Les années
déjantées ! (1)
Au détour d’une conversation, sans doute l’âge
aidant ou
l’âge montant, une amie se confie et je
l’écoute me parler de ses souvenirs des années 1970-75 celles des années
afro, des chemises cintrées,
des pattes d’eph et des chaussures à semelles compensées.
Ces années qui en Martinique furent sonores et
musicales avec
l’arrivée du kadans konpa. Les « préleurs,
koutchas,
ti-Sonson » et la jeunesse des quartiers populaires
dansaient le pingouin, la
radio et les
tourne-disques passaient les Gypsies de
Petion-Ville, la guitare de Robert Martino chantait, les mœurs se
libéraient,
le cinéma Triomphe de Fort de France jouait le
premier
film pornographique de l’île, ce qui fit scandale à
l’époque, mais rencontra son
public, car par la suite ce cinéma se spécialisa dans les films X, sauf le dimanche
après midi où il passait des
navets et des nanars. Le cinéma le
Colisee n’était pas en reste,
sauf
qu’il s’était spécialisé dans les films de
karaté, et les Nègres couillons
comme ils étaient, essayaient de se
faire des « main en fer » des « corps
de pierre » en
refaisant les exercices de l’acteur du film la Main d’Acier, en
plongeant leurs
mains dans du sable chaud, et à défaut de sabre chinois, le
coutelas antillais
faisait l’affaire. Tous ces tébès faisaient plein de
simagrées qui les conduisaient
direct à l’hôpital à cause des brûlures, des
blessures qu’ils s’occasionnaient,
et dans tout ce lot d’imitateurs quelques-uns ont laissé
bêtement leur vie.
1970-1975, dégageait une lumière particulière. Si on
devait mettre une
couleur sur son humeur ce serait sans contexte le jaune, le rose et le vert clair, la lumière irisait l’air, et c’est le
jaune
qui prédominait. Ces années furent tumultueuses et
combatives, politisées et
militantes où les gens étaient prompts à aller
barrer les routes, les
aéroports et dans le même temps, Renard augmentait le prix de l'eau de sa commune de 100 %, les
intellectuels du cru se la jouaient lunette noire et barbe à
la ché Guevara. Il y avait dans l’air un vent d’émancipation
pour les Martiniquais
et les Guadeloupéens, mais pas seulement, on aurait dit que ce
furent les populations noires qui se
libéraient
d’une oppression. Le siècle changeait !
Au fur et à mesure que Patricia me parlait,
les images de
ces années ressurgissaient de ma
mémoire, celles de mes premiers baisers consentis, de mon premier flirt avec une jolie
négresse de la Trénelle, de
mon premier kouwi-vidé, mais c’est aussi les années
d’exil où je me retrouvais
à Paris 15 e, et le week-end avec feue ma cousine,
on se rendait sur le
boulevard de Bonne Nouvelle, dans
un cinéma pour voir les films de la blaxploitation, les films
avec Bruce Lee,
Jim Kelly, Pam Grier, Jim Brown, toute une série de films ayant
des propriétés
cathartique, et en dépit du code hayes, plus en vigueur mais qui
continuait à
fonctionner, on voyait un Nègre embrasser une blanche dans un
film. La
révolution était en marche !
1970-75 furent des années colorées et
déjantées, dont le
goût fut celle du Hollywood chewing-gum à la menthe.
C’était aussi les années
qui construisirent l’image du "makro", de l’extravagant qui
s’annonçait dans une
vêture attrayante quoique extrêmement voyante, qui
aujourd’hui prêterait à
sourire.
Dans ces années kung-fu fighting, ces années James Brown, Sly and the Family Stone ou Stevie
Wonder., George Clinton, c’était
Funk à Paris pour les Noirs,
Claude François pour les
Blancs, en Martinique la biguine
mourrait, le carnaval chantait : Isalop mwen ké
pété bonda,w
Et nos femmes
se prostituaient sur tous les trottoirs de Paris et d’ailleurs…
Je vais à
la messe. Je vais écrire la suite plus tard !
A suivre
Evariste Zephyrin