent, sans penser à hier ou
à demain me permet d’être en
équilibre
avec moi-même et simultanément avec le milieu
ambiant et toute autre entité
universelle.
Mon art
exprime paradoxalement la dimension primordiale
dans le sens premier et qui fait surgir l’originel et ou la
« Présence
Créatrice » qui demande la symbiose
ABSTRAIT-FIGURATIF dans la
trilogie : Sensation, Sentiment, Perception.
Mon Existence
se situe entre ma naissance et ma mort, deux
éléments qui ne me concernent pas. Car le Souffle
qui passe en moi et qui
m’inspire est le seul Maître a Bord.
Je
n’ai pas choisi de me faire appeler Tiga, c’est un
signe fort venu d’ailleurs. Ne pas croire en fait
à « Petit Ga » mais
à TIGA en un seul mot, à l’instar de
Saint Soleil, nommé ainsi par Saint Brice
pour designer une de mes toiles en 1975 ».
Tiga