Petit
texte pour les amis
REVIENS ! Mieux que France et mieux
qu'une Inde, j'aime mon île en eau, son
montage entre mer, montagne, mornes marrons et grands ravins, rappelant
au
petit cœur battant que la vie a ses plans plein la
tête, mon îlot tu me fais
dériver loin du regard des vieux monuments d'un continent
aux trop historiques
héros écumeurs. Tous ces gens, braves
enfants, qui ont franchi la mer pour
l'illusion de vivre, copier, singer, gratter pour dépenser,
courant après ce
luxe, amour du différent, ce théâtre
enfermé, la folie d'enfer qui' t'écrase du
premier blanc cheveu, eux dont l'âme a perdu le refrain, les
repères d'alizés,
et le souffle fort des vagues d'écume douillette, pour s'en
aller peiner aux
cadences d'horloge, ramasser maux de non-lieu. J'aime mon île
en eau, son vert
ses bleus et ses rivières, son murmure enfantin,
naïf et reposant, le sourire
anodin du paysan qui sème et arrache, le soupir de la
vieille qui peine à se
lever matin pour envoyer maïs après ses poules.
Pays d'enfants, tu me tiens
dans ton creux, dans ta verte foison et ta case en pente. Mes
promenades te
sillonnent comme un courant balisé par les souvenirs de la
tendresse reçue et
du retour en soi. Reviens, fille égarée, dont les
rêves factices, la fuite, la
méprise de jadis ont fait marionnette, girouette au festival
oppressant,
l'excitation dorée de la terne finance. Reviens chez toi !
Bercail et carambole
te rediront la vie !
Jean
Samuel Sahaï. 2007.