Welcome! » Log In » Create A New Profile

Guadeloupe : Une terre gorgée de poison

Posted by Zephyrin 
Guadeloupe : Une terre gorgée de poison
January 06, 2006 04:16PM
Guadeloupe

Une terre gorgée de poison
Interdit depuis 1993, le chlordécone fait toujours des ravages. Cet insecticide ultratoxique a contaminé les sols et les rivières de l'île, plongeant les agriculteurs dans la détresse économique.

par Eliane PATRIARCA
QUOTIDIEN : vendredi 06 janvier 2006

Basse Terre envoyée spéciale



Nicole (1) est endettée. Elle ne peut ni faire face aux factures, ni se reconvertir. Elle risque l'expulsion de son logement et s'inquiète pour l'avenir de son fils de 5 ans. Nicole, 37 ans, jeune agricultrice guadeloupéenne, est l'une des victimes de la contamination de l'île par le chlordécone. Aujourd'hui interdit, cet insecticide ultratoxique, utilisé contre le charançon du bananier, cancérogène probable et perturbateur endocrinien, a pourri pour des siècles les eaux et les terres antillaises.

En 1999, Nicole fait un emprunt pour acheter un terrain à Goyave, en Basse Terre. Sept hectares de semi-mangrove sur lesquels, en 2003, elle plante des madères. En 2004, elle fait analyser ses sols, comme le préconisent deux arrêtés préfectoraux à tout agriculteur désireux de produire des légumes racines ou des plantes à tubercules (2). Le couperet tombe : «Mes parcelles étaient contaminées. Mon terrain n'a jamais servi à la culture de bananes, mais il est situé en aval d'une bananeraie. Ce sont les eaux de ruissellement qui ont transporté le chlordécone.» Il lui est désormais interdit de vendre ses légumes. «J'ai dû laisser mes tonnes de madères en plan.» Depuis, le terrain est en friche et Nicole en galère. Pour ne pas craquer, la jeune agricultrice multiplie les courriers aux administrations, au préfet, à Jacques Chirac, à l'Union européenne...

La pollution des rivières guadeloupéennes a été décelée en 1999 par la direction départementale de la santé, mais c'est en 2002 seulement que scientifiques et autorités publiques saisissent l'ampleur du désastre. Cette année-là, se souvient Harry Durimel, avocat et porte-parole des Verts de Guadeloupe, un article paru dans Libération (3) révèle deux événements survenus quelques mois plus tôt. D'abord, en août, la découverte en Martinique, par la police, de plusieurs tonnes de chlordécone dans une bananeraie. Preuve que les planteurs ont continué à utiliser ce poison pourtant interdit depuis 1993. Dix jours plus tard, la douane saisit à Dunkerque une cargaison de patates douces en provenance de Martinique, toutes contaminées par le chlordécone. Preuve que l'insecticide, présent dans les sols antillais, a contaminé la chaîne alimentaire et peut se retrouver dans les assiettes, via les légumes cultivés dans la terre.

La préfecture de Guadeloupe met alors en place des analyses de sol préventives et interdit la culture des légumes-racines sur terrain contaminé. Sous la houlette du député martiniquais Philippe Edmond-Mariette (non inscrit), des parlementaires antillais obtiennent la création d'une mission d'information sur le chlordécone. Rendu public en juin 2005, leur rapport rencontre peu d'échos en métropole. Pourtant, les tribulations de l'insecticide aux Antilles se lisent comme un polar. Elles illustrent l'opacité qui caractérise l'homologation des produits phytosanitaires, et témoignent de l'influence d'une poignée de gros planteurs qui contrôlaient alors la filière antillaise de la banane.

Le chlordécone appartient à la première génération de pesticides, les organo-chlorés. Comme le DDT, le lindane, c'est l'un des «douze salopards», ces polluants organiques persistants qui sont une plaie pour la planète. Breveté aux Etats-Unis en 1952, le produit est vendu en 1958 par la société Dupont de Nemours sous le nom commercial de Kepone. Mais en 1975 c'est la catastrophe sur un site de production en Virginie. «Une pollution importante de l'environnement immédiat de l'usine, ainsi que des effets toxiques aigus sur les travailleurs (...) induisent la fermeture brutale du site», relatent les députés. Les autorités américaines interdisent le Kepone en 1976.

Pourtant, cinq ans plus tard, le produit va être réautorisé en France. Après le passage de deux cyclones, en 1979 et en 1980, les planteurs se disent démunis face à la prolifération du charançon. En 1981, le ministère de l'Agriculture accepte de le remettre sur le marché. C'est la société Laurent de Laguarigue qui a racheté le brevet de la molécule et la vend sous le nom de Curlone. Or Laguarigue est un gros planteur béké martiniquais, propriétaire de maisons d'exportation de bananes... Dans une interview donnée en août 2005 à l'hebdomadaire guadeloupéen Sept Magazine, Daniel Dollin, de la chambre d'agriculture, rappelle la puissance du lobby des gros planteurs: «[Ils] faisaient la pluie et le beau temps dans les groupements, les petits pouvaient juste se plier (...). C'était la belle époque de la banane, on avait un marché garanti en Martinique et en Guadeloupe, et l'objectif de chacun était de trouver les moyens pour conserver ses parts de marché malgré les intempéries.»

Angoisses et convulsions

Pourtant, la nocivité environnementale de l'insecticide est déjà établie. En 1977 et 1980, deux rapports scientifiques (4) avaient mis en évidence la pollution des rivières et des sols antillais, et la rémanence du produit. L'impact sur la santé humaine, lui, est mal connu. Sauf en cas d'exposition aiguë : les ouvriers de l'usine de Hopewell en Virginie ont souffert d'agitations, d'angoisses, de convulsions, de céphalées, de troubles hépatiques et de troubles de la spermatogenèse. On ignore en revanche l'effet d'une exposition chronique. Chez le rat, elle provoque des cancers, et endommage les organes reproducteurs. Mais aucune étude épidémiologique n'a été concluante chez l'homme. En 1979, la substance est néanmoins classée cancérogène probable par le Centre international de recherche contre le cancer.

Pourquoi la France prend-elle le risque d'autoriser ce produit ? A l'époque, rappelle la mission parlementaire, «les connaissances scientifiques étaient balbutiantes, l'attention portée aux potentiels effets néfastes des pesticides moins soutenue qu'aujourd'hui (...) et la notion de principe de précaution encore inconnue du droit».

Yves-Marie Cabidoche, chercheur de l'Inra en Guadeloupe, spécialiste de l'étude des sols, se souvient : «En 1981, (...) le chlordécone avait une réputation non usurpée d'efficacité. (...) La Guadeloupe avait essuyé plusieurs cyclones, le charançon proliférait. Les planteurs ont exercé une forte pression pour que ce produit soit disponible.» Il évoque aussi les rapports distants entre recherche, services de l'Etat et acteurs économiques. A l'époque, regrette-t-il, il existait pourtant des produits alternatifs, des organo-phosphorés dégradables, moins efficaces que le chlordécone mais qui auraient pu le remplacer.

L'Etat pénalement responsable ?

En 1989, la Commission d'étude de la toxicité des phytosanitaires préconise l'interdiction de l'insecticide, qu'elle juge «persistant, relativement toxique». Le ministère de l'Agriculture l'interdit en 1990. Mais les gros planteurs obtiennent deux dérogations : le produit sera utilisé jusqu'en 1993. La mission parlementaire émet les plus grandes réserves sur ces dérogations qui pourraient aujourd'hui engager la responsabilité pénale de l'Etat dans ce «Metaleurop agricole» (5).

Aujourd'hui, la Guadeloupe tente d'évaluer l'ampleur des dégâts. L'eau tout d'abord. En 1999, la Direction de la santé et du développement social (DSDS) de Guadeloupe sonne l'alerte : les rivières sont polluées, certains des points de captage d'eau potable aussi. Problème d'autant plus grave que c'est de Basse Terre, région des bananeraies, que proviennent 80 % des ressources en eau potable de la Guadeloupe. En 2000, des mesures sont prises : captages fermés, stations de traitement d'eau potable équipées de filtres à charbon pour retenir les pesticides. Selon l'Inspection générale de l'environnement, en 2005, les eaux destinées à la consommation sont exemptes de chlordécone à plus de 99 %. Reste que la population antillaise a ingéré durant des années une eau et des aliments pollués.

Quant aux sols, Grande Terre est épargnée mais Basse Terre est fortement contaminée. Yves-Marie Cabidoche, qui planche sur une cartographie des sols pollués, estime qu'au moins 4 000 hectares, soit un sixième de la surface agricole, sont très pollués. «Le chlordécone est une molécule hérissée de chlore qui présente une forte affinité pour les sols et ne montre aucun indice de dégradabilité. Il faudra des siècles pour que les eaux parviennent à le lessiver. L'insecticide, qui se dépose sur le sol comme une couche de vernis, s'est dispersé avec les labours en millions de copeaux dans une grande épaisseur de terre.» Et nul ne sait dépolluer ces sols dont l'usage est désormais très restreint. «On peut y faire encore de la banane ou de la canne à sucre, le transfert de l'insecticide de la terre aux arbres fruitiers n'ayant pas été observé.»

A la chambre d'agriculture, Sully Gabon dirige le service qui centralise les analyses de sols. Il est confronté à la détresse économique des cultivateurs. Aujourd'hui, il reçoit Claudius Virain, 26 ans, dont les trois parcelles dédiées aux patates douces et madères sont contaminées. «Notre prédécesseur sur le terrain avait fait de la banane durant neuf ans et utilisait du Curlone, comme tout le monde.» Le jeune homme cultive désormais des bananes «presque bio» et a réussi à dénicher des marchés locaux. «Je commence à m'en sortir mais j'ai perdu 11 000 euros.»

Un tiers des femmes enceintes contaminées

La Confédération paysanne et les syndicats affiliés aux Antilles réclament l'indemnisation par l'Etat des victimes. Mais le préjudice global est difficile à évaluer, les agriculteurs n'ayant pas tous fait procéder à l'analyse de leurs sols. En outre, la publication en octobre par l'Agence française de sécurité alimentaire de limites acceptables de chlordécone dans les produits les plus consommés, sans risque pour la santé des consommateurs, devrait permettre à certains agriculteurs dont les terres sont peu contaminées de continuer à travailler. Sully Gabon s'inquiète aussi de la santé des agriculteurs : «Normalement, pour épandre le chlordécone, on doit utiliser un appareil doseur qui se porte dans le dos et une petite lance avec système de dosage. Mais le plus souvent c'était un seau, et dans le meilleur des cas des gants ou un masque...»

Plusieurs études épidémiologiques, coordonnées par Luc Multignier, épidémiologiste de l'Inserm à Rennes, tentent de cerner l'impact sanitaire de l'exposition au chlordécone, et les éventuels liens de causalité avec certaines pathologies. «La première, fondée sur des analyses de sang, a confirmé qu'une importante fraction de la population ­ deux tiers des ouvriers agricoles et un tiers des femmes enceintes ­ est contaminée, explique-t-il. Ce n'est pas surprenant, puisque l'eau et les aliments sont pollués. Mais nous ignorons si ce niveau de contamination est dangereux.» Une étude menée en 2004 n'a pas trouvé de différences significatives entre la fertilité des ouvriers agricoles et celle d'une population témoin.

Deux autres études sont en cours : Timoun, qui piste les effets du chlordécone sur le développement intra-utérin et postnatal à partir du suivi de 1 200 grossesses et des sept premiers mois des bébés. Et Karu-Prostate, qui traque les liens avec le cancer de la prostate. «On observe en Guadeloupe un taux de prématurité et de mortalité périnatale deux fois plus élevé que celui de la métropole, et l'une des incidences de cancer de la prostate les plus élevées au monde, qui ne s'explique qu'en partie par l'origine ethnique de la population.» Les résultats de ces études ne sont pas attendus avant 2007. En attendant, les Guadeloupéens doivent se débrouiller avec leurs angoisses.

(1) Le prénom a été modifié.
(2) Igname, madère, manioc, patate douce, gingembre, carotte, navet...
(3) 12 octobre 2002.
(4) Snegaroff (Inra) et Kermarrec.
(5) Cette entreprise de fonderie a fermé ses portes
en 2003, laissant le site contaminé.

[www.liberation.fr]



[www.pyepimanla.com]
[negmawon.over-blog.com]
[pyepimanla.blogspot.com]
La Guadeloupe perd un de ses fils les plus dignes de la vie publique.
January 11, 2006 05:14PM

Le Dr Jérôme Cléry s'est éteint samedi à son domicile de Morin/Saint-Claude des suites d'une longue maladie et sera inhumé ce lundi à Basse-Terre.

Véritable battant de la politique domienne, le Dr Cléry aura été un bouillant militant communiste des années «soviétiques» dont il s'affranchira pour rejoindre le Parti Progressiste démocratique guadeloupéen en 1991. Maire de Basse-terre de 1971 à 1995, il aura également été conseiller général et régional avec une action marquée par plusieurs réalisations dans le chef-lieu du département. Le Champ d'Arbaud renouvelé, l'Artchipel et le port sont nés de sa volonté de faire de Basse-Terre une ville plus moderne et agréable à vivre. Témoignant après l'annonce de son décès, artisans et adversaires politiques ont salué en lui un ardent promoteur de la Guadeloupe et de ses intérêts ainsi que son développement. Jérôme Cléry avait 82 ans.



Léo Nséké
[www.maximini.com]


[www.pyepimanla.com]
[negmawon.over-blog.com]
[pyepimanla.blogspot.com]
Guadeloupe et Apex BP Solar inaugurent la plus grande centrale solaire
January 11, 2006 05:34PM
8 décembre 2005

La Région Guadeloupe et Apex BP Solar inaugurent la plus grande centrale solaire photovoltaïque del'île

La Région Guadeloupe et Apex BP Solar viennent d'inaugurer la plus grande centrale solaire photovoltaïque connectée au réseau de Guadeloupe. Cette installation de 62 kWc, soit près de 600 m² de modules photovoltaïques, située sur le site de La Résidence de l'Université à Morne l'Hermitage ? Les Abymes, produit environ 85 Mégawatt heures par an et permettra d'éviter le rejet de 1000 tonnes de CO2 sur vingt ans, soit l'équivalent de 500 voitures qui parcourent 15 000 kms.

Conscient des enjeux énergétiques de l'île, les sociétaires et locataires de la résidence ont rapidement montré un vif intérêt au projet et ont été ravis d'inscrire leurs bâtiments dans une démarche globale de développement durable. De plus, la production de la centrale permet à la copropriété de diminuer ses charges communes locatives grâce à la vente d'électricité.
Une opération exemplaire qui associe technologie et produit naturel. Le bois a ainsi été choisi pour composer la structure permettant la fixation des champs solaires sur les toitures.

[www.plein-soleil.info]

[www.pyepimanla.com]
[negmawon.over-blog.com]
[pyepimanla.blogspot.com]
Délire sécuritaire en Guadeloupe
February 03, 2006 12:30AM
« Un vol est un vol. Le Code pénal ne distingue pas le vol d?un goûter d?un autre vol », a déclaré le colonel Dominique Han, commandant le groupement de gendarmerie de la Guadeloupe, pour justifier l?intervention de ses subordonnés dans une école primaire à Bouillante. Mardi 17 janvier, les gendarmes se sont rendus dans cette école pour interroger deux enfants de sept et neuf ans, élèves de CP et de CM1. Leur action faisait suite à la plainte déposée par la maman d?une élève de sept ans, à qui les deux garçons auraient volé son goûter, et donné un coup de pied.

L?élève de neuf ans a ensuite été convoqué à la gendarmerie avec sa mère. Là, le gendarme qui les a interrogés en mettant beaucoup de pression et en criant sur l?enfant, s?est avéré être le père de la « victime »... Au nom de la lutte contre la délinquance juvénile, le colonel Ham a défendu cette intervention. En revanche, l?association des parents d?élèves s?est dite « outrée », estimant que cette histoire aurait pu se régler autrement au sein de l?établissement. Le SNUipp, syndicat des instituteurs, a également « condamné fermement l?intrusion des gendarmes dans l?école ». Il y a un an, à la demande du chef d?établissement, une trentaine de gendarmes avait fait une descente dans le lycée Sainte-Anne de Guadeloupe, inspecté avec un chien spécialisé plusieurs classes dont les élèves avaient été fouillés au corps.

Fanny Doumayrou

[www.humanite.presse.fr]



[www.pyepimanla.com]
[negmawon.over-blog.com]
[pyepimanla.blogspot.com]
François Bayrou est dans nos eaux depuis samedi.
February 06, 2006 10:50AM

Le président de l'UDF affirme être ici parce qu'il aime profondément la population antillaise et l'expression de ses sentiments envers la France.

Au-delà de l'affectif, M. Bayrou croit fermement que toutes les forces politiques traditionnelles sont ballottées dans le département et qu'il faut prendre en compte ces données sans opportunisme aucun dans la rénovation de la vie publique. Le parti centriste, qui vient de sceller sa rupture avec la majorité de droite, choisit d'offrir une autre voie, un autre choix. M. Bayrou s'interdit de voir dans son passage une pré-campagne électorale mais dans le développement de son raisonnement il apparaît clairement qu'il prend le pouls des élites politiques locales afin d'établir un meilleur schéma pour l'échéance de l'année prochaine qui devrait se jouer sur la remise en ordre du tissu social français. S'exprimant sur les propositions de Nicolas Sarkozy dans son avant-projet de loi sur l'immigration qui sera présenté jeudi, le président de l'UDF les trouve extrêmement étranges car les vrais sujets sur ce point sont l'immigration irrégulière et le chômage des Français. Après avoir croisé des paroissiens dimanche, François Bayrou a un agenda bien chargé ce lundi avec plusieurs rencontres de premier plan dont celle avec le président de la Région Guadeloupe, Victorin Lurel.

Léo Nséké

[www.maximini.com]

[www.pyepimanla.com]
[negmawon.over-blog.com]
[pyepimanla.blogspot.com]
La ruée vers les voix d'outre-mer.
February 06, 2006 11:01AM
La ruée vers les voix d'outre-mer
LE MONDE | 03.02.06 | 13h37 ? Mis à jour le 03.02.06 | 13h37


fflux de présidentiables sur les tarmacs antillais. A quinze mois de l'échéance de 2007, au moins quatre candidats ? déclarés ou putatifs ? vont prochainement se rappeler au bon souvenir des électeurs d'outre-mer. François Bayrou partira en pôle position : le président de l'UDF sera aux Antilles du 4 au 9 février. Le socialiste Laurent Fabius le suivra à partir du 23 février ? date anniversaire de la promulgation de la loi consacrant le "rôle positif" de la colonisation. La polémique suscitée par cet alinéa ? en voie de suppression ? avait contraint Nicolas Sarkozy, à renoncer, le 7 décembre 2005, à aller aux Antilles. Le ministre de l'intérieur et président de l'UMP s'y rendra finalement du 8 au 11 mars. Il y précédera le premier ministre, Dominique de Villepin, qui ? selon Matignon ? n'a pas encore arrêté le programme de son voyage.



Tous ces déplacements seront observés à la lumière des vifs débats sur la mémoire de la colonisation et de l'esclavage, qui ont eu un fort retentissement dans les DOM. Après l'effondrement, en 2004, de trois piliers de l'outre-mer chiraquien ? Lucette Michaux-Chevry en Guadeloupe, Jacques Lafleur en Nouvelle-Calédonie, Gaston Flosse en Polynésie française ?, ce chassé-croisé ouvrira une nouvelle ère.

Président du collectif Antillais-Guyanais-Réunionnais, un lobby régional qui s'est créé en février 2003 en métropole, Patrick Karam fera discrètement sa propre tournée aux Antilles du 8 au 22 février. Soucieux de préparer le terrain avant que s'ouvre le bal des prétendants, ce Guadeloupéen (de père libanais) espère que l'outre-mer "parlera d'une seule voix" en ce début de précampagne. Autant ne pas gâcher cette période propice.

Les prétendants à la succession du président Chirac savent compter. L'outre-mer représente 2,3 millions d'habitants et 1,2 million d'électeurs inscrits. En outre, 1 million de personnes originaires des DOM vivent en métropole. Comme le souligne M. Karam, "si l'élection présidentielle se joue à 300 000 ou 500 000 voix près, il sera compliqué pour un candidat de gagner sans l'outre-mer".

Les intéressés devront donc répondre, d'ici au printemps 2007, aux multiples spécificités et susceptibilités de l'outre-mer, qui sont sans commune mesure avec les revendications d'une région métropolitaine de population comparable. Le responsable du collectif DOM entend bien en profiter pour obtenir gain de cause sur plusieurs dossiers. A commencer par celui de la continuité territoriale : la revendication d'un prix plafond pour les transports aériens entre l'Hexagone et les DOM est le principal cheval de bataille du collectif depuis sa création, qui était concomitante à la faillite d'Air Lib. S'y sont ajoutées, dans le même registre, des campagnes sur la sécurité des transports aériens, l'alignement des prix de l'ADSL (communication haut débit) ou encore les pratiques bancaires outre-mer.


MONTÉE EN PUISSANCE


Au fur et à mesure de sa montée en puissance, le collectif ? qui revendique "plus de 10 000 membres et 30 000 sympathisants" ? a élargi son action à la lutte contre "les discriminations et les violences policières". Avant les élections régionales du printemps 2004, il a fait pression pour obtenir l'inscription de candidats "domiens" sur les listes. Avec des méthodes directes ? comme le déversement de milliers de courriels sur Internet ? et parfois musclées. Le collectif DOM a ensuite investi le champ de la mémoire de l'esclavage, pour y opérer quelques coups d'éclat : tout en exigeant du maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, qu'une rue de la capitale porte le nom de Gaston Monnerville et que soit réinstallée une statue du général Dumas, le collectif a assuré la promotion du livre polémique de Claude Ribbe, Le Crime de Napoléon (édition Privé, 2005).

Après s'être mobilisé contre l'alinéa de la loi du 23 février 2005 consacrant le "rôle positif" de la colonisation ? en réclamant d'y supprimer l'ambiguïté relative à l'outre-mer ? et sur le choix de la date de commémoration de l'abolition de l'esclavage, le collectif opère un virage tactique pour se recentrer sur un lobbying plus classique. C'est le prix à payer pour conserver ses liens avec les responsables politiques et ne pas irriter davantage aux Antilles, où ont été diversement appréciées les interventions de Patrick Karam dans le domaine de la mémoire.

M. Karam affiche un pragmatisme à toute épreuve. Entretenant des contacts avec la plupart des cabinets ministériels et l'ensemble des formations politiques représentées au Parlement, il a pour seule préoccupation de discerner qui a ? ou aura ? la capacité de répondre effectivement à ses revendications. S'il dit le plus grand bien des députés Victorin Lurel (PS), Jean-Christophe Lagarde (UDF) et Eric Raoult (UMP), ainsi que du sénateur Michel Dufour (PCF), qui furent des premiers combats du collectif, il a beaucoup misé sur Nicolas Sarkozy.

"C'est un homme de parole, pragmatique et courageux. Je l'ai soutenu quand il a dû annuler son voyage", affirme M. Karam, au risque de susciter de nouvelles interrogations aux Antilles. Pour le reste, ce docteur en sciences politiques se montre prudent : "On attend de voir qui va se détacher, à droite comme à gauche." Gare à celui qui ne répondrait pas à l'appel : "Dominique Strauss-Kahn est un des rares à ne jamais avoir accepté de nous recevoir. Il fait partie des gens que l'on surveille", avertit M. Karam. Des menaces ? "Rappeler les élus à leurs devoirs, afin qu'ils ne soient pas dans une bulle, cela s'appelle la démocratie participative", réplique-t-il.

Jean-Baptiste de Montvalon

[www.lemonde.fr]


[www.pyepimanla.com]
[negmawon.over-blog.com]
[pyepimanla.blogspot.com]
Saint Valentin
February 14, 2006 08:40PM
Bonjour

Aujourd'hui c'est certes la St Valentin, bonne fête à tous ceux qui s'aimentd'amour et/ou d'amitié.

Mais c'est aussi et surtout une date bien moins commercialement importante mais bien plus culturellement fondamentale pour nous Guadeloupéens.
Le 14 février 1952, 4 ouvriers de l'usine de Gardel du Moule en Guadeloupe, ont été tués pour avoir voulu faire avancer leurs revendications salariales et syndicales. De nombreux autres ont été blessés.

Ne les oublions, car ce n'est pas seulement la St Valentin aujourd'hui !

14 FEVRIER 1952 : AU MOULE DES TRAVAILLEURS SONT ASSASINNES
Au MOULE, le 14 février 1952, dans le cadre d'une grève des travailleurs à l'usine Gardel, des travailleurs qui manifestaient pacifiquement et légalement furent lâchement tués par la Police dépêchée par le Gouvernement
de l'époque qui bien entendu était plutôt SOCIALISTE.

Fidèle à notre mission de rappeler à notre peuple notre histoire afin de renforcer ce qui fait la mystique d'une nation, le vouloir vivre ensemble, la CONVENTION demande à nos compatriotes de se souvenir de CONSTANCE
DULAC, CAPITOLIN JUSTINIEN, EDOUARD DERNON et FRANCOIS SERDOT qui payèrent de leur vie leur soif de justice et de Guadeloupéanité.

[www.pyepimanla.com]
[negmawon.over-blog.com]
[pyepimanla.blogspot.com]
Guadeloupe - Réapparition de la xénophobie anti-haïtienne
February 15, 2006 10:16AM
Nous publions ci-dessous un article rédigé par nos camarades de Combat ouvrier, organisation trotskiste militant aux Antilles.
Au début de l'année 2005, la Guadeloupe a connu une réapparition du phénomène de xénophobie qui s'était déjà manifesté dans une période située entre 1990 et 2002. Ibo Simon, qui avait été le principal promoteur de ces campagnes xénophobes anti-haïtiennes pendant quelques années, avait été condamné pour ses propos racistes mais aussi pour une tentative de viol sur une jeune femme. Mis hors-jeu, privé d'antenne et de mandats politiques, on ne l'entendit plus pendant quelque temps. Mais d'autres margoulins de la même espèce n'ont pas résisté à la tentation d'exploiter le filon qui avait propulsé Ibo Simon comme élu dans les assemblées locales.
Les nouveaux xénophobes disposent d'une petite station de radio qui déverse des propos mensongers, orduriers et xénophobes contre les Haïtiens. Il faut noter cette fois l'apparition d'une pétition qui circule depuis plusieurs mois dans l'île, dénonçant pêle-mêle l'immigration clandestine en général, les difficultés économiques, le chômage... En réalité, elle est particulièrement dirigée contre les immigrés haïtiens vivant ou fraîchement arrivés en Guadeloupe. Pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui, il est nécessaire de faire un retour en arrière.

La triste aventure d'Ibo Simon

Au cours des années 1990 à 2002, un animateur de télé (Canal 10), nommé Ibo Simon, s'était particulièrement illustré en diffusant jour après jour des propos racistes, méprisants pour la population guadeloupéenne. Mais, en même temps, il déversait des tombereaux de propos xénophobes contre les Haïtiens immigrés en Guadeloupe. Cet animateur, sponsorisé par un politicien, Raymond Viviès -aujourd'hui décédé- réactionnaire de droite, issu d'une famille békée (descendants des colons blancs), gros possédant de terres et magasins, avait trouvé « l'astuce » qui consistait à renvoyer à ses téléspectateurs une image d'eux-mêmes très dévalorisée. Ce qui lui avait valu dans la population, lui-même étant noir, une réputation de quelqu'un « qui nous dit nos vérités », qui ne craint pas de voir « les défauts des Nègres » et de les dénoncer. Il passait des heures, sur une télévision privée, à dénigrer « les Nègres », affirmant que « les Nègres sont incapables de tout », « n'ont rien inventé », ne sont pas sérieux... , etc., vomissant tout un tas de propos racistes et dévalorisants que son compère béké blanc n'aurait jamais pu tenir sans risque à sa place.
Curieusement, il obtint un certain succès populaire, car cela ressemblait à de l'autodérision et, au début, une grande partie de la population et même des militants de gauche (socialistes, communistes ou indépendantistes) prirent cela pour une sorte de charge sans conséquence, étant donné que celui qui tenait ces propos était lui-même noir.
Mais par la suite, il apparut clairement qu'il s'agissait là d'une attitude politique systématique, destinée ou aboutissant à détruire la confiance en soi d'une population noire déjà marquée par son passé d'oppression. Elle est en effet sortie de l'esclavage, puis du travail forcé, dans la deuxième moitié du 19e siècle. Depuis, et jusqu'à aujourd'hui, la majeure partie de la haute administration et des postes de décision du privé est aux mains d'une minorité blanche. Les tenants réels du pouvoir aux Antilles sont désignés en France, à sept mille kilomètres, par un pouvoir qui a colonisé ces îles depuis le 17e siècle.

L'entreprise d'Ibo Simon visait à justifier ce « pouvoir blanc » et à démontrer sa légitimité. C'est lui qui devait commander des Noirs incapables, tandis que lui-même Ibo Simon, plus capable que la masse noire, se posait en chef des Noirs, sorte de larbin grotesque des Blancs, servant d'intermédiaire entre eux et la population noire !

Il finit par dévoiler quelques-uns de ses objectifs réactionnaires et annonça qu'il voulait créer une organisation dont les membres porteraient un uniforme et obéiraient au doigt et à l'?il au chef. Cette organisation aurait notamment comme objectif d'intervenir dans tous les conflits sociaux pour maintenir l'ordre en Guadeloupe. En particulier il fit des offres de service aux patrons, en expliquant qu'il pourrait intervenir sur les grèves de façon à les empêcher de durer et de « bloquer l'économie de la Guadeloupe », qu'il était prêt, avec son organisation, à obliger des grévistes à reprendre le travail.
Mais c'est sur le thème anti-haïtien qu'Ibo Simon trouva un certain écho dans certains milieux petits-bourgeois ou déclassés, qui exprimaient déjà individuellement, de façon isolée, ces idées fumeuses et réactionnaires contre l'immigration clandestine et contre les Haïtiens particulièrement. Il put aussi rassembler autour de lui de nombreux soutiens actifs qui furent ensuite utiles lors de sa participation à différentes élections.

C'est d'abord ce milieu qui se trouva très satisfait, conforté dans ses préjugés, lors des diatribes d'Ibo Simon contre les Haïtiens, dans des émissions télévisées qui duraient parfois plus de deux heures, et chaque jour ! Il déversait, jour après jour, ses mensonges, ses insanités xénophobes contre les Haïtiens, appelant parfois ouvertement à des actes de violence contre eux. Appels qui eurent dans deux ou trois cas un début de réalisation. Deux magasins d'Haïtiens furent incendiés et une famille d'immigrés fut expulsée de son logement (c'était d'ailleurs des Dominiquais et non pas des Haïtiens). Les crapules responsables de ces actes étaient-elles ou non partisans d'Ibo Simon, on ne le sut jamais avec certitude, mais étant donné qu'il avait lui-même lancé des appels publics et précis en ce sens, c'est avec juste raison qu'on lui en attribua la paternité au moins morale.

Ibo Simon fit ensuite plusieurs tentatives plus ou moins cohérentes pour constituer autour de lui une organisation des « ibobiens et ibobiennes » tel qu'il les nommait lui-même. Il finit par constituer un parti politique pour aller aux élections, qui s'appela « Gwadloup Doubout » (Guadeloupe debout). Ce parti, grâce à sa popularité montante, lui permit d'attirer et de regrouper un certain nombre de politiciens de droite, de notables de la place, cadres, pharmaciens, propriétaires de salle de gym, petits restaurateurs, qui voulaient rentrer dans un courant qui semblait marcher vers le succès.
Sa participation aux élections fut pour lui une réussite et surprit les partis classiques de droite et de gauche. C'est ainsi qu'il fut élu, en 1995, conseiller municipal de Pointe-à-Pitre avec 8% des suffrages. Aux législatives de 1997, il progressa encore et atteignit les 14, 5% des suffrages, puis il entra au Conseil régional, en 2001, avec une liste qui fit 7%. Enfin, lors des dernières municipales de mars 2001, il obtint un spectaculaire 22% à Pointe-à-Pitre, après avoir contraint le maire sortant, ex-communiste, à un deuxième tour.

Il faut bien comprendre que, tout en étant l'expression des opinions et des intérêts de milieux bien précis de la petite bourgeoisie pauvre ou en difficulté, Ibo Simon réussit aussi à toucher des couches plus populaires de pauvres, voire des travailleurs dégoûtés par les trahisons répétées des partis officiels. C'est ce qui explique aussi son succès électoral.
Il se sentit de plus en plus important et porté par tout un milieu de petits possédants, de gens déclassés, de réactionnaires xénophobes. Cependant, sa campagne haineuse et raciste prit une telle proportion qu'elle provoqua la réaction d'une partie de la population. Des gens de gauche, des syndicats, certains militants dits de la« société civile », organisèrent une riposte publique contre la xénophobie et le racisme, en appelant à une manifestation qui fut un succès, faisant descendre dans les rues de Pointe-à-Pitre plus de 6000 personnes. Ce qui fut une des plus grosses manifestations depuis longtemps.
Parallèlement, devant l'émoi suscité par les propos débridés et de plus en plus violents d'Ibo Simon, différentes autorités se sentirent obligées d'intervenir, d'abord le Conseil supérieur de l'audio-visuel (CSA), puis la justice elle-même, des associations haïtiennes et anti-racistes ayant également porté plainte. Aussi bien Ibo Simon que le propriétaire de la télévision Canal10 furent traduits et condamnés en justice et le CSA exigea un changement de comportement de Canal 10 et la cessation des propos racistes d'Ibo Simon. Ces condamnations l'écartèrent de l'antenne.

Condamné par la suite, pour une affaire de viol, à une peine infamante, il fut privé de ses droits civiques pour plus de deux ans et perdit tous ses mandats politiques. L'homme, ne bénéficiant plus de la télévision et ne pouvant plus répandre son venin parmi des milliers de gens, se révéla finalement incapable de faire fonctionner l'organisation qu'il avait proclamée avec tant de fanfaronnade.
La baudruche Ibo Simon s'était dégonflée et pendant des mois on n'entendit plus parler ni de lui ni de xénophobie anti-haïtienne, en tout cas pas au degré où il l'avait portée.

Les successeurs d'Ibo Simon en crapulerie xénophobe
Ibo écarté, il s'en est trouvé d'autres pour tenter de récupérer son magot électoral. Le nommé Yoyotte, propriétaire d'une radio « libre », se lança hardiment dans la course, aidé d'une ex-candidate aux régionales, Mme Octavie Losio (représentante du parti Nofrap), malheureuse avec ses 2%, mais dont l'ambition était restée intacte.
Nos deux aventuriers reprirent donc le flambeau d'Ibo Simon en lançant une pétition anti-Haïtiens. Il s'est même trouvé quelques entreprises où la pétition a circulé.

On l'a vu circuler parmi les ouvriers agricoles, parmi les agents du CHU de Pointe-à-Pitre, principal hôpital de Guadeloupe. Le syndicat CGTG de cet hôpital, soutenu par une grande partie des agents du CHU, a réagi vivement en dénonçant cette pétition et son caractère xénophobe et raciste et en dénonçant l'opération politique des deux margoulins qui cherchent à récupérer la base électorale d'Ibo Simon pour gagner des postes d'élus. Les auteurs de la pétition affirment sur leur site Internet - sans qu'on puisse le prouver- qu'elle a recueilli plus de 34000 signatures !

Les réactions contre les menées de Yoyotte et contre la pétition xénophobe
Toute cette affaire a provoqué débats et discussions dans la population, mais aussi dans les organisations politiques et syndicales.

Différentes personnalités connues ont aussi réagi contre cette nouvelle campagne xénophobe menée sur la radio de Yoyotte. Une contre-pétition fut lancée par des gens dits « de la société civile », regroupés dans un Groupe de réflexion sur la société de la Guadeloupe (GRSG). Ce groupe publia, le 27 février 2005, une lettre ouverte aux présidents et aux élus des assemblées locales pour dénoncer la campagne xénophobe. D'autres individus réagirent dans la presse par des déclarations, des prises de position.

Sous les pressions contraires des xénophobes et des gens choqués par toute cette campagne anti-immigrés, les élus des deux assemblées, régionale et départementale, à majorité socialiste, se réunirent en Congrès, le 15 avril 2005, comme la loi d'orientation pour l'Outre-mer, datant de Jospin, les y autorise. Ils débattirent donc publiquement, devant la télévision, du problème de la xénophobie, mais en réalité surtout de l'immigration clandestine.
L'axe des interventions de droite comme de gauche fut surtout de réclamer que « l'État prenne ses responsabilités »pour appliquer les lois contre l'immigration clandestine. Pour tous ces gens-là, il fallait prendre en main le problème avant tout pour éviter d'être électoralement débordés par les xénophobes anti-Haïtiens, et que se reconstitue un parti xénophobe identique à celui qui avait fait le succès d'Ibo Simon. Ils ne veulent surtout pas que, à l'instar de Ibo Simon, Yoyotte crée un nouveau parti qui vienne les gêner sur le terrain électoral. Ils se souviennent bien que la montée d'Ibo Simon avait eu pour résultat de gêner la gauche (mise en ballottage du maire de gauche de la principale ville, Pointe-à-Pitre, en 2001 !). À noter qu'Ibo Simon gênait aussi la droite vis-à-vis de laquelle il cultivait son indépendance, en la critiquant souvent.

Tout en reconnaissant que l'immigration était la conséquence d'une situation économique et politique insupportable en Haïti, les élus de gauche au Congrès reprirent à leur compte les poncifs à la Rocard : « La Guadeloupe ne peut pas accueillir toute la misère de la Caraïbe », « il ne faut pas faire preuve d'angélisme et penser qu'il n'y a pas de problème ».

Ils prétendirent hypocritement que, si on veut combattre les xénophobes, il faut aussi combattre l'immigration clandestine et ceux qui l'organisent. Le président du Conseil régional se fendit même d'une déclaration émue sur l'intention du Conseil régional d'acheter, sur ses fonds propres -ce qui, dit-il, est « un grand sacrifice »- et non sur ceux de l'État, une vedette rapide pour patrouiller autour des îles de Guadeloupe, afin de pourchasser les clandestins.
Tous ces élus, au lieu de prendre une position claire et énergique pour combattre sans ambiguïté les menées xénophobes, ne serait-ce que par un souci de respect élémentaire de la dignité humaine, ont préféré, par manque de courage, par veulerie politique, se placer sur le même terrain que les xénophobes.
En agissant de cette façon, les élus du Congrès et sa majorité de gauche socialiste ont légitimé les xénophobes, tout en faisant mine de s'opposer à eux.
Ils réclamèrent même que l'État mette en application les lois en vigueur contre les immigrés clandestins, contre ceux qui ne sont pas en règle, sur le droit de résidence, sur la reconduite aux frontières !
Visiblement, Victorin Lurel et Jacques Gillot, présidents socialistes des deux assemblées régionale et départementale, soucieux surtout de couper l'herbe sous les pieds de Yoyotte, reprenaient à leur compte les récriminations contre l'immigration clandestine. Ce qui évidemment ne pourra, à l'avenir, qu'encourager ces xénophobes.

À l'inverse, pas un mot ne fut prononcé sur la nécessité d'organiser un accueil décent, humain, pour des gens qui sont chassés par la misère et l'insécurité qui règnent en Haïti. Ni sur celle de défendre leurs droits face à des patrons qui abusent de leur situation en les payant plus mal encore que les autres salariés.

La « gauche » guadeloupéenne n'est certes pas pire que la gauche de l'Hexagone qui a montré, lorsqu'elle était au pouvoir, sur la question des sans-papiers ou des permis de séjour, que les travailleurs immigrés ne pouvaient pas compter sur elle. Mais elle ne vaut pas mieux non plus.
Qui sont ces xénophobes...

Remarquons encore que, pour les besoins de leur opération politique, les xénophobes mentent et déforment les faits. Certains affirment qu'il y a des milliers d'Haïtiens qui déferlent sur les côtes de Guadeloupe ! On a même entendu le chiffre de 80000, repris sans commentaire par un journaliste de RFO (RADIO TV France Outre Mer) !

Ceux qui crient à « l'invasion des étrangers » oublient que c'est le patronat qui, depuis des décennies, a fait immigrer des travailleurs dits « étrangers » pour les besoins des récoltes ou pour briser des grèves. Cela remonte pratiquement à l'abolition de l'esclavage, après 1848, lorsque les Noirs ex-esclaves ne voulaient plus aller se faire exploiter dans les grandes plantations. Le déficit de main-d'?uvre fut tel que les autorités coloniales au service des patrons organisèrent l'arrivée massive de travailleurs « engagés » ou sous contrat, pris en Afrique, en Inde et même au Japon.
Au 20e siècle, lors des grèves des ouvriers de la canne, des ouvriers agricoles d'autres îles, le plus souvent venant de la Dominique, l'île voisine, furent engagés pour briser ces grèves.

Aujourd'hui encore, dans la canne, très officiellement, des petits planteurs affirment qu'on ne peut pas faire la récolte dans les zones où ne peuvent passer les machines à couper, sans l'apport des ouvriers agricoles haïtiens.
Le Groupe de Réflexion (GRSG) a publié dans sa Lettre ouverte quelques chiffres pour donner une idée plus exacte de la situation des immigrés et tenter d'enrayer la campagne de mensonges, de désinformation de Yoyotte, chef de file des xénophobes. Nous citons :
« D'après l'INSEE (Institut national de statistiques et d'études économiques), l'actuelle population de la Guadeloupe se chiffre à 444000 habitants. Certains citoyens, au gré des élucubrations, prétendent que la Guadeloupe serait envahie par des immigrés clandestins haïtiens, au nombre de 20000, 30000, 40000..., voire plus.

Pourtant, le Service des Immigrés de la Préfecture de Basse-Terre consulté, donne les chiffres suivants pour l'année 2004 : 27000 immigrés en situation régulière, résidant en Guadeloupe, soit 6,2% de la population, se répartissant comme suit : 12 433 Haïtiens (2,8%), 6 805 Dominiquais (1,5%), 2 397 Dominicains (0,53%), etc. Parmi les 12 433 Haïtiens officiellement déclarés, environ 9 933 résidents sont titulaires de la carte de séjour, et 2 500 sont demandeurs d'asile. Le Service d'immigration de la Préfecture de Basse-Terre estime que les Haïtiens en situation irrégulière seraient au nombre de 3000. Donc, nous voyons bien que nous sommes loin de cette vision d'apocalypse décrite et entretenue par certains, vision qui laisserait croire à un envahissement sauvage de la Guadeloupe. Il est clair qu'il s'agit là d'amplifier les sentiments de peur et d'insécurité des Guadeloupéens pour des raisons non avouables. »
Tous ces chiffres sont donc très différents des mensonges assénés par des Yoyotte et autres « iboïstes ».

Mais ces gens, qui sont si virulents envers des Haïtiens ou d'autres Antillais venant d'autres îles de la Caraïbe, ne se préoccupent jamais du nombre de gens venant de plus loin, de France ou d'autres pays d'Europe, pour s'installer en Guadeloupe. Il n'y a d'ailleurs probablement pas de statistiques particulières les concernant.

Il n'y a évidemment pas à opposer le droit des uns à celui des autres. Que des travailleurs venant de France viennent aux Antilles, cela semble aujourd'hui normal à la population antillaise, que des Haïtiens puissent y venir et y travailler devrait l'être encore plus.

C'est quand même une situation aberrante et en tout cas injuste que des gens habitant la même région géographique, liés par une histoire en grande partie commune du fait de leur origine africaine et du passé esclavagiste, soient considérés par les Yoyotte et autres xénophobes, mais aussi par les autorités de tutelle de la Guadeloupe, comme des « étrangers » en Guadeloupe alors que celles et ceux qui viennent d'une métropole située à 7000 km de là peuvent s'installer librement et tenter de réussir.

Les organisations de travailleurs, les syndicats et les organisations politiques qui se réclament des idées de la classe ouvrière doivent évidemment dénoncer et combattre une telle aberration, héritage de l'époque coloniale et conséquence de la domination du capitalisme dans cette région comme ailleurs.
En cultivant les préjugés de certains en Guadeloupe, en les amplifiant, les xénophobes agissent de façon totalement irresponsable et cynique. Ils poussent en fait à ce qu'éclatent des incidents violents qui, un jour ou l'autre, pourraient aller jusqu'à des affrontements entre pauvres.
Les Yoyotte, Ibo Simon et autres n'ont pas forcément créé les sentiments xénophobes existant en Guadeloupe. Comme partout ailleurs, ce sont des sentiments réactionnaires, fondés sur les divers préjugés qui existent naturellement dans la petite bourgeoise conservatrice. Ils sont bien sûr amplifiés quand la situation sociale et économique se dégrade et peuvent aussi contaminer des milieux de travailleurs salariés.

Les discours officiels parlent toujours, dans lesdits DOM, de « créations d'entreprises » pour lutter contre le chômage. Il s'en crée des centaines, voire des milliers et il s'en détruit autant car sur les quelque 40000 entreprises privées de Guadeloupe, plus de la moitié n'ont pas de salariés et plus des trois quarts ont moins de 5 salariés. Ces milieux-là, constitués de petits commerces, de services, de transports ou d'entreprises de construction, ont du mal à vivre.

Ce n'est pas étonnant dans une situation où le chômage s'établit autour des 27% de la population active, avec plus de 23000 Rmistes subvenant comme ils peuvent aux besoins de plus de 67000 personnes sur une population totale de 440000 personnes (tous chiffres de 2003).

Dans un tel contexte, nombre de pauvres, de déclassés, ne retrouveront plus d'emplois. Les petits-bourgeois en difficulté sont concurrencés non par des Haïtiens, comme on le leur dit ou comme ils font mine de le croire, mais par de grands groupes de construction, des supermarchés d'alimentation, d'habillement, de bricolage, etc., par des magasins franchisés (supérettes, Huit-à-Huit, etc.) qui ne sont pas à la portée des plus pauvres !
Toute cette masse de déçus, de mécontents, d'aigris, est la proie facile des préjugés et des démagogues qui les manipulent et les utilisent pour leurs desseins politiciens.

Il faut persister à dire la vérité et notamment à expliquer que les mouvements de population qui touchent Haïti sont provoqués par des situations économiques et politiques résultant des agissements colonialistes et des pillages exercés, depuis des siècles, par les grandes puissances comme la France et les États-Unis d'Amérique. La première colonisa pendant des siècles Haïti et s'enrichit du travail de centaines de milliers esclaves africains, l'autre occupa Haïti pendant plusieurs dizaines d'années et contrôla sa vie politique et économique pendant tout le XXe siècle, pour permettre ainsi à une petite classe de privilégiés haïtiens ou venant d'ailleurs de détourner à leur profit toutes les richesses et tout le produit du travail des ouvriers et paysans haïtiens, et cela jusqu'à aujourd'hui.

... Et quelle position favorable aux intérêts des travailleurs faut-il défendre face à eux ?
Seuls les militants et les organisations liés à la lutte et aux problèmes des travailleurs peuvent avoir une attitude juste et conséquente, jusqu'au bout, face à ces problèmes d'immigration.
Il ne s'agit pas de minimiser les prises de position d'autres personnes, de ladite « société civile ».

Nous ne mettons en doute, par exemple, ni la sincérité, ni l'engagement des membres du GRSG, dont nous avons cité un extrait de la Lettre ouverte. Mais par certains côtés, aussi bien le GRSG que d'autres anti-xénophobes ont en commun de compter sur l'État pour intervenir et proposent des solutions du genre :
« ... Il convient de réguler l'immigration clandestine qui fournit une main-d'?uvre à bas prix sur un marché illicite... Conscients que la défense des frontières est une compétence régalienne de l'État, nous vous demandons (...) d'attirer l'attention des ministères concernés pour que soient mises en place les procédures tendant à contrôler le réseau de contrebande de l'immigration irrégulière. » (Citations du GRSG - 27-2-005) Mais justement le problème n'est pas là, les propres chiffres cités du GRSG le prouvent !
La campagne des xénophobes se moque complètement de la réalité ! Ils veulent utiliser des peurs, des préjugés, les renforcer s'il le faut, mais seul leur but politicien les intéresse. Dénoncer une prétendue immigration clandestine massive n'est qu'un moyen commode de se constituer, à peu de frais, une base électorale captive !

Les militants de différentes organisations agissant au sein de la classe ouvrière, ceux de la CGTG, ceux de Combat ouvrier, ceux de l'UGTG (syndicat indépendantiste majoritaire en Guadeloupe), ont pris clairement position contre cette campagne xénophobe et contre ce facteur de division et d'affaiblissement qu'elle représente pour la classe des travailleurs.

Ces organisations ont pris une position claire favorable aux travailleurs haïtiens, réclamant que ceux-ci soient traités, payés, protégés socialement, comme n'importe quel travailleur de Guadeloupe. C'est la seule attitude qui représente l'intérêt des travailleurs de toutes origines.

Les travailleurs conscients de Guadeloupe savent bien que les mêmes gens qui s'en prennent aux Haïtiens sont aussi ceux qui se mettent en avant lors des luttes des travailleurs pour hurler à la « destruction de l'économie de la Guadeloupe par les grévistes » ! Ce sont les mêmes qui font cause commune avec les patrons et se retrouvent dans les médias aux côtés des représentants du Medef pour appeler à la limitation du droit de grève.

Il serait évidemment choquant et tout à fait contraire à leurs intérêts que les travailleurs de Guadeloupe apportent leur aide, volontaire ou non, au développement d'une campagne xénophobe orchestrée et entretenue essentiellement par des petits possédants en mal de réussite économique et par des arrivistes politiques. Une telle attitude inconséquente risquerait immanquablement de se retourner contre leurs propres luttes. Il faut chercher, dans les organisations ouvrières et autour d'elles, à en convaincre en permanence les travailleurs les moins conscients, les plus désinformés par la propagande xénophobe.

Il ne s'agit pas seulement d'une attitude morale face à une injustice, bien que s'opposer aux propos ou actions xénophobes relève d'une élémentaire attitude de dignité humaine. Toute personne ayant le sens de cette dignité ne peut que s'opposer à de tels agissements et propos.
Mais il y va aussi des intérêts fondamentaux des travailleurs. Car de tout temps, il s'est trouvé des gens, plus ou moins alimentés ou instrumentalisés par le patronat, pour tenter de diviser les rangs des travailleurs en agitant des préjugés de race, d'origine ethnique ou nationale. Et il a toujours été nécessaire et vital pour ceux qui se réclament de la lutte et des idées de la classe ouvrière de combattre ces tentatives et d'engager les travailleurs à ne pas se laisser abuser et diviser par ces gens.

L'accroissement du nombre global de travailleurs de Guadeloupe, grâce à l'apport des arrivants haïtiens, ne peut que renforcer leur poids social face à un patronat qui, lui, se moque des nationalités, des origines ethniques ou des frontières. Les capitaux du Béké Hayot ou du groupe Carrrefour sont implantés aussi bien en Martinique, en Haïti, à Saint-Domingue ou à La Réunion à l'autre bout de la terre !

De même, les travailleurs de Guadeloupe n'ont aucun intérêt à laisser certains patrons sous-payer les salariés haïtiens, ou les priver de leur droits sociaux, de la protection sociale, etc. Contre cela, il y a déjà eu des grèves menées dans les plantations de banane notamment, et avec succès. C'est cette voie-là, celle de la lutte, celle de l'action énergique et sans faille contre les injustices, les actes de discrimination des patrons, qui est la bonne. Car en se dressant tous ensemble contre les patrons, les travailleurs sauront mieux que par mille discours discerner où se trouvent leurs intérêts, qui sont leurs vrais amis, leurs vrais alliés dans la lutte contre l'exploitation.

C'est en agissant de cette façon qu'on réduira la marge de man?uvre des racistes, xénophobes et autres margoulins réactionnaires de tout poil, et qu'on les empêchera de nuire et de répandre leur marchandise avariée au sein des entreprises et parmi les travailleurs.
29 août 2005


[www.union-communiste.org]

[www.pyepimanla.com]
[negmawon.over-blog.com]
[pyepimanla.blogspot.com]
Martinique : 10 radios autorisées
March 08, 2006 02:10AM

Date de publication sur le site : 28 février 2006 - Assemblée plénière du 31 janvier 2006

À la suite de l'appel aux candidatures lancé le 11 mars 2003 en Martinique, le Conseil a délivré une autorisation aux radios suivantes :
- en catégorie A - Radio Cayali (Rivière-Pilote - 105,7 MHz) ; RLDM (Trinité - 90,8 MHz) ; Radio évangélique de la Martinique (Saint-Pierre - 105,3 MHz) ; Atlantique FM (Basse-pointe - 95,1 MHz) ;
- en catégorie B - Radio As (Fort-de-France - 106,2 MHz, Trinité - 89,7 MHz) ; Radio Balisier (Fort-de-France - 102 MHz, Rivière-Pilote - 106,8 MHz) ; Radio Liberté (Fort-de-France - 103,9 MHz, Trinité - 88,1 MHz) ; Maxxi FM (Fort-de-France - 107,3 MHz, Trinité - 107,1 MHz) ; RCI Martinique (Saint-Pierre - 98,9 MHz, Basse-Pointe - 92,6 MHz) ; NRJ Martinique (Saint-Pierre - 102,9 MHz, Basse-Pointe - 95,6 MHz).

L'autorisation de Radio Balisier a été accordée pour deux années seulement, et non cinq ans, comme habituellement.

[www.lefilradio.fr]
Re: Guadeloupe - Réapparition de la xénophobie anti-haïtienne
March 11, 2006 10:47AM
Merci zephyrin pour cet excéllent article plein de clairevoyance mais aussi plein de bon sens et, d'humanité. Je comprend un peu mieux vu ici de France où je vis, les tenants et aboutissants de ce problème d'immigration sauvage, qui fait ici grand bruit dès que l'on parle des questions économiques et sociales, touchant mon ile de Guadeloupe. Les médias ici en France, n'ont que ces mots à la bouche,comme c'est le cas dans cette période préélectorale, qui voit défiler tous les hommes politiques de l'Hexagone aux antilles...

Encore merci pour cette brillante analyse!
Sorry, only registered users may post in this forum.

Click here to login